Publié par : Sibylline | juillet 11, 2013

Sur la trace des chasseurs de baleines (Pays Basque)

Selma Huxley a été récemment honorée de la médaille d’or de l’Aquarium de Saint-Sébastien. (photo J. I. UNANUE/« diario vasco »)

Selma Huxley a été récemment honorée de la médaille d’or de l’Aquarium de Saint-Sébastien. (photo J. I. UNANUE/« diario vasco »)

11 Juillet 2013 (Pantxika Delobel). L’Anglaise Selma Huxley a remonté la piste des premiers baleiniers basques jusqu’au port de Red Bay, au large du Canada. Le site vient d’entrer au patrimoine de l’Unesco.

Selma Huxley est de la trempe de ceux qui consacrent leur vie à gratter la croûte terrestre pour déterrer des poussières d’histoire. Dans les années 1970, cette chercheuse anglaise a remonté le sillage des premières expéditions de baleiniers basques, partis quatre cents ans plus tôt des ports de Biscaye et de Guipuzcoa pour chasser le cétacé en Amérique du Nord, principalement dans le détroit de Belle-Isle.

Ses travaux l’ont menée dans les eaux glacées du port de Butus, dans le sud de la province canadienne du Labrador. Ce site baptisé Red Bay, où plusieurs épaves de galions basques reposant par 10 mètres de fond ont été découvertes grâce à ses recherches, vient d’entrer au Patrimoine mondial de l’Unesco. Au même titre que le mont Fuji au Japon, les rizières en terrasse des Hanis de Honghe en Chine et la ville nigérienne d’Agadez.

Quatre siècles d’archives

« Un honneur » pour celle qui était arrivée, par hasard, sur la Côte basque dans les années 1950. « À l’époque, j’avais suivi mon époux (Brian Barkham, décédé à l’âge de 35 ans) qui rédigeait une thèse sur l’architecture des corps de ferme basques. Un peu partout dans les campagnes, on racontait des histoires de pêcheurs qui partaient à l’autre bout du monde pour chasser la baleine. Ces récits me fascinaient. J’ai voulu en savoir davantage. »

Mais par où commencer ? Autant chercher un fanon de baleine (1) dans une botte d’algues enfouie sous la vase. Peu de temps après la disparition de son mari, Selma Huxley décide donc de quitter le Canada, ses quatre enfants sous le bras. La jeune historienne débarque à Bilbao avec la ferme intention d’établir son camp de base au Pays basque, pour pouvoir rayonner dans tout le nord de l’Espagne.

« J’ai d’abord commencé par consulter les archives de Burgos, qui, au XVIe siècle, était un des plus importants centres d’assurances maritimes d’Europe. Puis je me suis intéressée à celles de la cour d’appel de Valladolid. J’ai trouvé là des comptes rendus de procès qui concernaient des affaires d’héritages, de viols, de litiges commerciaux… Des documents qui n’avaient pas été ouverts depuis plus de quatre cents ans ! » Une mine d’or qu’elle mettra plusieurs années à déchiffrer.

2 000 marins basques

« Il m’a même fallu prendre des cours à l’université de Bilbao pour comprendre le sens de tous ces documents et apprendre à les classer. »

Elle poursuit ses recherches aux confins du Guipuzcoa, dans la petite bourgade d’Oñati, qui abrite les archives notariales maritimes de tout le Pays basque. « Je suis arrivée en ville le jour de la Madeleine, en pleine homélie. Le curé m’a ouvert les trois salles où étaient entreposés les documents. Je pensais en avoir pour quelques semaines, quelques mois… J’y ai vécu pendant vingt ans ! » se souvient l’Anglaise, un océan d’émotion dans le regard.

Là, Selma Huxley reconstitue les voyages de ces marins courageux qui débarquaient sur les côtes nord-américaines dès la fonte des glaces pour en repartir au retour de l’hiver. Au milieu du XVIe siècle, au plus fort de l’activité de la chasse à la baleine, près de 2 000 hommes quittaient chaque année leur terre basque à bord d’une trentaine de galions.

400 baleines par an

À Red Bay – les pêcheurs l’appelaient « la grande baie de Terre-Neuve » -, l’activité se développe à une échelle industrielle. On y capture plus de 400 spécimens par an, contre 40 le long de la côte basque. Considéré alors comme un poisson (le « poisson à lard »), le cétacé était surtout utilisé pour son huile obtenue en faisant fondre le gras. Le produit a des usages multiples : éclairage, lubrification, tannage du cuir, finition du tissu, etc.

« En 1977, j’ai voulu aller vérifier sur place. » Selma Huxley monte alors une expédition. L’année suivante, une fouille archéologique sous-marine révélera la présence de deux navires basques. Parmi eux, le « San Juan », construit au XVIe siècle dans un chantier de Pasajes, à un vol de mouette de Saint-Sébastien. Victime de la tempête, le bateau avait vraisemblablement coulé à l’automne 1564.

(1) Les fanons sont des sortes de grandes lames qui, en lieu et place des dents, servent à la baleine à filtrer le plancton.

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