Publié par : Sibylline | mars 17, 2018

L’Argonaute. Un navire dépollueur « enfant » de l’Amoco (Bretagne)

Exercice de déploiement d’un barrage anti-marée noire et de l’écrémeur depuis l’Argonaute dans la rade de Brest (6 mars 2018) | Glen Recourt

17 Mars 2018. Le naufrage de l’Amoco Cadiz révélera dans la douleur une absence de moyens matériels dédiés à la surveillance du trafic maritime mais aussi à la dépollution marine. L’Argonaute, Bâtiment de soutien, d’assistance et de dépollution (BSAD), basé à Brest depuis 2004, serait le premier à intervenir en cas de marée noire sur la façade atlantique.

Le barrage flottant serpente mollement dans une mer d’huile. Pas un cri sur le pont. L’exercice de dépollution en rade de Brest se déroule dans le calme. Claude Lhotelain, Commandant du Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (Ceppol) qui dirige l’entraînement, en appelle à l’imagination. En cas de vraie marée noire, il y aurait l’entêtante puanteur du fioul lourd, l’hydrocarbure qui partout se répand, la mer agitée aussi et le coup de vent qui compliquent encore les manœuvres. Un exercice de fiction : depuis 2002 et le naufrage du pétrolier le Prestige au large de la Galice (Espagne), l’Europe n’a plus connu de marée noire. Fruit d’une législation sur la sécurité maritime qui s’est musclée depuis le naufrage de l’Amoco Cadiz voilà 40 ans ?

Des « aspirateurs » à hydrocarbures

Bien que mis en service en 2004, l’Argonaute est à sa manière un enfant de l’Amoco. Le naufrage du pétrolier sur les côtes finistériennes le 16 mars en 1978 révélera l’absence de moyens dédiés à la surveillance et l’assistance du trafic maritime. Les premiers remorqueurs de haute mer feront alors leur apparition. Affrété par la Marine nationale et basé à Brest, l’Argonaute peut mener ces missions de remorquage auprès de navires en difficulté. Mais son cœur d’action reste bien les missions de dépollution qu’il peut assurer de la Manche au golfe de Gascogne. Là les équipes et le matériel du Ceppol, créée en 1979 en réaction là aussi à l’Amoco, entrent en jeu à la demande du préfet maritime. La lutte antipollution en mer est, en France, assurée par la Marine nationale.

En cas de pollution, un barrage de 300 mètres composé de boudins gonflables est chargé à bord. Un « écrémeur » grande capacité l’accompagne. Six écrémeurs de ce type sont aujourd’hui répartis sur la métropole, à Brest, Cherbourg et Toulon. Le barrage est d’abord gonflé et installé en une demi-heure. L’opération achevée, un second remorqueur entre en action. Il s’empare d’une extrémité du barrage et encercle la nappe de pollution. L’écrémeur est ensuite immergé. Il quadrille la zone à raison de 150 m3 d’eau pompés par heure, si les conditions sont optimales. Des brosses séparent l’eau de mer du polluant dont 1 000 m3 peuvent être stockés dans ses cuves.

La France, suffisamment équipée ?

« La France est aujourd’hui équipée pour assurer seule une crise du type Prestige »assure Claude Lhotelain. Le pétrolier transportait 77 000 tonnes de fioul lourd dont 44 000 tonnes ont été ramassées par les seuls pêcheurs. « Si une catastrophe arrivait, les pêcheurs seraient évidemment sollicités. Des stocks de chaluts à cet usage existent. » Et au-delà du Prestige ? La taille des pétroliers depuis l’Amoco a été considérablement réduite. Mais en parallèle, le trafic du fret explosant, les armateurs bâtissent des géants des mers. Des porte-conteneurs dont le seul fioul qui sert à leur propulsion équivaut à ce que transportait un pétrolier comme l’Erika.

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