Publié par : Sibylline | mars 7, 2017

Influenza aviaire : la faune sauvage commensale serait une sentinelle

© CrazyD- iStock

7 Mars 2017. L’Anses a été saisie pour évaluer le risque d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) lié à la faune sauvage.

Situation au 3 mars 2017 : 373 foyers H5N8 dans les élevages et 49 cas dans la faune sauvage confirmés et notifiés.

Début janvier, 18 pays européens avaient déclaré à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) la présence de foyers du virus influenza aviaire hautement pathogène H5N8, responsable d’une épizootie d’influenza aviaire dans plusieurs de ces pays : Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Serbie, Suède, Suisse, République Tchèque et Royaume-Uni. L’Anses, de par sa participation à la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (Plateforme ESA), ses activités de recherche et de référence sur l’influenza aviaire, et ses activités d’évaluation des risques sanitaires en santé animale, est particulièrement impliquée dans la surveillance de l’influenza aviaire et de la propagation du virus H5N8 en France.

Depuis le début du mois de décembre 2016, plus d’une centaine de foyers d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) H5N8 sont apparus dans des élevages français, en particulier dans la zone sud-ouest, un an après le début de l’épizootie d’influenza alors due à d’autres virus H5N1, H5N2 et H5N9 hautement pathogènes. Plusieurs pays européens sont touchés, soit par des cas relevés dans l’avifaune sauvage, soit par des foyers chez les volailles domestiques (début janvier, 18 pays européens avaient fait une déclaration à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) sur la présence de foyers). Actuellement, les élevages de palmipèdes sont les plus fréquemment atteints.

Ce nouveau virus, non transmissible à l’Homme, très probablement introduit en France par les oiseaux sauvages, est particulièrement pathogène pour les élevages de volailles, y compris les palmipèdes,au sein desquels il diffuse rapidement. La situation sanitaire évolue de façon différente selon les zones considérées : alors que certaines des zones réglementées établies pour contrôler la diffusion du virus autour des foyers détectés se stabilisent (notamment dans les départements du Tarn, de l’Aveyron et du Lot-et-Garonne), une zone concentrant la majorité des derniers foyers confirmés, incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées, n’est pas encore stabilisée.

Risque élevé vis-à-vis de l’influenza aviaire en France : l’évaluation des risques mobilisée

Dans ce contexte, dès l’apparition des premiers cas dans les pays voisins de la France, la DGAL a sollicité en urgence l’avis de l’Anses sur la circulation des virus IAHP de sous-type H5N8 détectée en Europe. Le groupe d’experts « IAHP », qui travaille sur cette thématique depuis les premiers foyers de l’épisode précédent, survenus fin 2015, a été mobilisé en urgence. Sur la base de son rapport, l’Agence a rendu son avis le 17 novembre, considérant que la probabilité d’introduction d’oiseaux sauvages infectés, de façon homogène dans toutes les zones humides de France métropolitaine, y compris de Corse, est « très élevée » et que la probabilité d’apparition d’un foyer d’IAHP H5N8 dans l’avifaune sauvage dans ces zones est « élevée ».

Ces conclusions ont amené le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF) à décider de relever le niveau de risque vis-à-vis de la maladie de « négligeable » à « élevé » dans les zones à risque particulier correspondant aux zones humides, et « modéré » sur le reste du territoire national.

Au vu de l’évolution rapide de la situation de l’IAHP H5N8 sur le territoire français et de l’apparition de cas dans la faune sauvage dans le Nord-Pas-de-Calais (canards appelants) et de foyers dans des élevages du Tarn (palmipèdes), l’Anses a de nouveau été saisie en urgence début décembre 2016. Les conclusions de son avis ont conduit à la publication de l’arrêté ministériel du 5 décembre 2016, qui passe l’ensemble du territoire métropolitain en risque « élevé » vis-à-vis de l’influenza aviaire.

La multiplication des foyers au sein des élevages de palmipèdes et dans une moindre mesure d’autres espèces d’oiseaux domestiques dans les zones de protection et de surveillance du sud du Gers, du sud-est des Landes et du nord des Hautes-Pyrénées a conduit le MAAF à adopter une nouvelle stratégie depuis le 5 janvier 2017. Afin d’arrêter au plus vite la propagation de ce nouveau virus, l’abattage de l’essentiel des palmipèdes élevés en parcours extérieur dans la zone précédemment citée a été décidé.

A la demande du MAAF, le groupe d’experts IAHP poursuit son travail, visant à définir une démarche méthodologique permettant d’être en capacité de procéder, avec la meilleure réactivité possible, à l’ajustement des niveaux de risque, au cours du temps et en fonction de la situation épidémiologique.

Le Laboratoire de Ploufragan – Plouzané et la Plateforme ESA impliqués

Le Laboratoire de Ploufragan-Plouzané de l’Anses, laboratoire national de référence (LNR) sur l’influenzaaviaire, a été fortement mobilisé par l’émergence de ce nouveau virus. Depuis le début de cette crise en novembre 2016, le LNR a été mobilisé sept jours sur sept pour séquencer les gènes du virus H5N8 dans plusieurs centaines d’échantillons, ceci afin de confirmer le caractère hautement pathogène des virus mis en évidence par les laboratoires d’analyses vétérinaires, auxquels le LNR fournit par ailleurs les réactifs nécessaires au diagnostic de première intention.

Le Laboratoire de Ploufragan-Plouzané a par ailleurs pu séquencer le génome complet de deux virus issus des échantillons du premier foyer du Pas-de-Calais (canards appelants) et du premier cas identifié chez des oiseaux domestiques dans le Tarn. La séquence génomique du premier virus est similaire à celle de virus détectés dans le Nord de l’Europe, tandis que celle du second virus est similaire à celle d’un virus initialement détecté en Croatie. Ces premiers résultats suggèrent que l’IAHP H5N8 a été introduit en France par deux voies différentes, probablement par des oiseaux migrateurs.

Le LNR conduit par ailleurs des travaux de recherche destinés à préciser l’évolution génétique des virus, ainsi que le pouvoir pathogène des virus nouvellement détectés. En l’absence de données disponibles sur la dissémination du virus et sa persistance dans l’environnement, informations pourtant cruciales pour le gestionnaire du risque, le Laboratoire de Ploufragan-Plouzané conduit également des travaux de recherche sur la persistance du virus dans les lisiers de canards et la mise au point d’une méthode pour sa détection dans les élevages et leur environnement. Cette dernière permettrait de détecter les zones et matériels les plus contaminés et d’évaluer l’efficacité des mesures de nettoyage et désinfection mises en œuvre, préalables à la reprise d’activité et la réintroduction d’animaux sur les sites. Des investigations épidémiologiques sont aussi conduites sur le terrain dans les différents départements concernés par l’équipe d’Epidémiologie Aviaire de Ploufragan (EBEAC) aux côtés des directions départementales en charge de la protection des populations (DDecPP). Ces investigations épidémiologiques sont couplées au travail des virologistes et aux enquêtes épidémiologiques menées dans les foyers détectés par les DDecPP des départements concernés.

L’analyse des liens épidémiologiques devrait permettre de mieux comprendre comment le virus a pu s’introduire puis diffuser entre les élevages et contribuer à définir et évaluer les mesures envisageables pour mieux maîtriser ces épizooties d’influenza aviaire, sur lesquelles les experts virologistes et épidémiologistes du Laboratoire sont régulièrement interrogés par les pouvoirs publics.

La Plateforme ESA, qui a pour rôle de fournir des informations et des analyses précises et fiables sur la situation épidémiologique des maladies présentes en France et leur évolution, a également été fortement impliquée dans la surveillance de l’évolution de l’influenza aviaire et la circulation du virus H5N8. Des points de situation sont réalisés sur une base hebdomadaire à la fois pour la France, sur la base des résultats transmis par le LNR et la Direction générale de l’alimentation, et pour le continent européen par son dispositif de Veille sanitaire internationale. Ces points de situation publiés dans le Centre de ressources de la Plateforme ESA sont très consultés (le nombre de connexions mensuelles du site a été quadruplé entre octobre et décembre, passant de 5 000 à 20 000 connexions mensuelles). Les notes de la Plateforme ESA sont désormais reprises par des médias généralistes (par ex. le Monde, TV5 Monde) ainsi que par des plateformes de veille (par ex. Promed). L’Anses a également contribué à la mise en place d’un système d’information des services déconcentrés du MAAF (DDcePP et services régionaux de l’alimentation), mis à jour quotidiennement et permettant de suivre l’évolution des foyers et des zones de restriction.

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