Publié par : Sibylline | décembre 7, 2016

Aire de camping-cars vs promoteurs : 2nd round (Mimizan-plage, Landes)

7 Décembre 2016 (Sibylline Océans/SEPANSO). Le 15 Novembre dernier, les camping caristes de l’aire de Mimizan-plage se faisaient « vider » sans ménagement à 8 heures du matin par le chef de la police municipale, avec quelques heurts. En effet, beaucoup d’entre eux n’étaient pas informés de la politique de la ville tandis que d’autres, qui avaient vu l’affiche posé 3 jours plus tôt, pensaient naïvement que l’aire allait être réaménagée et rouvrir le 1er Janvier. La mairie ne cesse de dire qu’elle aime les camping caristes… Nous n’en doutons pas lorsqu’il s’agit de les prendre pour des imbéciles, de leur faire payer une journée de plus alors que la barrière dysfonctionne et qu’elle les parque loin de tout, histoire de leur faire faire de l’exercice pour leur bien-être.

Inutile de dire que les commerçants de la plage sud font grise mine tandis que ceux de la plage nord pensent pouvoir récupérer une manne potentielle. Il n’en sera rien. Les touristes interrogés nous font systématiquement la même réponse : « Mimizan, c’est fini ».

Une association de camping caristes nous a remercié de les avoir défendus mais que rien n’était officiel. En dépit de ce que l’on peut attendre d’un modèle démocratique, tout est officieux et « officiel » ne veut pas dire que cela ne se fera pas. Cela signifie simplement que le citoyen lambda se fait berner, ou spolier s’il est mimizanais, en toute confidentialité.

Ainsi, le 8 Décembre, 12 000 mètres carrés de terrain, incluant les deux parkings (voitures et campin cars) ainsi que l’hélistation, seront vendus à la société Promea (rappelez-vous les Hournails, à l’entrée de la ville), sous seing privé, avant même que ce ne soit voté en conseil municipal. Cela revient à 125 euros le mètre carré, en bord de mer et de forêt domaniale. Que nous souhaiterions avoir de tels avantages en tant qu’association pour créer le complexe de la Cité de l’océan (médecine, éducation, recherche dédiés à la faune marine et son habitat) créateur direct de 150 emplois, sans bétonnage, en utilisant le bâti existant, cela s’entend !!! A qui profite le crime ? Certainement pas aux mimizanais !

Continuons : 125 appartements seront érigés sous forme de 20 blocs de 6 à 8 appartements, F1, F2, etc… Ils seront à vendre ou à louer comme aux Hournails.

Nous nous interrogeons sur plusieurs points : l’absence d’appel d’offre pour ces parcelles, l’absence d’enquête publique car un parking est un accessoire de voirie et ne peut donc être cédé à un privé, tout fortuné qu’il soit, sans le respect de certaines règles, et enfin la signature d’une vente avant même un vote (certes de formalité, les voix discordantes ayant été réduites à néant). Il suffit qu’une seule personne s’oppose à la vente, lors de l’enquête publique, pour que celle-ci soit annulée. Si vous l’ignorez, eux (les profiteurs) le savent.

Quant à l’arrêté de fermeture des parking, non affiché sur site, ce qui est illégal, il est comme l’arlésienne. Cela fait quinze jours qu’on le cherche. Existe-t-il ?

Outre ces aspects, économique et juridique, nous en arrivons à celui qui est notre raison d’être : l’environnement.

Suite à la tempête Xinthia a été décidée, sur tout le territoire et notamment pour les communes littorales, la mise en place d’un Plan de Prévention des Risques Littoraux (PPRL). Il est obligatoire, d’autant quand il s’agit d’une commune à haut risque telle que mimizan. Une circulaire du Ministère de l’Environnement de Juillet 2010 préconisait de geler tous les permis de construire en cours et de reporter les demandes de nouveaux permis en attendant la mise en place de ce plan. Le but était d’éviter de nouvelles victimes (53 morts pour Xinthia, rappelons-le) et de nouvelles dépenses pharaoniques pour le contribuable (1,5 millions d’euros toujours pour Xinthia). Le préfet des Landes a prescrit ce PPRL le 6 Décembre 2010 (lien). La mairie de Mimizan avait donc 3 ans réglementaires pour le mettre en place, avec, en fin de parcours, une consultation publique. Nous sommes en 2016, soit 6 ans après sa prescription, et pas l’ombre d’une ébauche de plan ne nous est apparue (sans doute est-il plus facile de voir la Vierge).

Entre-temps, la ville n’a cessé d’être bétonnée, avec ou sans permis, sur les zones Natura 2000 (bordures du Courant, coût 90 000 euros affichés), sur des ZNIEFF 1 et 2 et contenant des espèces interdites de déplacement et dont les aires de répartition ne peuvent être bétonnées.

Le bureau d’étude girondin THEMA environnement est en charge d’établir une carte biodiversité de Mimizan et Mimizan-plage ; le commanditaire étant la communauté de communes (la même qui a bétonné avec sa maison de santé et qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin (agrandissement prévu). Le temps des relevés s’étale sur un an. Parions qu’ils n’auront pas le temps de finir que de nouveaux sites seront la proie des bétonneurs et autres sbires qui se remplissent les poches.

La dune du parking des camping cars n’est pas située en zone Natura 2000 (ils ont tout prévu 😉 ). Cependant, une dune reste une dune, soit une zone tampon et un corridor écologique. Ainsi, celle qui nous intéresse abrite des espèces, aussi bien végétales qu’animales, d’intérêt communautaire et/ou inscrites sur la liste rouge de l’UICN (Union pour la Conservation de la Nature). A titre d’exemples : lézards vert et ocellé, pipistrelles commune et de Khüle (chauve-souris), hérisson commun (protégé sur tout le territoire ; ceux de la zone des Hournails, auparavant boisée, ont fini sous les roues des voitures, suivis de leur progéniture, sur l’avenue adjacente), pipit rousseline, cochevis huppé, gravelot à collier interrompu (trois espèces d’oiseaux), plusieurs espèces murines, etc… pour ce qui est des animaux, astragale de Bayonne, panicaut (le joli chardon de sable)… pour ne citer qu’eux, côté végétaux. Animaux et végétaux n’ont toujours pas vu la frontière Natura 2000 et colonisent leur habitat naturel (quel que soit le côté de la dune définie en trois parties : mobile, fixée et frange forestière) sans vergogne. Mais que fait la police ?

En plus d’abriter une biodiversité riche et rare, la dune est une zone tampon, comme déjà évoqué, qui a un rôle mécanique d’amortisseur de l’érosion marine. Elle est stabilisée par l’enracinement végétal, notamment celui des oyats (gourbets). Son piétinement la fragilise, raison de l’interdiction de s’y promener hors des parcours balisés (l’ONF n’a pas vocation à s’opposer au chaland pour le plaisir).

Dune et plages sont des zones vivantes dont la morphologie s’adapte aux changements saisonniers. Ainsi, l’été, elles sont plus épaisses tandis que l’hiver, elles reculent et s’aplanissent pour mieux absorber l’énergie des vagues, tel qu’expliqué dans le film de Denis Delestrac : « le sable, enquête sur une disparition ». Lorsque des ouvrages sont érigés, ils s’opposent à la dynamique naturelle et le sable des plages est envoyé vers le large, ce qui aggrave l’érosion.

Pour une illustration didactique, voici un extrait du film précédemment cité :

Erosion et béton

Cette mécanique contrariée favorisant l’érosion se fait indépendamment du changement climatique.

Si l’on considère ce dernier paramètre, cela nous amène à nous intéresser à l’étude CASAGEC/ Ingénierie ISL, commandée par la communauté de communes, d’un coût de 92 000 euros, et qui place les parcelles des parkings en zone rouge de submersion marine, soit soumises au plus fort aléa (tout comme les immeubles récents en bordure de Courant, côté nord).

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Ces données interdisent donc, logiquement, tout bétonnage. Bien qu’inquiétants, les résultats de cette étude sont probablement sous-estimés au vu des publications scientifiques1du 12 Novembre 2015, qui estiment une nouvelle montée des eaux de 1 mètre (au-delà des 26 cm du GIEC) avec la fonte accélérée des deux glaciers Zachariæ Isstrøm (perte de cinq milliards de tonnes de glace/an) et Nioghalvfjerdsfjorden.

A titre complémentaire, comme si ce n’était suffisant, le relevé altimétrie du terrain est à 3,5 NGF tandis que le minimum constructible est à 4,24 NGF.

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Vous l’avez compris, la valorisation du site, celle avancée par Mr Bironien dans Sud Ouest (cf. article du 07/12) est toute relative…

Une réunion de quartier est prévue sur le parking de l’héliport le 12 Décembre à 16 h, pour « expliquer l’orientation de la ville ». Quelle générosité de la part de Promea que de laisser occuper son domaine. Nous vous invitons, citoyens mimizanais et camping caristes, à venir en nombre exprimer votre opinion sur le sujet, car ce n’est pas le quartier qui est impacté, mais toute la ville, citoyens, commerçants et usagers des lieux.

NB : précédent article sur le sujet

A Mimizan, Georges Brassens aurait pu ironiser sur l’accueil à bras fermés …. (camping-cars vs promoteurs, Landes) (lien)

Réf. Fast retreat of Zachariæ Isstrøm, northeast Greenland. J. Mouginot et al. Science aac7111Published online 12 November 2015 [DOI:10.1126/science.aac7111]

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