Publié par : Sibylline | octobre 11, 2016

BP renonce à forer dans la grande baie australienne

L'ombre de la gigantesque marée noire provoquée par la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010 plane sur la décision de BP de renoncer à son projet de forage dans la Grande Baie australienne. Win McNamee / Getty Images / AFP

L’ombre de la gigantesque marée noire provoquée par la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010 plane sur la décision de BP de renoncer à son projet de forage dans la Grande Baie australienne. Win McNamee / Getty Images / AFP

11 Octobre 2016 (Concepcion Alvarez). Le géant pétrolier britannique BP annonce ce mardi 11 octobre qu’il renonce à son projet, controversé, de forage offshore ultra-profond dans la Grande Baie australienne, une importante réserve marine.

« Nous avons étudié minutieusement nos projets d’exploration dans la Grande Baie australienne mais, dans l’environnement externe actuel, nous ne lançons des explorations dans des régions pionnières que si elles sont compétitives et conformes à nos objectifs stratégiques. Après mûre réflexion, ce n’est pas le cas de notre projet dans la Grande Baie », a déclaré Claire Fitzpatrick, la directrice exécutive de BP pour l’exploration et la production en Australie, dans un communiqué. Cette décision « est le résultat de notre stratégie et de la compétitivité relative de ce projet au regard de notre portefeuille », a-t-elle ajouté.

La major souhaitait creuser quatre puits d’exploration à des profondeurs allant jusqu’à 2 500 mètres au large des côtes australiennes. Mais son plan de protection de l’environnement avait été rejeté par la Nosepma, l’autorité officielle australienne compétente fin 2015. De son côté, le sénat australien avait approuvé l’ouverture d’une enquête parlementaire sur le projet.

Quant aux organisations de protection de l’environnement, elles étaient « vent debout » en raison de la richesse de la faune et de la flore de la Grande Baie, rappelant au passage la responsabilité du géant britannique dans la gigantesque marée noire provoquée, en 2010, par la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique. Une catastrophe dont les causes et les conséquences sont habilement rappelées dans le film Deepwater Horizon, qui sortira en salle demain.

Le fantôme de Deepwater Horizon

La compagnie a toujours refusé de publier ses modélisations d’éventuelles fuites, mais une étude réalisée par l’ONG australienne Wilderness Society montre qu’une marée noire dans la Grande Baie australienne aurait des conséquences dramatiques pour les secteurs touristique et de la pêche locaux, qui pèsent respectivement plus de 1 milliard et 442 millions de dollars australiens. Après le désastre de Deepwater Horizon, BP n’a plus le droit à l’erreur. De fait, la directrice des projets australiens de BP avait reconnu qu’en cas de nouvelle marée noire, ce serait sans doute « game over » pour la société.

Désormais, les ONG exhortent les concurrents de BP, comme l’Américain Chevron ou l’Australien Santos, à faire de même. « Si, forte de toute son expérience, BP ne sait pas présenter un plan de forage acceptable pour la Nosepma, les autres compagnies explorant la baie ne feront que gaspiller l’argent de leurs actionnaires en poursuivant cette chimère », a déclaré Lyndon Schneiders, le directeur national de la Wilderness Society.

Les coûts de production et les risques environnementaux sont en effet de plus en plus difficiles à justifier au vu des prix actuels du pétrole et dans la perspective d’un scénario énergétique compatible avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C à l’horizon 2100.

« La nouvelle stratégie de BP de croissance limitée est une bonne nouvelle pour les actionnaires », commente Catherine Howarth, directrice générale de ShareAction. L’ONG avait diffusé un argumentaire auprès de plus de 100 investisseurs décrivant les risques opérationnels, économiques et de réputation liés au projet, en amont de l’assemblée générale de la société. « Nous sommes ravis d’avoir contribué à porter cette question à l’attention de la communauté des investisseurs et au conseil d’administration de la société qui a entendu les préoccupations des actionnaires. »

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