Publié par : Sibylline | septembre 5, 2016

Il pêche un requin de 35 kilos dans la rivière du Bono (Morbihan)

© DR

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5 Septembre 2016 (Lucas Hobé). Un Morbihannais a eu la surprise de pêcher une émissole, une espèce de requin (Ndlr Sibylline : laquelle, parmi les émissoles ?, requin-hâ d’après d’autres avis, probable si l’on considère la différence de taille entre les 2 dorsales et la taille du lobe inférieur de la caudale, entre autres… Comme quoi…), samedi dernier dans la rivière du Bono. Une prise rare de plus de 35 kilos.

Habitué à pêcher dans la rivière du Bono depuis de longues années, Alain Danielo a sans nul doute effectué sa plus belle prise cette année.

Ce quinquagénaire de Pluneret était parti en mer à la journée avec sa famille pour visiter les îles morbihannaises. Il avait posé un filet dans la matinée pour prendre quelques soles et plies. « Lorsque nous sommes venus remonter le filet dans l’après-midi, il était en boule. Je pensais que des personnes mal intentionnées l’avaient relevé et mis comme ça. Mais j’ai vu qu’il y avait en fait une émissole, une sorte de requin, pris dedans. Elle avait tout emporté » raconte Alain Danielo.

35 kilos et 1,57m de long

Le morbihannais et son frère ont remonté l’animal dans leur bateau à l’aide d’une gaffe. « Je l’ai enlevé des filets. J’ai vérifié qu’il ne possédait pas de balise et que ce n’était pas une espèce protégée. Je l’ai ensuite placé dans une grande caisse. C’est la première fois que je vois un requin ici » explique l’homme de 51 ans.

De retour sur la terre ferme, les pêcheurs ont attiré l’attention des personnes présentes sur la plage. « Ils voulaient tous prendre en photo le requin. Certains ne voulaient plus retourner se baigner après » s’amuse Alain Danielo, qui a ramené l’animal chez lui pour le peser et le mesurer. Bilan : 35 kilos et 1,57 mètre de long !

Une espèce qui vit habituellement dans les eaux plus chaudes

Le pêcheur a contacté l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer) pour leur faire part de sa découverte. « Ils m’ont expliqué que cette espèce vivait généralement dans des eaux plus chaudes et plus au large. C’était donc rare de voir ce requin dans la rivière du Bono » indique Alain Danielo.

Ndlr Sibylline : beaucoup d’espèces de requins, normalement au large, se rapprochent désormais des côtes, et ce, quelle que soit la région du monde. L ‘émissole tachetée a cependant déjà été observée aux embouchures de fleuves et rivières, tout comme le requin-hâ. Néanmoins, une attitude responsable, au lieu d’opter pour la destruction et l’étonnement de l’enfant de maternelle, est peut-être d’éviter de participer directement à cette extinction des espèces (en les pêchant, en les consommant, en admirant des destructeurs fiers de leurs trophées). La distribution des prédateurs est fonction de celles de leurs proies, qui se raréfient (surpêche, pollutions…) et se déplacent (fonction de plusieurs critères dont la température (réchauffement climatique, lui-même lié à la pollution, etc…)).

A ceux qui penseraient que l’humain a toujours agi ainsi, la réponse est non. Il fut un temps béni pour les autres espèces ou Lucy (Australopithecus afarensis) et al. était essentiellement végétariens.

Bref, on assiste probablement à un concours de bid… pour quelques minutes de gloire sur la toile. Nice Matin (lien) avait déjà fait très fort… A quand le prochain ? Notons cependant Normandie Actu qui relève le niveau (En Bretagne, voir des requins dans des fleuves et rivières, oui, c’est possible ! (lien)).

N’étant pas une espèce protégée, l’émissole a été découpée et placée au réfrigérateur. « C’est très bon. C’est bien meilleur que le thon » affirme le Morbihannais, qui a dégusté sa prise avec sa famille.

Et la photo qui va bien avec ! © DR

Et la photo qui va bien avec ! © DR

Ndlr Sibylline : ne pas être une espèce protégée ne signifie pas que les stocks de cette espèce soient au plus haut. Cela signifie que les gouvernants n’ont pas pris la commune mesure du danger qui pèse sur une espèce, ayant systématiquement trois métros de retard sur les alertes scientifiques. Encore faut-il que des moyens soient mis à disposition pour étudier l’état de la biodiversité. Quand on préfère dilapider l’argent public à sa destruction (cf. « crise » requins sur l’île de la Réunion), il est judicieux de se montrer censé et de se renseigner via les sites informatifs.

Liste rouge raies et chimères de métropole (recensement 2013) : lien

Les requins et raies de France métropolitaine menacés par une pêche non durable Musée national d’histoire naturelle – 17 décembre 2013 (lien, qui, de plus, informe sur ce qu’est la liste rouge)

L’état des lieux est préoccupant pour 11 espèces mais cette situation pourrait en concerner d’autres, car l’état des populations de la majorité des requins et des raies reste globalement inconnu dans les eaux métropolitaines : faute d’informations disponibles, les trois quarts des espèces ont dû être placées en catégorie ”Données insuffisantes“. C’est par exemple le cas de l’Emissole tachetée (Mustelus asterias), commercialisée sous le nom de ”saumonette“, et du Requin hâ (Galeorhinus galeus), deux poissons pour lesquels la pression de pêche est pourtant en augmentation. (…)

L’état des lieux réalisé appelle à un renforcement des mesures de contrôle et de suivi de la pêche pour préserver les populations avant qu’elles ne s’effondrent, et à une amélioration des connaissances par des suivis scientifiques systématiques et une meilleure récolte des données de pêche, pour mieux connaître ces espèces et l’état de leurs populations en métropole.

Plus d’informations : L’humain, un insoutenable super prédateur (lien), faisant référence à cette publication :

DarimontChris T., Caroline H. Fox, Heather M. Bryan, and Thomas E. Reimchen. “The Unique Ecology of Human Predators.” Science 349, no. 6250 (2015) : 858-860. 21 Aug 2015. doi : 10.1126/science.aac4249

Les humains exploitent les poissons à un taux 14 fois supérieur, en moyenne, à celui des autres prédateurs marins. Ils tuent aussi des grands carnivores – comme les ours, les loups ou les lions – à un rythme 9 fois supérieur à celui qui voit ces prédateurs s’entre-tuer dans la nature. Cela signifie, concrètement, que l’industrie de la pêche capture 78 % de la population adulte de saumons d’Alaska par an, contre 6 % prélevés par les grizzlys – les plus gros prédateurs de cette espèce.

« L’originalité de l’étude est également de comparer les taux de prédation selon les niveaux trophiques des proies – c’est-à-dire, pour simplifier, la place qu’occupe un organisme dans la chaîne alimentaire, allant des planctons aux carnivores qui ne se nourrissent que de carnivores. De manière inattendue, les humains exercent, sur terre, une pression bien plus forte sur les grands carnivores que sur les herbivores, et ce, alors qu’ils ne les consomment pas. En mer, en revanche, l’impact de l’homme est élevé à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la pêche aux anchois, aux harengs, ou à la chasse aux requins et aux thons. Les captures de poissons, en hausse malgré la surexploitation des espèces, excèdent aujourd’hui 100 millions de tonnes par an. »

« Ce travail d’analyse gigantesque montre avec précision que nous prélevons trop de proies pour que les espèces puissent renouveler leurs populations, juge Franck Courchamp, directeur de recherches en écologie au Centre national de la recherche scientifique. Contrairement aux autres prédateurs qui sont naturellement régulés par le nombre de proies, nous subsistons grâce à énormément d’espèces à la fois. Et comme nous sommes omnivores, ce qui implique que nous ne dépendons pas des proies pour notre survie, celles-ci diminuent sans que cela ne nous pousse à relâcher la pression. »

« Mais au-delà de ces quantités colossales, ce qui différencie l’humain des autres prédateurs et en fait un superprédateur au comportement « insoutenable » selon l’étude, c’est qu’il cible des proies adultes et non pas des jeunes. »

« Cela a un double impact sur la population exploitée, du fait des prises directes et du déficit de reproduction pour le futur. » Heather Bryan, chercheuse à l’institut Hakai de l’université de Victoria. »

Conclusion : l’humain, qui se dit animal évolué, a un comportement déviant en s’auto-détruisant.

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