Publié par : Sibylline | avril 17, 2016

Microbilles dans le Saint-Laurent : l’infestation est sous-estimée (Québec, Canada)

microbilles-plastique-composant-tres-repandu17 Avril 2016 (Tristan Péloquin). Elles sont parfaitement sphériques, à peine visibles à l’oeil nu, et elles pullulent dans le fonds du fleuve Saint-Laurent. Les microbilles de plastique, une composante très répandue dans les produits cosmétiques, seront bannies d’ici 2018 des crèmes, savons et dentifrices vendus au Canada. Mais le projet de règlement à l’étude aux Communes sera loin d’être suffisant, prédit le chercheur de McGill qui a été le premier à se pencher sur le problème.17

Que dit le projet de règlement ?

À l’unanimité, les députés du Parlement ont voté pour que les microbilles de plastique soient inscrites sur la liste des substances toxiques d’Environnement Canada. Le projet de règlement, qui vient de franchir l’étape des consultations, ne vise pour le moment que les microbilles mesurant entre 1 micron et 5 millimètres et qui se retrouvent dans les produits de soins personnels, les cosmétiques, les produits naturels utilisés pour exfolier ou nettoyer et les médicaments en vente libre.

Dans quoi les trouve-t-on ?

Une étude publiée dans le Marine Pollution Bulletin révèle qu’on peut trouver de 137 000 à 2,8 millions de microbilles dans une bouteille de 150 ml d’exfoliant pour la peau. Selon un résumé scientifique réalisé par Environnement Canada, on en trouve dans les produits pour la douche et le bain, les nettoyants pour le visage, les crèmes, les désodorisants, les fonds de teinte, les vernis à ongles, les ombres et fards à paupières et à joues, les lotions pour le rasage, les produits moussants pour le bain, les colorants capillaires, les insectifuges, les dentifrices, les mascaras, les produits de soins pour bébés et les lotions solaires.

Ce que le règlement ne couvre pas

Les microbilles sont aussi utilisées dans plusieurs domaines industriels, qui ne sont pas couverts par le projet de règlement à l’étude. Elles servent de matériaux abrasifs pour le sablage et l’exploration pétrolière ou gazière. On les retrouve aussi dans les procédés d’impression de textiles et la fabrication de pièces moulées pour automobiles, ainsi que dans la conception d’antidérapants. Elles ont aussi une utilité en recherche biotechnologique et biomédicale. Le projet de règlement ignore aussi plus largement l’ensemble des microplastiques qu’on trouve dans l’environnement – fragments, résidus, granules et fibres, qui comptent pour une part importante des polluants trouvés dans les océans.

Où en a-t-on trouvé ?

Des chercheurs canadiens ont trouvé des microbilles dans les eaux des Grands Lacs et du Saint-Laurent. « Puisque les microbilles flottent, on a longtemps cru qu’elles étaient convoyées par les rivières et les fleuves jusqu’à l’océan. Cette découverte en eau douce a été une grande surprise », affirme Anthony Riccciardi, biologiste à McGill. Des chercheurs ont documenté leur présence dans les eaux autrichiennes du Danube, dans le golfe de Finlande près Saint-Pétersbourg et dans la région parisienne.

Autoréglementation ?

Depuis 2012, des dizaines d’entreprises, dont Clarins, Unilever, L’Oréal et Procter & Gamble ont annoncé le retrait progressif des microbilles de leurs produits. Certaines ont mis cet engagement en application immédiatement, d’autres, comme Procter & Gamble, promettent de le faire d’ici 2017. Tous les types de dentifrice Crest sont supposés en être exempts depuis février 2016. Nous avons néanmoins pu en trouver contenant des microbilles dans une pharmacie cette semaine. Au Canada, il n’est pas obligatoire d’indiquer sur les emballages si un produit contient des microbilles.

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