Publié par : Sibylline | avril 8, 2016

La chasse à la baleine – A bord d’un baleinier des mers du sud en 1840 (Polynésie française)

Scène de chasse à la baleine

Scène de chasse à la baleine

8 Avril 2016 (William Dalton). Papeete – Les baleiniers, le plus souvent américains, sont venus pêcher la baleine dans les eaux polynésiennes de 1840 à 1870. Le nombre de baleiniers était de 300 en 1835 à 550 en 1845. Papeete était considéré comme la plus agréable des escales des îles des mers du Sud par les baleiniers qui venaient volontiers y prendre leurs quartiers d’hiver. C’était à l’époque la plus grande ressource de l’île et une véritable richesse. 

Les chaudrons

Deux grands chaudrons en fonte, parfois davantage, sont installés dans une maçonnerie de briques fixée au pont à l’arrière de l’écoutille avant par des épontilles de fer. Sous ce fourneau, appelé fondoir, il y a une citerne que l’on tient pleine d’eau pour empêcher le feu de se propager au pont.

Chaudron de baleinier

Chaudron de baleinier

Les baleinières

Les navires mettent, selon leur tonnage, de trois à cinq embarcations à la mer, et transportent généralement au moins deux embarcations de rechange en cas d’accident. Ces baleinières font de 8 à 9 m de long et de 1,70 m de large, pointues aux deux extrémités. Elles se propulsent avec cinq avirons et sont barrées à l’aide d’un grand aviron.

Chaque canot porte six hommes, à savoir le harponneur ou patron, le barreur, le brigadier ou premier matelot d’avant, le rameur du milieu, l’enrouleur de ligne, et le rameur d’arrière. Ils embarquent une ligne de 500 m de long faite de cordage, soigneusement enroulée et arrimée au fond du canot.
Un ou deux harpons sont alors attachés au bout de la ligne et déposés à l’avant du canot, prêts à être lancé avec 9 m de ligne soigneusement enroulée sur l’espace avant afin de faciliter le tir ; de plus il y a toujours une lance de baleinier prête à servir dès que le canot a ferré sa baleine.

On embarque toujours un certain nombre de harpons et lances de rechange, ainsi qu’un flotteur constitué d’une planche carrée avec piquet surmonté d’un fanion, qui est accroché à la ligne du harpon pour l’empêcher de filer trop vite. La partie plate de ce frein offrant une grande résistance à l’eau.

Pour le cas où un canot serait perdu dans la brume ou hors de vue du navire, il est muni d’un compas, d’une boîte à amadou avec briquet, de chandelles et d’un fanal, de fusées volantes et de feux de Bengale, d’un petit baril d’eau douce. Il y a aussi une hache, un couteau, deux ou trois petits pavillons ou fanions, ainsi qu’une voile aurique.

Quand les canots sont pris par la nuit, on allume un grand feu sur le navire, à un endroit bien visible, et on tire des coups de canons minuscules et aussi des fusées et feux de Bengale auxquels répondent les embarcations.

Baleines en vue

Trois ou quatre vigies sont en permanence dans la mâture à guetter les baleines qui se reconnaissent à leur façon particulière de lancer en l’air un jet d’eau, visible par temps clair à la distance de six milles (11 km), et se manifestent fréquemment en sautant ou faisant des bonds, hors de l’eau, visibles jusqu’à dix milles (18 km). Quand on est aussi près des baleines que les conditions le permettent, les canots sont mis à la mer et partent en chasse. On garde toujours dix ou douze hommes à bord pour manœuvrer le navire et faire les signaux éventuellement nécessaires aux embarcations.

Les grandes baleines mâles vont généralement seules tandis que les femelles et les baleineaux vont en grands troupeaux ou bancs. Quand un canot arrive près d’une baleine, on lui lance un ou deux harpons. S’il s’agit d’un baleineau et si le harpon est bien placé, un seul canot s’y attache et les autres prennent chacun leur baleine si le troupeau est arrêté à proximité, sinon ils repartent en chasse et mettent la voile si la brise le permet.

Quand un troupeau de baleines est à l’arrêt, un navire avec quatre baleinières peut en capturer de huit à douze, mais il arrive fréquemment, quand les baleines passent ou qu’elles sont trop dérangées, que l’on n’en attrape qu’une et même souvent aucune. Dès que les canots ont tous ferré, ils attaquent à la lance et tuent leurs baleines aussi vite que possible. Quand une baleine est tué, on lui fiche dans le corps un piquet surmonté d’un petit fanion qui sert à indiquer sa position au navire.

Les baleines qui se détachent se font souvent achever à la lance par l’équipage de prise, mais on voit souvent des baleines blessées partir avec le troupeau, où on les distingue par leurs jets ensanglantés.

Pour une grande baleine, il faut généralement deux canots avec chacun deux harpons, et un ou deux canots supplémentaires avec leurs lignes parées à rallonger celles des canots de prise au cas où elle plongerait au fond, ce qu’on appelle sonder. Une baleine qui sonde entraîne avec une surprenante vélocité de 500 m de ligne qu’un homme doit continuellement arroser pour éviter les conséquences de la friction.

On tue quelquefois une grosse baleine en dix minutes mais, quand elle a fui et sondé, il faut souvent haler aussi près que possible de la baleine pour couper ou essayer de casser la ligne, ou arracher les harpons en tirant fort avec les canots ; c’est ce qui se produit fréquemment lorsque la baleine est restée ferrée plusieurs heures.

Les grandes baleines plongent si rapidement au premier coup de harpon qu’elles dévident parfois toutes les lignes du canot en quelques secondes et peuvent disparaître avec, avant qu’un autre canot ait pu s’approcher pour amarrer sa rallonge.

Tuer les baleines entraîne parfois de graves accidents un coup de queue ou, comme on dit, une claque de ses ailerons de queue, peut fracasser un canot. Se tenir hors de portée demande donc de grandes précautions et de grands efforts, surtout dans un grand troupeau qui entoure les canots de tous côtés. On les tient en respect à grands coups d’avirons dans l’eau et en criant fort. Une baleine peut parfois prendre une ligne dans sa gueule et la couper d’un coup de dents. Avant d’être dérangées, les grandes baleines peuvent rester sous la surface de l’eau d’une demi-heure à une heure et demie et quand elles émergent vont souffler toutes les dix ou vingt secondes pendant trois quarts d’heure.

Le découpage

Le blanc de baleine ou lard est, avec ses enveloppes ou peaux, la partie externe de son corps. Il varie en épaisseur sur une grande baleine mâle de 20 à 40 cm en étant plus mince sur la tête et à l’approche de la queue. Chez les femelles et baleineaux, le blanc a de 10 à 25 d’épaisseur.
Pour hisser le blanc à bord il y a deux palans à quatre réas (la corde est de six pouces de la meilleure qualité) fixés en haut du grand mât et soutenus par des haubans tirés jusqu’au mât de misaine. Les garants 13 qui les actionnent sont passés autour du guindeau. La coupée est claire 14 et encadrée de chaque côté de deux plates-formes où l’on peut se tenir à environ trois pieds au-dessus de l’eau.

On commence par tailler un trou de douze à dix-huit pouces dans le lard derrière l’œil et on y laisse tomber un grand crochet de fer attaché à l’estrope de poulie du palan. Les maîtres dépeceurs qui se tiennent chacun sur une plate-forme ont des outils tranchants, appelés couteaux à dépecer, fixés sur des manches de 18 à 20 pieds de long. Ils tranchent le blanc en demi-cercle à environ 20 pouces à l’extérieur du crochet et continuent à tailler en lignes parallèles en direction du bord du navire, soulevant à l’aide du palan maintenant actionné par le guindeau une pièce de blanc de quatre ou cinq pieds de large. Quand la première pièce est levée, ce qui maintient la baleine à la surface de l’eau, ils entreprennent alors de la décapiter. S’il s’agit d’une petite baleine, ceci ne prendra que quelques minutes, en faisant une entaille oblique de chaque œil au point atteint par l’extrémité de la mâchoire inférieure, puis une autre entaille circulaire en travers de la nuque jusqu’au côté opposé, tout en s’aidant du guindeau pour retourner la baleine en tirant sur le blanc. Au moyen du second garant, on fixe un crochet dans la tête pour la hisser sur le pont.

On déroule ensuite le blanc de la baleine en tirant au guindeau, en même temps que les personnes placées sur les plates-formes le débitent en quartiers de quatre à cinq pieds de large. Quand le garant est remonté de deux poulies, on perce le blanc avec un grand couteau, on introduit dans ce trou l’estrope de poulie du garant d’espacement, on l’y retient enfermée en passant dans la appelle l’abordage. Après quoi le morceau suspendu est coupé à dix-huit ou vingt pouces au-dessus du trou d’abordage et descend au pont inférieur par l’écoutille principale. Ce morceau de blanc s’appelle une couverture, il y a généralement trois ou quatre couvertures sur une baleine femelle ou un baleineau.

Quand tout le blanc est enlevé, on détache la queue à deux ailerons de la carcasse. Elle sombre quelquefois mais en général reste à dériver jusqu’à ce que les requins et divers oiseaux de mer l’aient dévorée.

La tête est débitée par incision longitudinale, on appelle junk 15 le gros morceau filandreux touchant à la mâchoire inférieure et case 16 la partie où se situe le trou d’évent et qui contient une quantité de spermaceti17 à l’état fluide. Junk et case représentent environ le tiers du produit du cachalot et, constitués presque entièrement de spermaceti, sa principale richesse.

Pendant l’embarquement par morceaux d’une grande baleine, on écope le bunch 18 dès que le blanc est soulevé. Le bunch est le prolongement de la case et se situe dans la nuque. On en tire deux ou trois barils d’huile. Étant donné son poids immense, la tête des grandes baleines est retenue par deux courts câbles dès qu’elle est séparée, jusqu’à ce que le blanc soit embarqué. Les deux palans sont alors accrochés au junk et on en sépare la case qui reste pendue à un petit câble.

On a besoin de tout le monde au guindeau pour hisser le junk à bord. Une fois posé sur le pont, il dresse à six ou huit pieds de haut sa masse presque exclusivement constituée de gras solide entremêlé de fibres tendineuses. Les deux palans sont maintenant accrochés à la case. Un bout est hissé à environ un pied au-dessus du pont, l’autre restant dans l’eau. On écope alors l’huile par le haut au moyen d’un seau fixé à une poulie ou cartahu 19 : on enfonce le seau dans ce morceau de boite crânienne avec une grande perche et on le retire au cartahu. Quand elle est vidée, on en retire le lard extérieur qu’on appelle « peau du crâne » parce que pauvre en huile. Cette boîte vidée et dépouillée, formée d’un faisceau de puissants tendons, est alors rejetée à la mer.

Le manuscrit du Dalton Journal se trouve à la National Library of Australia à Canberra ; il a été édité par Niel Gunson de Research School of Pacific Studies de 1 Australian National University et publié en 1990 par la National Library of Australia pp. 61-69 (cf. B.S.E.O. n° 268)

Source


Catégories

%d blogueurs aiment cette page :