Publié par : Sibylline | mars 31, 2016

Le derrière du cténophore laisse les scientifiques bouche bée

Le cténophore Mnemiopsis leidyi possède deux pores à l'arrière qui tiennent le rôle d'anus. © AP/SIPA

Le cténophore Mnemiopsis leidyi possède deux pores à l’arrière qui tiennent le rôle d’anus. © AP/SIPA

31 Mars 2016 (Titouan Corlet). La découverte de sphincters chez un cousin de la méduse est un coup de tonnerre dans les sciences de l’évolution. Retour sur l’importance biologique de l’orifice mal aimé du tube digestif.

UN TROU. Commençons par une histoire de fesses, voulez-vous ? La présence d’un système digestif commençant par une bouche et finissant par un anus est depuis longtemps un des facteurs qui permet aux scientifiques d’attester de la complexité d’un organisme vivant. Et pour cause, les premiers animaux à voir le jour ne possédaient qu’un seul orifice pour les deux fonctions. Encore aujourd’hui les éponges, méduses et autres anémones sont toujours condamnées à manger et déféquer par le même endroit. La plus grande partie du règne animal a rapidement vu son intestin se doter d’une porte de sortie. Un avantage qui n’est pas en soi à négliger puisque les animaux ne présentant qu’un seul orifice doivent attendre la fin complète d’un cycle digestif avant de pouvoir ingurgiter de la nourriture à nouveau. La présence d’un anus permet à son possesseur de continuer à manger tandis que l’assimilation des aliments suit son cours. Ce n’est pas non plus un hasard s’il se trouve le plus loin possible de la bouche. De cette manière, pas de risque de polluer sa propre assiette. Enfin, l’excrétion par la tête nécessite une pompe qui demande d’autant plus d’énergie que le corps est long et limite donc ses possibilités de développement.

Quand la nourriture arrive à bon… pore

Cependant, les avantages du sphincter qui nous permettaient de nous vanter de notre complexité évolutive pourraient bien être remis en question. Lors de la conférence « Ctenopalooza » du 15 mars 2016 à St Austine en Floride, une vidéo a ébranlé les convictions des scientifiques. On peut y voir un cténophore (un cousin des méduses, sans tentacules) faire un festin de poissons zèbres et de petits crustacés rendus fluorescents grâce à des modifications génétiques. La transparence de l’animal permet de suivre sans problème le chemin suivi par la nourriture. Avance rapide, 2 heures plus tard. Des particules de son repas sont excrétées après digestion mais pas par la bouche. Ce sont, à la place, des pores diamétralement opposés qui se chargent d’expulser les particules indésirables. Si ces pores avaient déjà pu être observés depuis 1880, jamais leur rôle d’excrétion n’avait pu être mis en évidence. A l’inverse, de nombreuses études continuaient de confirmer l’expulsion des déchets par la bouche. Selon cette récente découverte, de tels événements correspondraient plutôt à un « trop-plein » : l’animal rendu malade par un repas trop copieux serait simplement conduit à régurgiter sa nourriture. Toute la question est désormais de savoir si les cténophores ont développé ce simili-anus de façon indépendante ou s’il s’agit plutôt d’un caractère ancestral, perdu secondairement chez les méduses, éponges et anémones. L’évacuation dans le courant par la bouche étant sans doute plus efficace pour certains de ces animaux fixés à un rocher. Si cette nouvelle bouleverse le petit monde des spécialistes de l’évolution c’est qu’elle peut remettre en cause une grande partie de la classification du vivant et de nos connaissances sur la complexité de certaines espèces. Jusque-là, une démarcation claire séparait les organismes « simples » au système digestif à une seule ouverture de ceux apparus plus tard au fil de l’évolution et possédant deux orifices. Une frontière qui vient de voler en éclats.

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