Publié par : Sibylline | janvier 19, 2016

Les stocks de poissons s’effondrent

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19 Janvier 2016. Les volumes de poissons pêchés dans le monde sont largement sous-estimés, selon une étude publiée mardi. Celle-ci montre aussi que le déclin des stocks est plus rapide que prévu, un constat préoccupant pour les ressources alimentaires de nombreux pays.

« C’est comme si le monde effectuait des retraits à un grand distributeur de poissons, sans savoir ce qui a été déjà retiré, ni ce qu’il reste », résume Daniel Pauly, chercheur à l’Université de British Columbia (Canada) qui a codirigé avec Dirk Zeller l’étude parue dans Nature communications.

Les scientifiques, aidés par des dizaines de collaborateurs, ont comparé pour la période 1950-2010 leurs propres données aux chiffres de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation), qui sont établis à partir des statistiques de 200 pays et font référence.

Des sources complémentaires ont été utilisées : littérature scientifique, chiffres des pêcheries, expertises locales, législations, données démographiques, etc.

Ecart de 30%

Au final, l’écart est de l’ordre de 30%: les prises annuelles de poissons ont atteint 109 millions de tonnes en 2010 selon l’étude, alors que l’estimation de la FAO est de 77 millions de tonnes.

Les scientifiques attribuent cet écart au fait que les statistiques nationales des pays n’incluent pas la pêche artisanale, de subsistance ou illégale, pas plus que les rejets de poissons accidentellement pêchés.

Une explication confirmée mardi par la FAO: « certains pays omettent les données de la pêche artisanale, sportive et illégale, comme celles concernant les rejets, ce qui peut conduire à une photo erronée de l’état des pêcheries mondiales », indique l’organisation dans un communiqué, reprenant les chiffres de l’étude.

Baisse de volume

Selon les nouvelles estimations, en 2010, la pêche industrielle a représenté 73 millions de tonnes de poissons, la pêche artisanale 22 millions de tonnes, celle de subsistance 4 millions et les rejets de poissons quelque 10 millions de tonnes.

Ces recherches font aussi apparaître qu’au cours des 25 dernières années, la baisse constatée du volume de la pêche mondiale a été bien plus importante que les estimations de la FAO: environ 20 millions de tonnes, au lieu de dix.

Baisse inexorable depuis 1996

Tout le monde s’accorde pour dire que l’année du pic a été 1996 et que depuis, malgré une expansion et une modernisation de la flotte mondiale, les prises baissent.

« Nous pêchons avec plus de moyens et nous pêchons moins, c’est un problème », a confié John Tanzer, directeur des programmes océans au WWF.

Daniel Pauly et Dirk Zeller précisent que la baisse globale des prises (de 130 millions en 1996 à 109 millions en 2010) « reflète le déclin des prises de la pêche industrielle et dans une moindre mesure la baisse des rejets en mer ». La pêche artisanale est elle en progression.

Le poisson ne suit plus

« Le déclin global est dû à la surpêche » qui affaiblit les populations de poissons qui n’ont pas le temps de se reconstituer dans certaines régions du monde, a expliqué Daniel Pauly.

D’où une inquiétude pour la disponibilité future des stocks de poissons qui, selon la FAO, constitue une source significative de protéines (15%) pour quelque 3 milliards de personnes.

Mais, selon eux, tout n’est pas perdu: la reconstitution de certains stocks dans des pêcheries australiennes et américaines prouve qu’il est possible d’agir en mettant en place des politiques de pêche durable.

Ce type de mesures, qui sont appliquées depuis plus récemment dans certaines pêcheries européennes, « doivent être appliquées plus largement », recommandent-ils.

Réf. : Catch reconstructions reveal that global marine fisheries catches are higher than reported and declining,” Daniel Pauly & Dirk Zeller. Nature Communications 7, Article number: 10244. 19 January, 2016. DOI:10.1038/ncomms10244

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