Publié par : Sibylline | janvier 15, 2016

On peut reconnaître les baleines par leur visage

reconnaissance-visage-baleineVendredi 15 Janvier 2016. En ouvrant sa page Facebook, une biologiste américaine a eu la révélation : pourquoi ne pas faire pour les cétacés ce que l’on sait faire pour l’homme. C’est ainsi qu’a été imaginée la reconnaissance faciale pour les baleines.

Comment sauver la baleine franche de l’Atlantique nord, l’une des espèces les plus menacées de la planète, dont l’océan n’abriterait plus que 300 à 500 spécimens ? Pour les biologistes marins, c’est un casse-tête, doublé d’une course contre-la-montre.

Singulièrement pour Christin Kahn et ses collègues. Cette chercheuse de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) passe une bonne partie de son temps dans un petit avion Twin Hotter, à survoler une vaste étendue de mer devant la côte américaine, du Maine à New York. Lorsque son équipe aperçoit un cétacé, un photographe ouvre la vitre arrière de l’habitacle et mitraille.

Certains des cétacés sont reconnaissables à l’œil nu, si bien que les scientifiques les ont affublés d’un petit nom comme Trèfle (pour la baleine n°1611) ou Quasimodo (pour la baleine n°1006). Mais la plupart se ressemblent et pour Christin Kahn, chacun des 60 vols annuels est suivi de longues, longues heures à confronter les nouvelles photos avec les clichés anciens de quelque 700 baleines différentes – vivantes et mortes.

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Facebook, la révélation

Cette exploration fastidieuse de la base de donnée conservée par l’Aquarium de Nouvelle-Angleterre permet d’analyser l’évolution et les déplacements du cheptel. Il permet aussi de distinguer depuis combien de temps tel animal traîne derrière lui des filets de pêche ou des filins, dans lesquels il se serait entortillé (Ndlr Sibylline : doux euphémisme quand on sait que l’animal est voué à une lente agonie), et s’il y a lieu de mettre un bateau à la mer pour tenter de lui porter secours.

C’est lors d’une pause entre deux séances de recherche sur écran, il y a quelques années, que Christin Kahn a eu « la révélation »,raconte le magazine The Atlantic dans son édition de janvier. Alors qu’elle se connecte à son compte Facebook, on lui demande si c’est bien elle que les algorithmes du site ont repérée sur une photo. Pourquoi, se demande la chercheuse, Facebook ne ferait-il pas pour les baleines ce qu’il peut faire pour les humains ?

Elle sonde l’entreprise de Zuckerberg, qui n’est pas intéressée, puis fini par tomber sur Kaggle, une plateforme qui héberge des compétitions scientifiques. Un sponsor est trouvé – l’éditeur de logiciels MathWorks – et le concours lancé en août 2015 : 10 000 $ à qui mettra au point le « Facebook des baleines », un algorithme capable d’identifier chaque animal sur les photos, en comparant les callosités, les stries blanches ou la forme de l’orifice par lequel les cétacés rejettent l’eau.

Plus vite dans la recherche

Un succès : 364 équipes se sont inscrites au concours achevé le 7 janvier. Le vainqueur ? Le bureau de Varsovie de deepsense.io, une entreprise polono-californienne de traitement des données scientifiques. Son algorithme identifie correctement, dans 87 % des cas, les baleines photographiées du ciel. L’un des chercheurs de deepsense.io, Jan Kanty Milczeck, a expliqué à l’Atlantic que « le défi était bien plus proche de la reconnaissance faciale chez l’homme qu’il ne s’y attendait ». Un second algorithme pourrait être mis en chantier, pour traiter les photos prises au niveau de la mer.

À quoi cela sert-il ? À aller plus vite dans la recherche et la comparaison de photos. Les scientifiques pourraient, à partir de plusieurs clichés, voir sur quelle partie du corps d’une baleine un filin est accroché, et ainsi savoir comment le secourir ; ou bien décider que mieux vaut ne rien tenter. À suivre les pérégrinations sous-marines, ce qui pourrait orienter des politiques de protection.

Et surtout, souligne Christine Kahn, la reconnaissance faciale des baleines permet aux biologistes marins de gagner ce qu’il y a de plus précieux, le temps, qu’ils pourraient enfin consacrer à leur véritable travail, la recherche.

Ndlr Sibylline : il existait déjà le Facebook des baleines « Flukebook » (« fluke » = nageoire caudale en anglais) !

Explication du procédé (en anglais)

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