Publié par : Sibylline | décembre 30, 2015

Royal désapprouve, mais Alteo peut poursuivre ses rejets en mer (Bouches-du-Rhône)

(Infographie Rina Uzan - Source collectifs littoral)

(Infographie Rina Uzan – Source collectifs littoral)

30 Décembre 2015 (Louis Morice). L’usine de Gardanne peut continuer à déverser non plus ses boues rouges mais ses eaux chargées d’éléments toxiques dans le Parc national des calanques.

Les espoirs des défenseurs de l’environnement ont été sévèrement douchés dans le Parc national des Calanques : le préfet de la région Paca vient d’autoriser la poursuite pour six ans des rejets toxiques en mer par l’usine Alteo de Gardanne. Une décision que désapprouve Ségolène Royal :

Je n’ai pas du tout changé d’avis, je pense que c’est une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi », a-t-elle déclaré mardi.

Et la ministre de l’Ecologie d’ajouter pour justifier le fait qu’elle avale son chapeau : « L’ordre est venu du Premier ministre au préfet, direct ». Manuel Valls tranche, Ségolène Royal plie ?

Matignon botte en touche et affirme que la décision vient de l’avis d’une commission indépendante et non sur intervention du Premier ministre.

Le Conseil supérieur de prévention des risques technologiques (CSPRT) – un conseil indépendant composé d’experts rattaché administrativement au ministère de l’Ecologie – a planché le 22 décembre et a soumis l’arrêté d’autorisation au vote », ont souligné les services de Manuel Valls.

Quoi qu’il en soit, à partir du 1er janvier, l’usine d’alumine de Gardane va pouvoir continuer à rejeter ses effluents toxiques dans les eaux du Parc national des calanques. 270 mètres cube déversés chaque heure, au grand dam de protecteurs de la Méditerranée comme le pêcheur Gérard Carrodano.

Propriété depuis 2012 du fonds d’investissement américain HIG, l’ancien site Péchiney de l’usine Alteo avait, contre toute attente, obtenu l’aval du Parc national pour poursuivre ses rejets. Un choix qualifié d' »équilibré » par Didier Réault, président du conseil d’administration du Parc qui a précisé que l’avis favorable est assorti de réserves et qu’il pourra faire pression afin de contraindre l’industriel à une pratique plus vertueuse.

Rejets d’arsenic, de mercure et de plomb…

L’industriel assure de son côté qu’il se conforme déjà au respect des normes environnementales et ne rejette les fameuses boues rouges tant décriée mais de l’eau filtrée grâce à un dispositif en partie financé par l’Agence de l’eau.

Seulement voilà, pour les associations environnementales impliquées dans ce long combat, l’eau déversée est chargée de métaux lourds, du mercure, de l’arsenic, du plomb…

On te met le nez dans la merde et on te dit que ça sent bon. Mais ça va être encore pire parce que cette merde va se diluer et diffuser partout »,  tempête Gérard Carrodano.

Ségolène Royal confirme que la pollution existe toujours : « Les dernières enquêtes de l’Anses publiées il y a quelques jours ont bien montré qu’à l’endroit des rejets, il y avait une contamination beaucoup plus forte, notamment en mercure. »

Dès le mois de décembre 2014, la ministre de l’Ecologie avait dénoncé « ce laxisme en direction des entreprises qui ont le droit de polluer et qui s’approprient des profits privés contre une pollution qu’elles ne paient pas. » Mais la ministre a sans doute raison lorsqu’elle évoque le chantage à l’emploi.

Les 1.000 emplois d’Alteo

Alteo représente près de 1.000 emplois dans la région. Un argument qui pèse lourd et que les élus locaux ont régulièrement mis en avant.

Les associations engagées comme CoLLecT-IF d’Alain Matési ne nient pas l’enjeu de l’emploi mais estime que des solutions existent pour concilier production et protection de l’environnement. A la tête de l’association Ocean Futures Society, Jean-Yves Cousteau, le fils du capitaine éponyme, a ainsi présenté les possibilités de traitement des eaux avant de les rejeter.

Au ministère de l’Ecologie, on tente tant bien que mal de se rattraper. « Je vais mettre en place des surveillances pour être sure qu’au bout de deux ans, il n’y ait pas une reconduction laxiste du processus », assure Ségolène Royal, tout en reconnaissant qu' »il va falloir continuer à réfléchir à une mutation du site. »

Des solutions que rejette Alteo, considérant qu’elles ne font que transférer le problème de la mer à la terre. Une manière de reconnaître qu’il y a bien un problème.

Gérard Carrodano se désole du renouvellement de l’autorisation délivrée par le préfet :

Je veux bien que, par manque de connaissances, on ait pu se planter il y a 50 ans ? Mais maintenant on sait. Alors, les décideurs veulent quoi ? Un nouveau scandale de l’amiante ?

Réponse du préfet : « C’est la position du gouvernement et je l’applique ». Une décision en forme de désaveu pour Ségolène Royal.

Ndlr Sibylline : le combat ne date pas d’aujourd’hui « Calanques de Marseille : Alteo peut continuer à rejeter ses déchets. Un scandale qui dure (lien) »

Pétition contre les boues rouges : lien

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