Publié par : Sibylline | décembre 30, 2015

Des huîtres monstres

Huitres-apres-la-recolte30 Décembre 2015. Sans le savoir, beaucoup d’entre nous ont déjà consommé des huîtres génétiquement modifiées par l’homme. En effet, ces huîtres dites « des quatre saisons » ne sont pas étiquetées différemment de leurs cousines naturelles.

Ces huîtres triploïdes, dont les chromosomes ne vont pas par paires, comme chez les huîtres naturelles, dites diploïdes, mais par triplets, sont le produit d’un croisement entre une femelle diploïde et un mâle tétraploïde (lui aussi créé par l’homme). Nées en Amérique dans les années 70, elles sont arrivées en France grâce à l’IFREMER dans les années 2000. L’IFREMER a choisi la manipulation génétique pour répondre à une forte mortalité dans les parcs à huîtres – l’objectif étant d’obtenir des souches résistantes tout en assurant le développement économique de l’ostréiculture grâce à l’innovation.

Il est ici important de mentionner que le secteur ostréicole pèse entre 350 et 400 millions d’euros et que la France est le quatrième producteur au niveau mondial. Ces huîtres sont présentes sur 30 à 40 % du marché francophone, depuis 2008.

La raison pour laquelle il y a eu un tel engouement pour ces produits, exclusivement produits en écloseries, est que l’huître triploïde n’a pas de cycle de reproduction. Ainsi non seulement les huîtres ne deviennent pas laiteuses durant les mois estivaux, mais l’énergie qu’elles ne dépensent pas pour la reproduction est utilisée pour leur croissance. Ces huîtres sont donc consommables après 2 ans d’élevage au lieu d’au moins 3.

Si ces huîtres ont été lancées comme une révolution pour les ostréiculteurs et les consommateurs, la réalité est plus compliquée. En effet, du côté des producteurs, ils sont devenus dépendants des écloseries car ces huîtres sont stériles (bien que l’IFREMER ait reconnu que la fertilité des triploïdes de seconde génération s’élève à 13.4 % — rappelant qu’une possible contamination du milieu reste possible). De plus ces huîtres ont amené beaucoup de stress dans les bassins, notamment avec le développement de l’herpès virus de l’huître (OsHV-1), coïncidant avec l’introduction massive des triploïdes. En effet, depuis 2008 la mortalité chez les huîtres, notamment les triploïdes (jusqu’à 80 % en 2013 selon les bassins) est très importante et a augmenté bien que certains dénient le lien de causalité.

Du côté des consommateurs, l’unique avantage tient en des huîtres non laiteuses et donc bonnes à consommer tout au long de l’année. Néanmoins le consommateur ne peut décider par lui-même – l’étiquetage des huîtres triploïdes n’est pas obligatoire. En effet elles ne sont pas considérées comme un nouveau produit, et ne sont pas non plus vues comme un OGM (bien que ses chromosomes soient modifiés, aucun ne vient d’un gène étranger).

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