Publié par : Sibylline | décembre 29, 2015

Des épiciers requins (Canada)

Ci-dessus, un poissonnier de Puntarenas au Costa-Rica découpe la partie la plus lucrative du requin: l’aileron.

Ci-dessus, un poissonnier de Puntarenas au Costa-Rica découpe la partie la plus lucrative du requin: l’aileron.

29 Décembre 2015. Le commerce controversé d’ailerons de requins est toujours autorisé à Montréal

Il est encore possible de manger des ailerons de requin à Montréal, un produit de luxe banni dans plusieurs régions du monde pour dénoncer des pratiques sanglantes.

À l’épicerie Fruits de mer Prosperity du quartier chinois de Montréal, on peut acheter des ailerons séchés pour 480 $ la livre. Ça représente plus de 100 $ pour un seul aileron.

Quelques restaurants chinois de Montréal servent quant à eux la soupe à l’aileron de requin, pour 15 $ à 30 $ la portion individuelle.

Une controverse entoure cette consommation d’ailerons de requins. Parce que l’aileron vaut beaucoup plus cher que la viande du requin, plusieurs pêcheurs ne font que les couper et rejettent la bête à l’eau avec des plaies béantes.

Environ 73 millions de requins seraient abattus chaque année pour leurs ailerons, selon l’organisme WildAid. Bien souvent toujours vivants quand on les rejette à l’eau, ils sont condamnés à mort.

Il est possible de manger une soupe à l’aileron de requin au restaurant Kam Fung de Brossard pour 15 $.

La gérante Véronica Kwan rappelle qu’il n’y a rien d’illégal dans cette pratique.

Un droit

«Si c’est tellement important, on a juste à en faire une loi», mentionne Mme Kwan. «C’est notre droit. On va garder notre droit», poursuit-elle.

La gérante de Kam Fung n’est pas en mesure d’estimer la quantité de soupe qu’elle vend dans une année.

«Mais si on n’en vend pas, ça se peut que je perde beaucoup de clients», dit-elle.

Elle explique que les ventes sont meilleures en été, car ce produit de luxe est majoritairement consommé lors de grandes occasions, comme les mariages.

Le Kam Fung du quartier chinois sert également cette soupe de requin. Le gérant Thomas Lee dit ne pas en vendre beaucoup en raison du prix. Il y a des semaines où il n’en vend pas. Selon lui, la demande est assez marginale et n’atteint pas les centaines de bols par année.

Prisé en chine

Bien loin devant les Montréalais, les Chinois sont les champions mondiaux de la consommation d’ailerons de requins.

La demande pour ce produit dans cette partie du monde expliquerait pourquoi les pêcheurs ne récupèrent pas l’animal au complet.

Il s’agit d’une logique purement capitaliste, selon le spécialiste de la Chine Loïc Tassé. «Si on tue l’animal, on perd du temps. Et si on gardait le requin, ça prendrait la place d’ailerons, qui valent tellement plus cher. C’est une question d’espace et de paresse.»

Toutefois, depuis que le gouvernement chinois a resserré ses actions dans la lutte à la corruption, la demande d’ailerons de requin est en baisse.

Les fonctionnaires ne peuvent plus commander des soupes à l’aileron de requin si c’est le gouvernement qui paie, ce qui aurait déjà nui à cette industrie.

Greenpeace Canada souhaite une loi

Greenpeace Canada croit que le gouvernement fédéral devrait essayer­­ à nouveau d’adopter une loi pour bannir la possession et la vente d’ailerons de requin au pays. (Ndlr Sibylline : et après marcher sur du velours, quelle est l’action envisagée ?)

L’organisme dénonce la consommation d’ailerons de requins qui encourage l’industrie du shark finning, terme utilisé pour désigner la pêche au requin pour ses nageoires.

«Les ailerons sont simplement coupés et les requins sont remis à l’eau. Le requin ne peut pas nager et cale jusqu’au fond où il meurt», explique le porte-parole de la campagne Océans de Greenpeace Canada, Charles Latimer.

Le Nouveau Parti démocratique a tenté de faire adopter une telle loi en 2013, mais le projet a avorté à la deuxième lecture, quand 138 élus se sont prononcés en faveur et 143 ont voté contre.

Plusieurs États américains, dont New York et Washington, et certaines villes canadiennes, comme Toronto et Calgary, ont justement adopté des lois pour agir en amont du shark finning. Bannir la vente et la possession d’ailerons de requins réduit la demande et, par conséquent, nuit à l’industrie.

À Toronto toutefois, la loi a été invalidée par la Cour supérieure, parce que c’était hors des pouvoirs de la ville d’imposer un tel règlement.

Au Québec, tuer un requin pour ses ailerons est illégal, mais pas l’importation, la vente ou l’achat d’ailerons.

Exportation

Dans les pays où on pratique le shark finning, comme en Indonésie, en Inde ou en Espagne, les pêcheurs rapportent les ailerons sur les côtes où ils les installent au soleil plusieurs jours pour les faire sécher. Après une à deux semai­nes, ils sont prêts pour l’exportation­­.

Au Canada, 130 tonnes d’ailerons de requins ont été importées en 2014, contre 132 en 2013, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. La majorité de ces ailerons proviennent de Chine.

La consommation chinoise représente d’ailleurs plus de la moitié de la consommation mondiale. Toutefois, selon un récent rapport de WildAid, la consommation chinoise est en décroissance de 82 %.

Le prix de vente aurait également chuté de 57 % depuis deux ans pour atteindre un maximum de 1000 $ le kilo.

La soupe à l’aileron de requin

Pour faire une soupe, on laisse cuire un aileron desséché à la vapeur pendant plusieurs heures. Il se réhydratera et deviendra plus tendre. Puis, on l’intègre dans un bouillon, souvent à base de poulet. Une fois cuit, l’aileron aura tendance à se défaire en petits morceaux. Les cuisiniers peuvent ajouter d’autres viandes comme de la chair de crabe, ainsi que des blancs d’œufs crus pour la texture.

Les ailerons de requin prennent le goût du bouillon dans lequel ils baignent. La comparaison avec de simples nouilles est fréquente, même si le prix est beaucoup plus élevé.

Un signe de richesse

  • Dans la culture chinoise, une croyance veut que s’il n’y a pas de soupe au requin sur la table à un mariage, la mariée se joint à une famille pauvre. La soupe à l’aileron de requin est considérée comme un symbole de statut, de richesse et de respect, selon l’organisme Shark Truth.
  • Ce symbole remonterait à plus de 1000 ans, quand un empereur de la dynastie Sung a voulu montrer à ses invités à quel point il était riche et puissant. Il leur aurait servi des ailerons de requin.
  • Par ailleurs, selon la médecine chinoise, les ailerons de requin stimulent le rajeunissement, améliorent l’appétit, nourrissent le sang et sont bénéfiques pour les reins, les poumons, l’énergie et les os.

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