Publié par : Sibylline | novembre 21, 2015

Thon et violation des droits de l’homme

© AP Photo/Dita Alangkara

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21 Novembre 2015 (Marine). L’industrie du thon est connue pour la surpêche, les prises massives de thons juvéniles, et les prises « accessoires » d’espèces menacées. Cependant le tableau est encore plus noir lorsque l’on prend en compte l’esclavage moderne que cette industrie supporte et entretient comme le révèle Greenpeace et Associated Press.

Alors que ce problème est connu de tous, souvent les compagnies ferment les yeux. La société mère de Petit Navire, le géant du thon Thai Union Group, certifiée durable, reconnaît cette problématique, mais se justifie en expliquant qu’il s’agit d’un problème qui nécessite l’action de toutes les parties prenantes. Aussi le groupe continue à se fournir en Indonésie, malgré l’obscurité sur la provenance des poissons. Souvent les poissons issus de la pêche esclavagiste et les autres sont mélangés, ce qui rend tout traçage difficile et cher. Ainsi que ce soit au restaurant ou chez nous, il est probable que nous consommions du thon qui provient de pratiques esclavagistes.

C’est en effet en Indonésie, et plus particulièrement dans le port de Benjina, d’où les poissons sont envoyés vers la Thaïlande puis exportés au niveau mondial, que l’esclavagisme se voit le plus. Par exemple, les travailleurs « à risques », c’est-à-dire qui pourraient s’enfuir, y sont mis en cage lorsque les bateaux sont à quai. En mer, les « travailleurs » n’ont pas accès à une eau propre pour boire, sont souvent battus ou fouettés avec des queues toxiques de raies et travaillent 20 à 22 h par jour sans équipements adéquats. Ils peuvent être prisonniers de cette routine horrifique pendant plusieurs années, sans arrêt : des navires frigorifiques viennent récupérer la cargaison des bateaux de pêche, leur évitant de retourner à quai. Une pratique que l’Indonésie essaye aujourd’hui d’interdire dans l’espoir de limiter ces prisons flottantes.

Ces pratiques ayant cours depuis plusieurs décennies, les migrants sont de plus en plus conscients du danger de devenir prisonniers des mers d’Indonésie. Ainsi, le « recrutement » est devenu tellement difficile que les agents n’hésitent pas à tromper ou droguer les futurs esclaves, et ne reculent pas devant le recrutement d’enfants et de handicapés. Vendus pour un prix généralement avoisinant les 1 000 $, les esclaves doivent ensuite payer cette « dette » pour leur liberté. Malgré cela, beaucoup d’anciens esclaves restent bloqués sur Benjina, privés de leur identité, et ne revoient jamais leurs proches.

Les lois sont lentes à venir et pour beaucoup non effectives. Bien que le gouvernement thaïlandais promette la l’enregistrement des travailleurs illégaux, dont plus de 100 000 travaillent dans la filière de la pêche, un tel recensement est difficile. Non seulement les esclaves sont munis de faux papiers par leurs capitaines, mais les bateaux œuvrent de plus en plus dans les eaux étrangères.

Ndlr Sibylline : Petit Navire et la destruction de la biodiversité (lien et lien), Petit Navire et l’esclavage…

Petit Navire, le bon goût du large !

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