Publié par : Sibylline | novembre 5, 2015

Comprendre le phénomène climatique El Niño en trois questions

illustration-El-nino5 Novembre 2015 (Franck Stassi). L’épisode climatique El Niño de la saison 2015-16 pourrait être un des plus importants depuis 1997-98. Découvrez comment il se forme, qui il affecte et quelles sont ses conséquences potentielles sur les activités économiques.

Sucre, cacao, café, huile de palme, mais aussi certains minerais… Nombreux sont les produits dont la production pourrait souffrir, dans les mois à venir, du nouvel épisode El Niño. Survenant tous les 2 à 7 ans, ce phénomène climatique se caractérise par sa longue durée, de 9 à 12 mois. Après s’être développé au cours du printemps, il atteint habituellement sa puissance maximale entre les mois de décembre et de février. d’où son nom, « l’enfant » en espagnol, en référence à l’enfant Jésus.

EN QUOI CONSISTE-T-IL ?

Situation normale dans le Pacifique tropical (gauche) et sous El Niño (droite) - Source : Météo France

Situation normale dans le Pacifique tropical (gauche) et sous El Niño (droite) – Source : Météo France

El Niño consiste en un phénomène couplé océan-atmosphère principalement actif dans les régions tropicales et subtropicales du Pacifique. Cet océan constitue donc le terrain de jeu privilégié d’El Niño, qui y affecte, dans le Sud, le régime des vents, les volumes de précipitations ainsi que la température de l’eau. Mais son cycle est encore mal compris: « nous savons qu’il est lié à un cycle de variations de la pression atmosphérique entre l’est et l’ouest du Pacifique, couplé à un cycle du courant océanique le long de l’équateur », explique Météo France.

Le processus de son développement, par contre, est désormais bien connu. En temps normal, dans la région du Pacifique tropical, la température de l’eau en surface augmente de manière graduelle : elle est d’environ 22 degrés à proximité du Pérou (habituellement rafraîchi par le courant de Humboldt), contre environ 30 degrés en se rapprochant de l’Indonésie. Dans le cadre d’El Niño, les alizés, qui soufflent de l’Amérique latine vers l’Asie, sont affaiblis. Ils ne retiennent plus les eaux chaudes de surface, qui se déplacent de l’ouest vers le centre et l’est en entraînant avec elles nuages et précipitations. Ces dernières n’arrosent alors plus les mêmes régions. Sous la surface, la thermocline (zone de transition entre les eaux chaudes de surface et les eaux froides du fond) est abaissée côté Amérique du Sud.

Source : CNRS

Source : CNRS

QUELLES SONT SES CONSÉQUENCES CLIMATIQUES ?

L’Indonésie et l’Australie peuvent être affectées par un climat beaucoup plus sec que lors de conditions météorologiques normales. Il en va de même pour l’Inde, l’Afrique australe, le nord-est du Brésil et les Caraïbes. A contrario dans le nord du Chili, en Equateur et au Pérou, l’air est plus chaud et plus humide, avec des risques de pluies diluviennes. La côte ouest de l’Amérique du Sud, le nord de l’Argentine et l’est de l’Afrique peuvent aussi être victimes d’un excédent pluviométrique. D’une manière générale, la structure des vents est modifiée sur l’ensemble de la planète, avec un surplus de cyclones majeurs dans le Pacifique et, à l’inverse, une situation plus calme dans l’Atlantique.

Un phénomène climatique inverse, La Niña, survient tous les quatre à cinq ans. Il consiste en un renforcement des alizés couplé à une pression anormalement basse au niveau de la mer, et entraîne une pluviosité excédentaire en Australie, en Indonésie et dans l’est de l’Asie.

QUELLES PRODUCTIONS POURRAIT-IL AFFECTER ?

Les pays les plus concernés par les impacts d’El Niño peuvent voir leur activité agricole bousculée. Région clef pour la production de café avec les deux premiers producteurs mondiaux (le Brésil et la Colombie), l’Amérique du Sud est exposée, tout comme l’Amérique centrale, au risque d’une intense sécheresse. Le Brésil est, par ailleurs, le premier producteur mondial de sucre. Le riz, l’huile de palme et le caoutchouc, des produits emblématiques de l’est de l’Asie, pourraient eux aussi souffrir d’un climat plus sec qu’habituellement. En Amérique du Nord, les rendements des productions céréalières, dont le blé, pourraient diminuer. Phénomène inverse chez le cinquième exportateur mondial de blé, l’Australie, qui pourrait quant à elle souffrir d’un excédent de précipitations.

Mais les produits agricoles ne sont pas les seuls à être touchés. L’activité de certaines mines de cuivre situées au Chili et au Pérou est susceptible d’être ralentie par de fortes pluies et des glissements de terrain. Les productions de bauxite en Malaisie et de nickel aux Philippines, pourraient pour leur part être favorisées, réduction du volume pluviométrique oblige.

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