Publié par : Sibylline | octobre 30, 2015

Animaux géants moins nombreux : fertilité des sols menacée

Les baleines sont des transporteurs de nitrate, de phosphate et de carbone qu’ils déposent sur la terre tout au long de leur vie avec leurs excréments, et à leur mort par la décomposition de leur organisme. ©Michelle Valberg/ Guzelia/SIPA

Les baleines sont des transporteurs de nitrate, de phosphate et de carbone qu’ils déposent sur la terre tout au long de leur vie avec leurs excréments, et à leur mort par la décomposition de leur organisme. ©Michelle Valberg/ Guzelia/SIPA

30 Octobre 2015 (Loïc Chauveau). En disparaissant il y a 12 000 ans, la mégafaune a cessé de remplir son rôle de dispersion de la matière organique sur Terre. La baisse du nombre d’animaux géants nuit désormais à la fertilité de ses sols.

CLIMAT. Il y a eu un monde où les mammouths pesaient 10 tonnes, les baleines mesuraient 30 mètres de long, où les paresseux culminaient à 3 mètres de haut. Il y a 12 000 ans, ce bestiaire a disparu, victime vraisemblablement des changements climatiques majeurs marquant l’entrée dans l’holocène. “Ce faisant, c’est tout le cycle de distribution de la matière organique qui a été modifié et surtout ralenti”, écrit une équipe internationale d’écologues menés par l’université du Vermont (Etats-Unis) dans les PNAS.

Baleines, poissons, oiseaux, mammifères terrestres sont en effet des transporteurs de nitrate, de phosphate et de carbone qu’ils déposent sur la Terre tout au long de leur vie avec leurs excréments, et à leur mort par la décomposition de leur organisme. Avec la réduction du nombre d’animaux, en majorité due à l’action de l’homme, cette redistribution ne serait plus que 8 % de ce qu’elle a été à l’époque de la mégafaune.

Cétacés : un recyclage de la mer vers la Terre

Comment marche cette pompe à nutriments ? Tout part des océans où les cétacés (les baleines par exemple) principalement remontent à la surface la matière organique des organismes qu’ils ingèrent dans les profondeurs en produisant leurs excréments près de la surface. Ces éléments sont recyclés par toute la chaîne alimentaire, des bactéries aux poissons, puis apportés vers la terre grâce aux poissons migrateurs et aux oiseaux marins (dont le rôle fertilisateur est bien connu à travers le guano). Les animaux terrestres dispersent ensuite cette matière à partir des rivières, comme le montre le schéma :

Le cycle du phosphore et la réduction des flux en kilo par an du fait de la baisse du nombre d'animaux. © PNAS

Le cycle du phosphore et la réduction des flux en kilo par an du fait de la baisse du nombre d’animaux. © PNAS

Ce rôle animal est rarement pris en compte car les spécialistes des cycles des nutriments mettent plutôt en avant la dégradation des roches et leur captation par les bactéries comme agents principaux de production de matière organique et écartent le rôle des animaux“Cependant, cette vision du monde provient du fait que nous vivons à une époque où la taille et le nombre des animaux se sont particulièrement réduits”, écrivent les auteurs. Il faut donc considérer un monde qui comptait vingt fois plus de poissons migrateurs, le double d’oiseaux marins, 10 fois plus de grands herbivores.

Des bisons pour fertiliser la planète

En tête de cycle, les cétacés étaient, il y a 10 000 ans, 10 fois plus nombreux qu’aujourd’hui. Leur rôle a rapidement diminué avec la chasse dont ils sont victimes depuis les trois derniers siècles : les espèces ont décliné de 66 à 90 %, avec des conséquences fatales pour le phosphore. Les chercheurs estiment en effet qu’il y a encore 5 siècles, alors que les océans comptaient 350 000 baleines, 340 000 tonnes de phosphore étaient apportées tous les ans sur les terres grâce à leur travail, contre moins de 80 000 tonnes aujourd’hui. Or, abondamment présent dans les mers, le phosphore se trouve en quantité très limitée sur Terre. Le ralentissement du recyclage de cet élément par les animaux pourrait avoir des conséquences sur la fertilité générale de la planète, le phosphore étant essentiel pour la croissance des plantes. Selon Chris Doughty, chercheur à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), “restaurer les populations d’animaux à leur niveau précédent aiderait à recycler le phosphore des mers vers la Terre, augmentant ainsi le stock disponible pour le futur”.

Est-ce possible ? Les chercheurs le pensent. Si l’élevage n’est pas une solution viable du fait que les troupeaux sont enclos, les auteurs de l’étude prennent pour exemple la restauration des populations de bisons sur Terre, et de baleines en mer pour démontrer qu’il est possible de faire redémarrer la machine à fertiliser la planète.

Citation : Christopher E. Doughty, Joe Roman, Søren Faurby, Adam Wolf, Alifa Haque, Elisabeth S. Bakker, Yadvinder Malhi, John B. Dunning Jr., and Jens-Christian Svenning. Global nutrient transport in a world of giantsPNAS, October 26, 2015 DOI : 10.1073/pnas.1502549112

Autre article : Plus de baleines pour contrer le réchauffement climatique ? (lien)

La forte baisse et la disparition de grands animaux résultant de la surchasse et de la destruction de leur habitat ont entraîné une importante diminution de nutriments essentiels provenant de leurs excréments, selon une étude publiée lundi.

Restaurer les populations de ces animaux par des efforts de conservation pourrait contribuer à lutter contre les effets du réchauffement climatique en permettant la croissance de plus de végétaux qui absorbent du dioxyde de carbone (CO2), estiment ces chercheurs.

Ndlr Sibylline : la Cop21 a totalement écarté la problématique de la protection des océans, avant cette publication et alors que celui-ci joue un rôle majeur dans la régulation du climat. Elle va coûter 187 millions d’euros, financé à 10 % environ par de grands groupes méga-pollueurs, pour, qu’au final, outre un bilan carbone catastrophique, rien ne change. Il n’y a que les diplomates pour croire que le public va avaler des couleuvres…

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