Publié par : Sibylline | octobre 21, 2015

Feu vert aux forages pétroliers au large de la Nouvelle-Écosse (Canada)

Le secteur convoité par Shell est fréquenté par des espèces en voie de disparition, dont la baleine noire. Photo: Alexandre Shields Le Devoir

Le secteur convoité par Shell est fréquenté par des espèces en voie de disparition, dont la baleine noire. Photo: Alexandre Shields Le Devoir

21 Octobre 2015 (Alexandre Shields). Shell Canada est sur le point de mener des forages pétroliers en mer, au large de la Nouvelle-Écosse, dans un secteur caractérisé par une riche biodiversité et qui avait été ciblé par le gouvernement fédéral pour devenir une zone de protection marine. Et en cas de marée noire, la multinationale des énergies fossiles aura 13 jours pour stopper la fuite de pétrole, puisque les équipements nécessaires ne sont pas disponibles au Canada.

L’Office Canada-Nouvelle-Écosse a donné le feu vert à Shell mardi et tout indique que les forages sont sur le point de débuter dans le bassin de Shelburne, au sud de cette province des maritimes.

Les forages doivent être menés en eaux profondes, dans une zone où le potentiel pétrolier a été évalué par la Nouvelle-Écosse, qui a injecté plus de 15 millions de dollars de fonds publics afin de préciser les secteurs les plus propices à la découverte d’énergies fossiles. Selon une évaluation du potentiel, on retrouverait plus de huit milliards de barils de pétrole sous le fonds marin dans ce secteur.

Le potentiel est convoité non seulement par Shell, mais aussi par BP, la même entreprise qui a provoqué la catastrophe environnementale dans le golfe du Mexique, en 2010. Mais BP a annoncé un report de ses investissements en exploration, en raison de la faiblesse des marchés pour le pétrole.

Shell garde toutefois le cap et s’apprête à mener des forages en milieu marin en eaux canadiennes. Selon les termes du permis accordé à la pétrolière, celle-ci aurait 13 jours pour stopper une éventuelle fuite de pétrole provoquée par les forages. La raison ? L’équipement nécessaire pour endiguer la marée noire se trouve en Norvège. Shell souhaitait au départ obtenir un délai de 21 jours pour stopper une éventuelle fuite de pétrole.

Vie marine en danger

Chose certaine, un déversement pétrolier dans cette région pourrait avoir de sérieuses conséquences pour la vie marine. Le secteur se caractérise par sa riche biodiversité. Le gouvernement canadien prévoyait encore récemment établir une zone de protection marine un peu à l’est de la zone qui sera soumise à des activités d’exploration pétrolière.

Tout ce secteur, mais aussi sa périphérie, constitue un couloir de migration des poissons et des mammifères marins qui transitent par le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. On y retrouve des poissons-fourrage comme le hareng et le maquereau, mais aussi le thon rouge. Plusieurs espèces de cétacés fréquentent les eaux au sud de la Nouvelle-Écosse, dont le rorqual bleu, la baleine à bosse ou la baleine franche. Toutes ces espèces sont menacées de disparition, selon la législation canadienne. Ottawa a donc l’obligation légale de protéger l’habitat « sensible » de celles-ci.

Cette zone maritime est un habitat important pour de nombreuses autres espèces de poissons de fond, dont beaucoup font l’objet d’une pêche commerciale. La zone est également une aire d’alimentation estivale essentielle à la tortue luth, une espèce en voie de disparition. Plusieurs experts ont déjà émis des doutes quant à la capacité canadienne d’intervention en cas de marée noire.

Le gouvernement du Québec pourrait aussi ouvrir bientôt le golfe du Saint-Laurent aux forages pétroliers. Une évaluation environnementale stratégique toujours en cours doit déboucher sur la présentation d’une loi sur les hydrocarbures pour encadrer les projets d’exploitation de pétrole, y compris dans le golfe.

Une évaluation environnementale stratégique réalisée par Genivar à la demande du gouvernement libéral du Québec a déjà mis en lumière les importantes carences d’informations concernant le golfe, mais aussi l’industrie pétrolière en milieu marin. Celles-ci concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les impacts des déversements.

Consulter le rapport de l’évaluation environnementale stratégique sur le golfe du Saint-Laurent

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