Publié par : Sibylline | octobre 2, 2015

En prélude à la COP21, la France autorise… de nouveaux forages pétroliers

La plate-forme d'exploration pétrolière de Hess Oil France à Chartronges, en Seine-et-Marne. Angela BOLIS.

La plate-forme d’exploration pétrolière de Hess Oil France à Chartronges, en Seine-et-Marne. Angela BOLIS.

2 Octobre 2015 (Pierre le Hir). A quelques semaines de l’ouverture de la conférence mondiale sur le climat (COP 21) à Paris, le gouvernement multiplie les signaux pour le moins contradictoires avec la volonté d’« exemplarité » affichée par la France. Mercredi 30 septembre, le projet de loi de finances de 2016 entérinait une baisse du budget du ministère de l’écologie, en même temps que de l’aide au développement. La veille, le Journal officiel publiait cinq arrêtés qui, cosignés le 21 septembre par les ministres de l’écologie, Ségolène Royal, et de l’économie, Emmanuel Macron, accordent trois permis exclusifs de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux et en prolongent deux autres.

Les trois premiers permis, dits de Champfolie (Seine-et-Marne), Herbsheim (Bas-Rhin) et Estheria (Marne), sont respectivement octroyés aux sociétés Vermilion, Bluebach Ressources et Lundin International. Les deux prolongations, dites de Bleue Lorraine (Moselle) et de Juan de Nova (Terres australes et antarctiques françaises), sont au bénéfice de groupements formés, l’un par European Gas et Heritage Petroleum, l’autre par South Atlantic Petroleum et Marex Petroleum.

Hydrocarbures conventionnels

Sur le papier, il s’agit de la recherche de pétrole et de gaz conventionnels. A l’exclusion, donc, des huiles et gaz de schiste, dont la seule technique d’extraction aujourd’hui disponible, la fracturation hydraulique, a été bannie en France par la loi du 13 juillet 2011, en raison de ses dangers pour l’environnement. La filiale française du groupe canadien Vermilion assure ainsi, dans les documents transmis au ministère de l’écologie, qu’elle « n’aura pas recours à la fracturation hydraulique ».

Ségolène Royal, qui, en octobre 2014, avait mis son veto à des forages dans le parc naturel régional du Luberon, a du reste réaffirmé à plusieurs reprises que « les gaz de schiste ne sont plus d’actualité » et qu’« il n’y aura pas d’investigation sur le gaz de schiste ».

Les anti-gaz de schiste n’en suspectent pas moins les pétroliers de se « positionner dans la perspective d’une révision future de la loi française ». Certaines de leurs demandes avaient été déposées avant l’interdiction de la fracturation hydraulique et visaient donc l’ensemble des hydrocarbures, conventionnels ou non.

Discours sans lendemain

En tout état de cause, une vingtaine d’ONG, d’associations et de collectifs (dont 350.org, Agir pour l’environnement, les Amis de la Terre, Attac, la Confédération paysanne, la FSU ou le Réseau Action-Climat) demande « que le gouvernement annule les permis qu’il vient de délivrer et mette fin à la prospection pétrolière, gazière et charbonnière sur le territoire. Pour que les discours sur l’urgence climatique ne restent plus sans lendemain ».

Maxime Combes, du mouvement altermondialiste Attac, rappelle qu’en juillet, le président François Hollande lui-même, dans son allocution d’ouverture du Sommet des consciences pour le climat, avait déclaré : « Un accord pour le climat signifie renoncer à utiliser 80 % des ressources d’énergie fossiles facilement accessibles dont nous disposons encore. »

« Que valent donc les promesses de François Hollande et des négociateurs d’obtenir un “accord historique” à Paris et de “tout faire” pour rester en deçà des 2 °C [de réchauffement], si c’est pour entretenir cette fuite en avant extractiviste ? », questionnent aujourd’hui les associations.

Derniers permis

Interrogée par Le Monde, Mme Royal fait valoir que les permis délivrés concernent « des zones où il y a déjà des forages », si bien qu’ils n’ont pas d’impact sur de nouveaux territoires, et que, dans le même temps, « quatre autres permis ont été refusés ». La décision a fait l’objet d’un « arbitrage interministériel au niveau de Matignon », précise-t-elle : « Bercy voulait donner tous les permis, j’ai obtenu d’en bloquer quatre. »

« Sauf erreur de ma part, ajoute la ministre, c’est la première fois que des demandes sont rejetées. C’est une avancée et une première étape ». Et d’annoncer : « Sous réserve d’un inventaire complet, je pense que ce sont les derniers permis qui seront accordés. » Dont acte.

Ndlr Sibylline : île Juan de Nova, plus d’informations

île malgache Juan de Nova

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