Publié par : Sibylline | juillet 28, 2015

Malgré des revers, Shell relance sa campagne de forages en Arctique

Mardi 28 Juillet 2015 (Anne Feitz). Shell a déjà englouti 6 milliards de dollars dans ce projet.

C’est parti. Envers et contre tout, Shell a démarré sa nouvelle campagne de forages pétroliers en Arctique. Malgré les protestations vigoureuses des ONG environnementales, malgré de nouvelles difficultés techniques. Le groupe anglo-néerlandais a vu se lever la semaine dernière l’un des derniers obstacles, avec le permis reçu du ministère de l’Environnement américain, l’autorisant à démarrer les forages en mer des Tchouktches, en Alaska.

Shell n’avait pas réellement attendu pour lancer les opérations. Les 16 et 17 juillet, ses deux plates-formes de forage, Noble Discoverer et Polar Pioneer ont quitté le port de Dutch Harbor, à Unalaska, accompagnés d’une armada d’une trentaine de navires et de 7 avions.

Une véritable épopée, qui a déjà connu quelques contretemps. L’un des deux brise-glace censés accompagner le convoi, le « Fennica », a, semble-t-il, heurté des fonds mal indiqués et entaillé sa coque sur environ 1 mètre. Comme Shell a préféré procéder à une réparation solide et durable, le navire a finalement rebroussé chemin vers Portland, dans l’Oregon, où il est arrivé samedi. Une fois réparé, il lui faudra environ une semaine pour arriver en mer des Tchouktches.

Shell devra l’attendre avant de forer à la profondeur des nappes pétrolières, car le « Fennica » est équipé des systèmes nécessaires pour contenir une éventuelle marée noire. C’est une condition du permis délivré par le ministère. Le temps presse, car la fenêtre qui s’est ouverte le 15 juillet se refermera fin septembre : au-delà, les conditions climatiques rendent les forages impossibles. Shell avait prévu de procéder au forage de deux puits cet été, dès la troisième semaine de juillet. Il a déjà pris du retard.

Sa précédente campagne dans l’Arctique, en 2012, avait accumulé les revers. L’un de ses systèmes anti-marée noire avait échoué à un test, ce qui l’avait empêché de forer jusqu’aux couches pétrolières. Surtout, sa plate-forme Kulluk s’était échouée au retour, après avoir rompu ses liens avec ses remorqueurs. Depuis, Shell affirme avoir tiré ses leçons de ces mésaventures, renforçant notamment ses contrôles sur ces sous-traitants.

L’enjeu est immense. Shell a déjà investi 6 milliards de dollars dans l’aventure arctique et cette nouvelle campagne engloutira encore plus de 1 milliard cette année. Ses licences, qui lui ont coûté 2,1 milliards supplémentaires, expirent en 2017. «  Si nous échouons, il faudra vingt-cinq ans aux Etats-Unis pour reprendre le développement des ressources de l’Arctique », a déclaré Ann Pickard, qui dirige l’activité de Shell en Arctique, au « Wall Street Journal ». L’US Bureau of Ocean Energy Management estime les réserves de l’Alaska en mer des Tchouktches à 29 milliards de barils de pétrole et de gaz.

De quoi passer outre la vive opposition des ONG, qui craignent pour l’écosystème extrêmement fragile de la zone. Shell ignore aussi les risques liés à la chute récente des prix du pétrole : comme il faudra plus de dix ans pour développer ces réserves, les cours auront bien le temps de remonter d’ici là, estiment les dirigeants du groupe.

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