Publié par : Sibylline | juin 2, 2015

Rade de Brest. Qui veut la peau du phoque gris ? (Finistère)

Phoque gris au pied du phare du Minou. Photo Michel Floch.

Phoque gris avec un congre, au pied du phare du Minou. Photo Michel Floch.

2 Juin 2015. C’est un phoque gris adulte d’une centaine de kilos qui chasse autour de l’île Ronde et trouve souvent refuge dans un des deux blocs de béton de la pointe de l’Armorique. Bon nombre de pêcheurs s’en plaignent et veulent régulièrement lui faire la peau. Comment peut-on autant détester un animal marin ? Ils sont nombreux à maugréer contre ce phoque solitaire mâle qui chasse régulièrement autour de l’île Ronde et dans la baie de Lauberlac’h. Comment peut-on autant détester un animal marin ? Ils sont nombreux à maugréer contre ce phoque solitaire mâle qui chasse régulièrement autour de l’île Ronde et dans la baie de Lauberlac’h.

Coup de fusil, coup d’aviron

« Y a des coups de fusil qui se perdent ! », lançait, il y a quelques semaines, un ancien pêcheur pro de la rade de Brest. Un autre se vantait de lui avoir asséné un coup d’aviron. Peu probable, tant l’animal est vif et s’approche peu. D’autres n’hésiteraient pas à foncer, hélice tournante, sur « la bête ». On ne l’aime pas car il a la réputation de manger énormément, de dévorer les poissons pris dans les filets et de faire fuir la ressource dès qu’il entre en chasse. Les promeneurs qui l’aperçoivent adorent, au contraire, voir sa tête de gros chat à longues moustaches sortir de l’eau, parfois un poisson dans la gueule. Dur dur pour les pêcheurs de bar, qui restent bredouilles devant lui ! Nombreux sont les plongeurs du secteur qui l’ont déjà aperçu et se sont retrouvés face à un redoutable défenseur de son territoire, capable de rester en apnée jusqu’à 20 minutes ! S’agit-il du même individu observé depuis trois ans autour de la pointe de l’Armorique, à Plougastel ? « Rien ne permet de l’affirmer », répond Sami Hassani, en charge des phoques gris à Océanopolis. « Nous manquons d’images de cet individu. Nous avons bien reçu une demi-douzaine de signalements dans différents endroits de la rade de Brest. Celui que l’on observe régulièrement autour de l’île Ronde n’est pas bagué, il ne semble pas avoir été relâché après un séjour à Océanopolis ».

Statut de super-prédateur

Comment expliquer cette inimitié de la part des pêcheurs ? Des images coriaces collent à la peau de l’animal. On le dit gros mangeur, alors qu’il consomme autour de 4 % de son poids en poissons et pas exactement tous les jours (4 kg pour un phoque de 100 kg). Et pas seulement des espèces nobles, encore une idée reçue ! À la pointe bretonne, il n’est pas spécialisé sur une espèce. C’est un chasseur opportuniste, partisan du moindre effort. Pas étonnant qu’il se nourrisse souvent de poissons de roches. Le phoque gris de nos côtes consomme toutes sortes de poissons, de calamars, de seiches et de crabes. Une récente étude menée autour des phoques gris de l’archipel de Molène a montré qu’ils étaient particulièrement friands de congres et de vieilles. Ce n’est donc pas qu’un dévoreur exclusif de bars et de lieus, comme on le prétend à tort régulièrement.

Fonction de régulation

Tout en haut de l’échelle de la prédation, le phoque gris joue pleinement sa fonction de régulation. Au large de la Namibie, on s’est rendu compte que la disparition des otaries (pour maladie) avait entraîné une importante diminution du stock de merluchons, au grand dam des pêcheurs. Les otaries n’étaient plus là pour chasser une autre espèce prédatrice des merluchons ! Le phoque gris est un maillon de la chaîne et sa présence prouve qu’il y a du poisson en quantité et en diversité sur un site. Oui, mais pour certains pêcheurs adeptes du « après moi le déluge ! », ceux qui n’en ont jamais assez, il faut toujours un bouc émissaire, une tête de Turc… à moustaches.

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