Publié par : Sibylline | mai 1, 2015

Comportement des requins tigre et bouledogue à la Réunion

marquage-requins-programme-CHARC1er Mai 2015 (IRD). Résumé du rapport scientifique final du programme CHARC.

L’étude des requins bouledogue et tigre à La Réunion, menée dans le cadre du programme CHARC, a permis de marquer 45 requins tigre (Galeocerdo cuvier) et 38 requins bouledogue (Carcharhinus leucas). A partir des observations recueillies et des analyses effectuées entre décembre 2011 et décembre 2014, nous avons obtenu les résultats suivants :

  1. le requin tigre est très peu détecté dans le réseau côtier de stations d’écoute, il occupe une zone plus au large que le requin bouledogue. L’étude a donc portée essentiellement sur le requin bouledogue ;
  2. les deux espèces ont des habitats distincts mais non exclusifs ;
  3. le requin bouledogue n’est pas territorial : il ne défend pas un espace contre d’autres individus, appartenant à la même espèce. C’est un animal qui, au contraire, explore l’ensemble du littoral réunionnais;
  4. les requins bouledogue ne sont pas inféodés aux zones littorales et sont capables de quitter l’île de La Réunion pour le milieu pélagique océanique ;
  5. les premières analyses de génétique des populations montrent que les requins bouledogue de La Réunion pourraient interagir avec les populations de cette même espèce au Mozambique, ils pourraient ainsi former une seule et même grande population dans la zone sud-ouest de l’océan Indien ;
  6. le requin bouledogue à La Réunion s’agrège saisonnièrement (entre mars et juin) sur des sites spécifiques où il pourrait s’accoupler ;
  7. le requin bouledogue présente une activité rythmée par l’alternance jour-nuit. Il occupe l’ensemble de la colonne d’eau plus près des côtes à partir du début de l’après-midi et devient plus actif près des côtes pour chasser dès le crépuscule ;
  8. la richesse globale en poisson sur la côte Ouest, la houle, les précipitations et la turbidité de surface sont les facteurs qui influent le plus sur la présence des requins bouledogue à la côte. La présence des tortues marines ou des mammifères marins, pas plus que les activités nautiques ne semblent avoir un effet sur cette présence.

Ainsi, la variabilité des présences du requin bouledogue sur les côtes réunionnaises s’explique, pour partie, par trois phénomènes majeurs :

  1. leur capacité à migrer hors de l’île en milieu pélagique océanique,
  2. leur comportement de reproduction qui les conduirait à s’agréger saisonnièrement pour s’accoupler sur des sites particuliers et
  3. leur activité exploratoire de recherche de nourriture rythmée selon un cycle jour-nuit, alternant des périodes au cours desquelles ils occupent davantage une zone au large des côtes (en début de journée) et des périodes au cours desquelles ils se rapprochent du littoral (l’après-midi et la nuit).

stations-d-ecoute-programme-CHARC

Cette étude a permis de cerner les périodes annuelles et journalières favorables à la présence des requins bouledogue et les facteurs environnementaux susceptibles d’influer sur la présence et la répartition spatiale de ces requins à la côte en structurant probablement leur habitat. Certains sites seraient des sites possibles de chasse et d’autres des sites favorables à l’accouplement ; cependant les données recueillies n’ont pas permis de caractériser de façon précise ces sites particuliers. Il reste un travail important d’analyse à mener et la nécessité de recueillir davantage de données sur les traits de vie de ces espèces afin de mieux cerner leur mode d’occupation spatiale, de préciser leur place dans l’écosystème et de pouvoir prédire, dans une certaine mesure, les périodes de plus forte fréquentation de requins bouledogue à La Réunion. Cependant, ces premiers résultats devraient aider à mieux appréhender la question du risque requin à La Réunion et fournir des données pour la prise de décision des pouvoirs publics.

L’étude sera téléchargeable sur le site de l’IRD d’ici quelques jours. Le résumé a été retranscrit dans son intégralité afin que nos amis lecteurs qui iraient chercher d’autres informations ailleurs ne soient pas influencés par des interprétations souvent fantaisistes de l’étude.

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