Publié par : Sibylline | avril 20, 2015

La marée noire du golfe du Mexique : Qu’en est-il 5 ans plus tard ? (Etats-Unis)

REUTERS/Toby Melville

REUTERS/Toby Melville

20 Avril 2015. Il y a cinq ans, la plateforme pétrolière DeepWater Horizon explosait provoquant une marée noire dans le golfe du Mexique.

Lorsque, le 20 avril 2010, la plateforme au-dessus du puits Macondo explose, le monde retient son souffle. Malgré de multiples tentatives pour bloquer le puits, celui-ci continue à fuir plusieurs mois. Durant 87 jours, près de 757 millions de litres de pétrole, soit 5 millions de barils se sont écoulés dans les flots. Cette catastrophe reste à ce jour la plus grosse marée noire de l’histoire des États-Unis et causera officiellement la mort de 11 personnes.

Les effets de cette marée noire sont encore au centre de vifs débats, même si de plus en plus de voix s’élèvent pour relativiser les dommages. Le fait que cette question pèse des milliards de dollars ne doit pas y être totalement étranger.

BP risque jusqu’à 13,7 milliards de dollars d’amende

Suite à la procédure civile engagée après l’explosion de la plateforme, le juge du tribunal fédéral américain de La Nouvelle-Orléans, Carl Barbier, doit d’ici peu déterminer le montant de l’amende infligée au géant pétrolier BP. Cette décision sera le fruit d’un long cheminement juridique. En 2014, ce même juge avait déjà estimé que la compagnie avait fait preuve de « grave négligence » en ne s’assurant pas que le puits était sûr. Or la loi américaine sur l’eau, le Clean Water Act, prévoit une amende de 4 300 dollars par baril (soit 159 litres) déversé en cas de négligence grave ou d’acte délibéré entraînant une forte pollution selon Le Monde. Le 15 janvier 2015, Carl Barbier statue que BP est responsable de la fuite de 3.19 millions de barils dans la mer sur la période allant d’avril à juin 2010.

Aujourd’hui, l’affaire se trouve dans sa quatrième phase qui consiste en un procès sans jury. Si la décision est attendue d’ici quelques semaines, ou mois, la plupart des spécialistes estiment qu’à moins d’un arrangement à l’amiable la compagnie devra payer entre 6 et 9 milliards.

Par ailleurs, BP aurait déjà dépensé près de 28 milliards pour colmater la fuite, pomper le brut, indemniser les pêcheurs, les professionnels du tourisme et les entreprises des cinq États pollués.

On a retrouvé du pétrole au fond de la mer

3 à 5 % des hydrocarbures de la marée se serait déposé au fond de la mer, à environ 100 km au sud-est du delta du Mississippi et sur une surface couvrant 8 400 kilomètres carrés selon Le Point. Sur le long terme, cela pourrait se révéler problématique puisque le manque d’oxygène disponible à ces profondeurs ralentit le processus de décomposition et prolongera l’impact sur la faune. On constate par exemple que le thon souffre de malformations. Mais les différentes enquêtes sur le sujet sont encore peu nombreuses et chiches en informations. Le procès étant encore en cours, ce sont en effet des armes qui peuvent se révéler redoutables. Les autorités souhaitent donc garder la main mise sur ces informations le plus longtemps possible. Voire, si l’on en croit une organisation oeuvrant à la protection des oiseaux, le gouvernement a tendance à ne soutenir que les recherches faisant apparaître des dommages. « Lorsqu’une étude semble démontrer que BP n’a pas causé beaucoup de dégâts, il leur arrive d’y mettre fin », explique-t-elle dans le Courrier International. Selon elle, c’est une erreur, car les chercheurs peuvent laisser passer des problèmes qui ne sont pas immédiatement perceptibles.

Moins grave que l’Exxon Valdez

La marée noire du golfe du Mexique serait néanmoins moins grave que celle de l’Exxon Valdez en 1989, car les conditions climatiques seraient plus favorables. La température de l’eau y est plus chaude et une partie du pétrole serait consommée par des bactéries. Après l’accident de l’Exxon Valdez, quelque 30 000 carcasses d’oiseaux avaient été découvertes, alors que, dans le golfe du Mexique, on n’a retrouvé « que » 2 300 cadavres couverts de goudron. Par ailleurs, en vertu du Restore Act, une loi de 2012 sur la réhabilitation, 80 % des amendes payées par BP aux termes du Clean Water Act servent à la réhabilitation du golfe. (Ndlr Sibylline : l’argent pour la réhabilitation du Golfe ne rendra pas les milliers de dauphins et de tortues morts passés et à venir).

Pour éviter que la nappe n’atteigne les côtes, BP a eu recours à un produit dispersant, le Corexit 9500A. Ce produit étale et affine la nappe ce qui favorise son évaporation, sa biodégradation et sa dissolution. Sauf qu’une étude américaine publiée début avril 2015 dans la revue Plos One montre que ce produit est toxique pour les voies respiratoires. De quoi réveiller les peurs de l’Exxon Valdez où, dès 2010, plus aucun des nettoyeurs volontaires n’était en vie si l’on en croit cet article du Business Insider. Leur espérance de vie ayant chutée à 59 ans.

Avant le déversement, l'île aux Chats s'étendait sur plusieurs acres. Une grande diversité d'oiseaux marins y trouvaient refuge.

Avant le déversement, l’île aux Chats s’étendait sur plusieurs acres. Une grande diversité d’oiseaux marins y trouvaient refuge.

Aujourd'hui, il ne reste plus que coquillages et troncs morts.

Aujourd’hui, il ne reste plus que coquillages et troncs morts.

Vue du ciel

Vue du ciel

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