Publié par : Sibylline | avril 1, 2015

Les oiseaux migrateurs victimes du pillage des mers

fou-de-bassan1er Avril 2015 (Bénédicte Martin). Les oiseaux migrateurs sillonnent le monde sans se soucier des frontières. Protégés en Europe, les fous de Bassan et les puffins sont en danger quand ils migrent le long des côtes de l’Afrique de l’Ouest, à cause des bateaux de pêche européens et chinois qui y pillent les ressources marines, entraînant perte de biodiversité et appauvrissement des populations locales.

Les ornithologues savent depuis longtemps que certaines espèces d’oiseaux marins migrateurs peuvent être observées en Europe et en Afrique à différents moments de l’année. Mais s’agit-il des mêmes individus ? Quelles routes de migrations empruntent-ils exactement ? Les fous de Bassan, les plus grands oiseaux marins d’Europe, qui nichent en juin sur l’archipel des Sept-Iles au large de Perros-Guirec en Bretagne, sont-ils les mêmes que ceux qui plongent en face de St Louis du Sénégal en hiver ?

Les puffins, petits albatros qui se reproduisent sur l’ile du Frioul en face de Marseille sont-ils ceux que l’on peut voir planer au large de la Mauritanie ? Cela y ressemble mais aucune preuve établie n’avait été donnée jusque-là.

Pour la première fois, entre 2010 et 2012, une équipe de chercheurs du CNRS a équipé soixante-cinq fous de Bassan et puffins de balises électroniques miniaturisés pour enregistrer leurs déplacements. Les appareils sont placés sur les oiseaux au printemps lorsqu’ils viennent en France pour se reproduire, et récupérés un an après, à leur retour.

Grâce aux données récoltées par les géo-locateurs, l’étude démontre que des populations importantes d’oiseaux marins qui nichent en France, passent l’hiver au large de l’Afrique de l’Ouest. Là, elles sont exposées aux conséquences de la surpêche et à une mortalité due aux captures accidentelles ou intentionnelles des bateaux de pêche.

L’enregistrement des trajets des oiseaux effectués grâce à des balises Argos permet aux chercheurs de suivre précisément leurs mouvements entre la France et l’Afrique. Carte réalisée par Clara Péron (CEFE-CNRS/Agence des Aires Marines Protégées).

L’enregistrement des trajets des oiseaux effectués grâce à des balises Argos permet aux chercheurs de suivre précisément leurs mouvements entre la France et l’Afrique. Carte réalisée par Clara Péron (CEFE-CNRS/Agence des Aires Marines Protégées).

Pillage des mers par les bateaux chinois et européens

Des pêcheries industrielles exploitent les ressources marines au large de l’Afrique de l’Ouest (Maroc, Sahara occidental, Mauritanie et Sénégal). Ces ressources sont très riches et attirent la convoitise des grandes nations de pêche : la Chine, la Russie et l’Union européenne. Cette zone concentre une des plus fortes concentrations de pêcheries légales et illégales au monde.

Un récent article scientifique (Daniel Pauly et coll en 2014) a pointé du doigt l’affluence exponentielle des pêcheries chinoises qui mettent en danger les ressources marines.

Parallèlement, le site Fishelsewhere a publié la liste de 238 bateaux européens qui opèrent au large du Sahara Occidental en toute impunité.

Cet état de fait est dû à plusieurs facteurs : le manque de moyens des pays africains pour lutter contre la pêche illégale, l’absence de législation spécifique de la protection des mers, et enfin la non reconnaissance du Sahara Occidental par le Maroc, qui de ce fait s’attribue le droit de vendre à l’Europe des permis de pêche au large de ses côtes.

Au final, un véritable pillage des ressources marines de l’Afrique de l’Ouest s’opère au détriment des pays riverains et de la sécurité alimentaire des populations.

Les oiseaux marins en danger

Bien avant que les navires de pêche industrielle n’y sévissent, les zones poissonneuses des côtes de l’Afrique de l’Ouest ont été un vivier de nourriture pour les oiseaux marins migrateurs et les mammifères marins. Mais la forte pression des pêcheries légales et illégales met maintenant en péril la vie d’un grand nombre d’espèces animales.

Pour les fous de Bassan et les puffins qui se nourrissent principalement de sardinelles, petits poissons pêchés intensivement par les hommes, la diminution des stocks devient de plus en plus critique.

Outre la famine, beaucoup d’oiseaux meurent tués par les filets et les lignes des bateaux, quand ils ne sont pas simplement chassés pour finir dans des containers chinois. En 2013, Les autorités mauritaniennes on saisit huit containeurs remplis d’oiseaux marins congelés (10 000) faussement estampillés « poisson » destinés à être consommés.

Les fous de Bassan et les puffins sont des espèces animales protégées intégralement en Europe et en France. Alors même que beaucoup d’argent est utilisé pour protéger ces oiseaux, des bateaux de pêches européens pillent les ressources de l’océan africain, essentielles à leur survie.

Que vaut une protection européenne, même à grands renfort de subventions, quand les espèces migratrices sont confrontées à la déréglementation de la pêche en Afrique de l’Ouest ?

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