Publié par : Sibylline | mars 19, 2015

Pêche maritime et export : L’huile de foie de requin, une nouvelle niche déjà minée par l’informel… (Maroc)

requins-etal19 Mars 2015 (Mohamed Mounadi). Le plan Halieutis a déjà accompli bon nombre d’avancées majeures. Aujourd’hui, il s’attaque de front à une problématique de poids.

Il s’agit de l’informel, qui représente la principale menace à même de gâter la qualité des pêches nationales destinées à l’export.

Gen Nishii est manager chez Maruha Nichiro Corporation, société japonaise leader mondial dans son secteur et qui s’approvisionne chaque année au Maroc en dizaines de milliers de tonnes de céphalopodes congelés.

Cette société s’intéresse aussi particulièrement à une nouvelle niche importante consistant en l’importation d’huile de foie de requin auprès de plusieurs pays du monde, notamment le Maroc. Gen Nishii regrette «la présence encore de l’informel au Maroc» due notamment «à l’étripage de requin à bord des navires, ce qui ne se fait pas dans d’autres pays».

Et d’ajouter que «cette pratique est tolérée alors qu’elle encourage la récupération de l’huile de requin dans des conditions exemptes d’hygiène, puis la revente de celle-ci sur le marché noir pour finir au Portugal ou en Espagne». Gen Nishii déplore que dans ces pays de la Péninsule ibérique, «de simples intermédiaires, sans procéder à aucune transformation ni effort, si ce n’est celui de priver le Maroc d’une entrée de devises supplémentaires, réexportent cette huile vers des pays comme le Japon». «Ce qui est de nature aussi à déstabiliser les prix sur le marché marocain», précise-t-il.

Sus aux derniers bastions de l’informel…

Il faut dire que les efforts du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime sont légion pour asseoir une plus grande traçabilité liée aux procédures de certification des captures destinées à la lutte contre la pêche INN (illicite, non déclarée et non réglementée), ceci afin de mieux répondre aux exigences des partenaires internationaux.

Pourtant, auprès du ministère, on reconnaît toutefois que certains efforts restent encore à déployer. «L’informel est l’ennemi numéro un que nous nous attelons à éradiquer au plus vite, car il en va de la qualité des exportations de poisson et de la confiance qu’entretiennent les clients internationaux vis-à-vis du produit Maroc», explique-t-on auprès de la tutelle. L’objectif du ministère est clair. Il s’agit de réduire la pêche informelle à moins de 15% de la production d’ici 2020, contre 30% actuellement. A date d’aujourd’hui, plus de 90% des certifications de capture sont saisies sur système informatique permettant une rapidité et une fluidité de la procédure de certification à l’export.

D’ailleurs sur le plan des exportations des produits de la mer, il s’agit de multiplier par 2,6 le chiffre d’affaires pour atteindre plus de 3,1 milliards de DH. Malgré ces données encourageantes, le ministère reste conscient qu’au niveau de l’informel, certaines poches de résistance sévissent encore.

Huile de foie de requin, qu’est-ce que c’est ?

Chez le requin, le foie est un organe très volumineux. Il peut constituer près du quart du poids de ces poissons. L’huile est extraite du foie de plusieurs espèces de requins qui ne font pas partie d’espèces menacées. Elle contient de grandes quantités d’alkylglycérols (AKG), qui jouent un rôle important dans la stimulation du système immunitaire. Certains suppléments sont normalisés en AKG.

Ces substances sont aussi naturellement présentes, mais de façon beaucoup moins concentrée, dans différentes parties du corps humain (la moelle osseuse, le foie, la rate) ainsi que dans le lait maternel. L’huile de foie de requin contient également du squalène, une substance utilisée comme excipient par l’industrie cosmétique et pharmaceutique et qui aurait des vertus anti-cancer.

Depuis des siècles, du Japon au Groenland, en passant par la Scandinavie et l’Islande, on a toujours prêté à l’huile de foie de requin des vertus pour guérir les plaies et combattre la grippe. (Ndlr Sibylline : Pompé sur le site Passeport Santé et repompé par une entreprise vendant des compléments alimentaires : Valorimer (mais elle n’est pas la seule) ! Dommage que le journaliste ait oublié le copier-coller du paragraphe « Recherche ».)

Ndlr Sibylline : Penser que, parce qu’il ne s’agit pas d’espèces répertoriées comme menacées, on peut prélever sans limites, est un leurre. D’une part, la classification des espèces est souvent régie par des priorités financières plus que biologiques. D’autre part, dans le cas présent, les espèces prélevées sont en danger. L’huile de foie intéresse le Japon pour son squalène (et squalane). C’est un pays où son origine végétale n’est jamais utilisée, mettant ainsi en danger les espèces de requins des grands fonds d’où le foie est extrait. De plus, aucune publication scientifique n’a mis en évidence les bienfaits thérapeutiques du squalène. On contraire, l’une d’elle a démontré son aspect cancérigène chez des travailleurs le manipulant tous les jours. Il est regrettable que le Maroc ne fasse pas mieux que la France dans le domaine de la préservation de la biodiversité marine car ce serait une belle occasion de devenir un exemple concret dans le domaine.

Cf. Le prix hideux de la beauté : Le secteur cosmétique responsable de l’extinction de requins profonds (lien)

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