Publié par : Sibylline | mars 17, 2015

Le gouvernement canadien autorise de nouveau la chasse de 400 000 phoques au Groenland

Chasse au phoque sur la banquise à l'aide d'un gourdin de bois muni d'un crochet, appelé hakapik. © IFAW

Chasse au phoque sur la banquise à l’aide d’un gourdin de bois muni d’un crochet, appelé hakapik. © IFAW

17 Mars 2015. Le ministère des Pêches et des Océans Canadien a récemment annoncé le quota de chasse au phoque pour cette année : il autorise l’abattage de 400 000 phoques du Groenland, soit autant que l’année dernière. Aucune information officielle n’a pour l’heure été rendue publique concernant le prix et les débouchés commerciaux des peaux de phoque, ni même la date d’ouverture de la chasse. 

Chaque année, les blanches étendues glacées de la côte Est du Canada se transforment en bain de sang. C’est parce qu’on y abat brutalement des dizaines de milliers de bébés phoques. Leur fourrure servira à fabriquer des produits de luxe.

Heureusement (Ndlr Sibylline : avec près de 60 000 phoques massacrés l’an passé, il n’y a pas de quoi se réjouir !) , selon IFAW, rares seront, cette année encore, ceux qui iront chasser. En raison de l’embargo sur les produits dérivés du phoque dans l’UE et bon nombre d’autres pays, la demande pour les peaux de phoques s’est effondrée. Sa coûteuse campagne de communication n’aura pas permis au gouvernement canadien de conquérir de nouveaux marchés. De plus, la bataille qu’il a menée à grands frais à l’OMC contre l’interdiction de la vente des produits dérivés du phoque dans l’UE s’est soldée par un échec définitif en mai 2014.

« La chasse aux phoques est vouée à disparaître. Depuis 20 ans, elle ne doit sa survie qu’aux subventions de l’État. Il n’existe plus aucun marché pour les produits issus de cette chasse aussi cruelle qu’inutile », tranche Céline Sissler-Bienvenu, Directrice d’IFAW France. « La question est simplement de savoir si le gouvernement canadien est enfin prêt à regarder la réalité en face et à trouver des alternatives économiques pour les chasseurs, ou s’il préfère continuer d’agir comme si ce secteur économique avait un avenir. In fine, seule l’opinion des électeurs de la région lui importe vraiment. »

En raison de la demande insuffisante, le quota est loin d’avoir été atteint l’année dernière, puisque l’on dénombre 59 318 phoques abattus en 2014 contre 97 918 phoques l’année précédente.

Pourquoi la chasse aux phoques est-elle cruelle ?

Il est difficile de décrire à quel point la chasse commerciale aux phoques est une pratique cruelle. On donne priorité à la vitesse et aux profits dans un environnement imprévisible, ce qui fait qu’il est pratiquement impossible de faire un abattage humanitaire, sans cruauté.

À chaque printemps, sur la côte Est du Canada, des chasseurs montent dans leur bateau, sur une mer dangereuse ou à travers des banquises mouvantes, et ils s’affairent à tuer le plus de bébés phoques possible, le plus rapidement possible. Les chasseurs abattent les phoques – la plupart trop jeunes pour s’échapper – avec un fusil ou à l’aide d’un gourdin de bois muni d’un crochet, appelé hakapik.

Le gouvernement canadien compare l’abattage des phoques dans le cadre de la chasse commerciale à l’abattage des animaux de boucherie. En réalité, il s’agit de deux choses très différentes parce que, contrairement à l’environnement bien encadré des abattoirs, la chasse a lieu dans un environnement imprévisible et incontrôlable. Il est impossible d’y faire un abattage systématiquement sans cruauté.

Ainsi, le pourcentage de phoques blessés est bien trop élevé.
 À partir d’embarcations en mouvement, on tire au fusil sur des phoques qui tentent de s’enfuir. Ou bien on poursuit les phoques en courant sur la glace et en les frappant à coups d’hakapik. Dans les deux cas, il est peu probable qu’on puisse donner la mort du premier coup. Les phoques demeurent alors sur la glace blessés, terrifiés, souffrants, en état de détresse. Il arrive aussi que les phoques blessés s’échappent avant d’être retrouvés par les chasseurs.

Le Règlement sur les mammifères marins n’impose pas de normes pour un abattage sans cruauté. Les pratiques de chasses actuellement admises donnent libre cours à des gestes particulièrement cruels : des phoques vivants et conscients sont empalés sur des crochets de métal, on fait feu sur des phoques qui sont dans l’eau (et non sur la glace), on tire sur plusieurs animaux avant de s’en approcher pour vérifier s’ils sont inconscients, on laisse souffrir des phoques blessés sur la glace, on ne saigne pas l’animal immédiatement après avoir vérifié qu’il est inconscient. En fait, les normes reconnues pour réaliser des abattages sans cruauté ne sont ni requises par la loi, ni mises en application.

Il est impossible de faire une surveillance efficace. Depuis plus de 40 ans, les observations sur le terrain révèlent qu’il est, de toutes façons, pratiquement impossible d’appliquer la réglementation. Les bateaux sont éparpillés sur des centaines de milliers de kilomètres carrés et ils naviguent à des centaines, voire des milliers, de kilomètres les uns des autres. Avec seulement quelques navires de surveillance pour un si vaste territoire, la tâche est impossible.

Bientôt la fin de la chasse commerciale aux phoques ?

Dans les années 1980, l’Europe a interdit l’importation de peaux provenant des blanchons de phoques du Groenland et de dos bleus (le nom qu’on donne aux phoques à capuchons nouveau-nés).

À la fin des années 1990, malgré les fortes pressions internationales, le gouvernement canadien a dépensé des millions de dollars pour promouvoir l’abattage des phoques du Groenland, et il a même augmenté les quotas de chasse.

Le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne ont interdit le commerce des produits du phoque provenant de la chasse commerciale. Cette interdiction, entrée en vigueur en août 2010, constitue une victoire majeure pour mettre fin à une pratique cruelle et inutile. L’interdiction vise l’importation, l’exportation et la vente sur le territoire de l’Union européenne de tout produit provenant de phoques du Groenland ou de phoques à capuchons abattus dans le cadre de la chasse commerciale.

Autre victoire importante, à l’automne 2011, l’Union douanière Russie – Bélarus – Kazakhstan a interdit l’importation et l’exportation des peaux de phoques du Groenland. Selon le gouvernement canadien, la Russie importait 90 % des peaux de phoques du Canada.

À l’heure actuelle, la chasse commerciale rapporte moins que ce qu’il en coûte pour la soutenir. Année après année, le nombre de chasseurs actifs diminue. Bref, l’industrie est en déclin constant.

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