Publié par : Sibylline | mars 15, 2015

Cosmétiques : les ingrédients animaux masqués

Certains ingrédients animaux se cachent dans nos cosmétiques sous des appellations anonymes et semblant bien proprettes.

Certains ingrédients animaux se cachent dans nos cosmétiques sous des appellations anonymes et semblant bien proprettes.

11 Mars 2015 (Sylvie Hampikian-Le Nin). Crème de jour, shampoing, fond de teint, nos cosmétiques contiennent parfois des ingrédients d’origine animale. Mais pour celles qui ne détiennent pas un doctorat de physique, il est souvent difficile de se repérer sur les étiquettes. Notre experte Sylvie Hampikian fait pour nous le tour des appellations scientifiques et de leurs équivalents en langage commun.

Certains ingrédients animaux se cachent  dans nos cosmétiques sous des appellations anonymes et semblant bien proprettes. En voici une liste aussi exhaustive que possible. Vous noterez parmi eux des substances qui sont employées «  à la louche » dans les cosmétiques standards (collagène, glycérine animale). Les dénominations officielles (figurant dans la liste INCI 2006) vous aideront à les repérer sur les étiquettes.

La glycérine : il s’agit en fait du glycérol, un constituant essentiel des graisses naturelles (animales et végétales). Elle est très employée en raison de ses propriétés hydratantes puissantes. Lorsque sa provenance n’est pas spécifiée, dans la plupart des cas il s’agit de glycérine animale, moins chère à produire que son homologue végétale. Les cosmétiques bio, en revanche, n’emploient que cette dernière. INCI :glycerin.

Le collagène : cette protéine est extraite des carcasses d’animaux d’abattoir (porcs principalement) ou des peaux de poissons lorsqu’il s’agit de « collagène marin ». Employé comme agent filmogène (protecteur et anti-déshydratant), il en existe de nombreux substituts, dont le « collagène végétal », constitué de protéines de levures. INCI : collagen, hydrolyzed collagen, connective tissue extract, sus (skin) extract, scillii pellis extract.

L’élastine : elle a un usage et des propriétés proches de ceux du collagène. Elle est surtout obtenue à partir des tendons du cou des bovins d’abattoir. Il existe aussi une « élastine marine » extraites de carcasses de poissons. INCI : elastin, elastinate, hydrolyzed elastin.

Le chitosan : il s’agit d’un agent filmogène et épaississant qui provient des carapaces de crustacés destinés à l’industrie alimentaire. INCI : chitosan.

La lanoline : ce corps gras est obtenu à partir du suint des moutons (sébum qui protège la laine). INCI : lanolin, -lanolate, lanolinamide.

L’allantoïne : cette substance proche de l’urée est un actif hydratant et protecteur. Elle peut être d’origine animale, végétale ou synthétique, mais il semblerait qu’elle soit encore largement produite à partir de mucus de gastéropodes (bave d’escargot…). INCI : allantoin.

Le squalane (squalène) : cet agent émollient et hydratant a largement été montré du doigt par les médias. Issu principalement du foie de requins, il contribue à la surpêche qui menace ces espèces. De plus en plus, mais sans doute pas encore assez, il est remplacé par un analogue d’origine végétale, généralement issu de l’huile d’olive. INCI : squalane, squalene, pentahydroxysqualene, squali lecur oil.

La chondroïtine : il s’agit d’un ingrédient des soins capillaires (agent fixateur, antistatique). Elle est soit extraite de cartilages de poissons, soit d’origine synthétique. INCI : chondroitin.

La kératine : cet agent lissant principalement employé dans les soins capillaires provient de l’hydrolyse de plumes de volailles d’élevage ou de rebuts de laine de mouton. Il existe un substitut végétal appelé phytokératine ou kératine végétale (complexe de protéines de blé). INCI : keratin, -hydrolyzed keratin.

L’acide lactique : employé comme hydratant, exfoliant et correcteur de pH, il peut provenir de laits animaux ou être d’origine végétale ou synthétique. INCI : lactic acid.

Les graisses de bœuf et de porc : il est souvent écrit que les graisses de bœuf (INCI adeps bovis, tallow) et de porc (INCI : adeps suillis, lard), sont employées dans les savons. En réalité, cet usage a largement disparu au profit des huiles ou beurres végétaux. Par contre, ces graisses sont très présentes dans les cosmétiques, sous forme de dérivés transformés, plus ou moins détectables. INCI : tallow, -tallowate- dirallowate, tallowamide, lard, -lardate.

Les autres graisses animales : ces graisses là ont une image beaucoup plus luxueuse, qu’on apprécie ou pas. INCI : struthio oil (huile d’autruche), dromiceus oil (h. d’émeu), marmota oil (h. de marmotte). L’huile de tortue marine n’est heureusement plus employée grâce aux règlements sur la pèche, protégeant les espèces menacées.

Les huiles et extraits de poisson : sources d’acides gras insaturés, ces huiles disparaissent souvent sous des appellations anonymes. On peut néanmoins en « détecter » certaines, ou leurs extraits : fish oil, fish glycerides, piscum lecur oil (foie de poissons), gadi iecur oil et morrhuate (h. de foie de morue), brevoortia oil (h. de menhaden), hoplosthetus (h. de poisson empereur), thunnus extract (extrait de thon), pisces extract, piscum (extraits de les poissons « en vrac »).

L’encre de seiche : c’est un colorant puissant et un actif protecteur de la peau. INCI : sepia extract.

Les extraits d’organes ou de glandes : tout est bon pour les nécrophages de la cosmétique (thymus, mamelle, cœur, rate, estomac, testicules,  sérum sanguin, cordon ombilical, cerveau, foie, embryon, moelle osseuse, muscle). En réalité, ces extraits ne sont pratiquement plus employés en raison de leur mauvaise image et de contraintes techniques qui en élèvent le coût (présence d’impuretés, problèmes de sécurité microbienne). INCI : thymus extract (à ne pas confondre avec l’extrait de thym ou de serpolet, thymus vulgaris, thymus zygis ou thymus serpillum extract), mammarian hydrolysate, mammarian extract, udder extract, heart extract, spleen extract, stomach extract, testicular extract, serum exract, umbilical extract, brain extract, neural extract, liver extract, embryo extract, marrow extract, muscle extract.

Les extraits placentaires : l’utilisation industrielle du placenta humain est interdite en France depuis 2006, mais la présence d’extraits de placenta de mammifères est autorisée. Toutefois, en pratique, ils semblent avoir été abandonnés par les fabricants. INCI : (hydrolyzed) placental proteins, enzymes, lipids.

Le rouge carmin : ce colorant est obtenu à partir de broyats de cochenilles de l’espèce Dactylopius coccus, de petits insectes que l’on élève dans ce but sur des cactus. Le rouge carmin est très employé (y compris comme colorant alimentaire) et peut être présent dans les rouges à lèvre labellisés bio. Code (colour index) : CI 75470

Le noir animal : provenant d’ossements animaux carbonisés, ce colorant cosmétique semble très peu usité. Code : CI 77267.

Les parfums animaux : les extraits odorants d’origine animale (musc, civette, castoréum, ambre gris) ne sont pas interdits, contrairement aux idées reçues. Cependant, le chevrotin porte-musc fait l’objet d’une mesure de protection et la chasse au cachalot* est interdite depuis 1982. Au final, les parfums animaux sont de moins en moins employés en raison d’un coup élevé et d’une mauvaise image de marque. Ils sont principalement remplacés par des substituts de synthèse (dont l’innocuité est remise en cause) et, dans les meilleurs cas, par des extraits végétaux comme l’ambrette, le bourgeon de cassis et la sauge sclarée

Les « accusés à tord »

L’acide hyaluronique est souvent classé parmi les ingrédients d’origine animale. Il est vrai qu’il s’agit d’un constituant naturel du derme, qui a longtemps été extrait de crêtes de coqs. Heureusement, la version cosmétique est désormais produite in vitro, par fermentation bactérienne, ce qui a amélioré son rendement, sa qualité et sa sécurité d’emploi. Il ne s’agit donc plus d’un ingrédient animal, mais d’un produit issu de biotechnologie. INCI : hyaluronic acid, […]-hyaluronate.

Dans le même ordre d’idées :

  • l’urée, jadis issue d’urines animales ou humaines, est désormais produite par synthèse (INCI : urea).
  • la lécithine, un corps gras complexe (phospholipide) aux propriétés émulsifiantes est bien présente dans le jaune d’œuf. Toutefois, en cosmétique, on emploie de la lécithine végétale, principalement issue du soja (INCI : lecithin).
  • l’acide caprylique et ses dérivés ne proviennent plus de la chèvre, mais de la noix de coco (INCI : caprylic, caprylate).
  • l’huile de castor, est en fait de l’huile de graines de ricin. Tout le monde le sait, mais qui n’a pas été troublé au moins une fois ? INCI : castor oil

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