Publié par : Sibylline | octobre 27, 2014

Une étude sonne l’alarme sur les conséquences d’un déversement de pétrole dans le golfe du Saint-Laurent (Canada)

L'exploration pétrolière et gazière dans le golfe Saint-Laurent, contestée par les Premières Nations.

L’exploration pétrolière et gazière dans le golfe Saint-Laurent, contestée par les Premières Nations.

27 Octobre 2014. Au beau milieu du golfe, à la frontière entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, il y a le site de Old Harry, très convoité pour son pétrole. Son potentiel d’hydrocarbure est plus grand que celui d’Hibernia sur la côte est de Terre-Neuve, donc plus de deux milliards de barils de pétrole. Mais voilà qu’une étude de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski sonne l’alarme sur les possibles conséquences d’un déversement de pétrole à cet endroit !

Il faut dire que pour le moment, il n’y a pas de forage de prévu sur le site de Old Harry. Un forage du côté terre-neuvien en 2015 reste possible, mais ce projet est présentement sous la loupe de l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador sur les hydrocarbures extra-côtiers.

Dans cette demande, la compagnie Corridor Ressources, qui détient les droits pour l’exploitation du site, avait commandé une étude du consultant SL Ross sur les conséquences d’un déversement accidentel. Or, dans cette étude, seule une petite zone autour du site était touchée, à peine quelques kilomètres de marée noire.

Dany Dumont et Daniel Bourgault, de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, ont leurs doutes.

« Le pire scénario que SL Ross a privilégié c’est une succession de déversement indépendant, donc on regarde un déversement, on le suit jusqu’à ce qu’il devienne une valeur critique en terme de concentration. On recommence avec un autre déversement sans les accumuler. Et ça, à notre avis, c’est une erreur majeure qui tend à diminuer l’étendue que le pétrole pourrait couvrir », raconte Dany Dumont, professeur-chercheur en océanographie physique, à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski.

Les chercheurs se sont basés sur des données publiques d’Environnement Canada et de Pêches et océans sur les courants marins, entre autres. Ils ont fait des simulations numériques et ont dispersé un colorant virtuel. Ils ont réalisé des scénarios éventuels de déversement de pétrole, étalés sur 1, 10 et 100 jours. Cette dernière mesure est à peu près l’équivalent, en terme de durée, du déversement de la station Deep Water Horizon, dans le golfe du Mexique en 2010.

Après 10 jours, la marée noire atteignait la côte ouest de Terre-Neuve, près de la péninsule de Port-au-Port, en direction du Parc national du Gros-Morne. Après 100 jours, c’est tout le golfe qui était souillé, de la côte sud du Labrador, à la Basse-Côte-Nord, et jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine.

Pour tester leur modèle théorique, les chercheurs ont fait appel à l’émission Découverte, d’Ici Radio-Canada Télé. Le 29 juin dernier, l’équipe de l’émission a déployé trois petites bouées émettrices sur le site même d’Old Harry. Douze jours plus tard, les bouées étaient à Port Saunders, dans la péninsule nord de l’île de Terre-Neuve. Les trois bouées ont suivi la trajectoire la plus probable, selon les scénarios étudiés par les chercheurs. Mais la dérive a été beaucoup plus rapide que prévu dans l’étude.

« Donc, déjà en partant, on peut dire que nos simulations sous-estiment le temps de transit. Par contre, ce qu’on peut voir c’est que les trajectoires et l’étendue couverte par l’éventuel pétrole resteraient en surface, où il se mélangerait un petit peu. Ce sont des conclusions qu’on peut dire robustes, et les bouées nous amènent à raffiner l’évaluation du temps de transit du pétrole en surface », affirme Dany Dumont.

Selon lui, il est essentiel que des études indépendantes soient prises en compte dans l’étude d’un projet aussi important. Ni Corridor ressources ni l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador sur les hydrocarbures extracôtiers n’ont voulu commenter cette étude.

Source

Advertisements

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :