Publié par : Sibylline | octobre 23, 2014

Pêche. Polémique autour de la senne danoise (Charente-Maritime)

L'Anthinéas, l'un des chalutiers transformés pour pêcher à la senne danoise, aux Sables. Économie de carburant, poisson de qualité... le succès de cette pêche inquiète les voisins.

L’Anthinéas, l’un des chalutiers transformés pour pêcher à la senne danoise, aux Sables. Économie de carburant, poisson de qualité… le succès de cette pêche inquiète les voisins.

23 Octobre 2014 (Matthieu Marin). Le comité des pêches de Poitou-Charentes s’est prononcé pour l’interdiction le long de la côte. Un coup dur pour les nouveaux bateaux des Sables-d’Olonne.

« L’union fait la force. Si les pêcheurs se combattent entre eux, on en paiera tous les conséquences », peste José Jouneau, le président du comité régional des pêches. La polémique enfle autour de la senne danoise. Une technique utilisée, depuis 2010, par une dizaine de bateaux, des Sables-d’Olonne principalement, et quelques-uns de La Turballe et de Pornic. Dernier épisode : lundi 21 octobre, le comité de Poitou-Charentes s’est prononcé, pour la troisième fois mais à l’unanimité, en faveur de l’interdiction de cette technique de pêche dans la bande des « 12 milles », soit jusqu’à une vingtaine de kilomètres au large. C’est ensuite au préfet de région d’en décider. L’année dernière, celui d’Aquitaine a suivi l’avis des pêcheurs.

Pour les Sablais, la portée de cette décision pourrait être d’une tout autre ampleur. Alors que les bateaux vont assez rarement en Gironde, ils pêchent très souvent en Charente-Maritime, au large des îles de Ré ou d’Oléron. « Cela serait de nature à remettre en cause la rentabilité économique de nos navires, calcule Jacques Lebrevellec, le directeur de l’Acav, l’Armement coopératif vendéen, basé aux Sables, copropriétaire de plusieurs senneurs. Et globalement de toute une filière : mareyeurs, criée, etc. »

« Des dérapages »

Pourquoi cette interdiction ? « L’engin est hyperperformant, constate Eric Renaud, vice-président du comité de Poitou-Charentes. Au départ, deux navires bénéficiaient de dérogations. Depuis deux ans, avec plus de recul, les professionnels ont changé de position. Nous devons gérer la ressource pour nos petits navires. »

Le responsable évoque la Manche, où cette technique a été autorisée plus tôt. « Il y a eu des dérapages, avec des navires hollandais de 35 mètres. » L’Acav conteste le premier arrêté devant le tribunal administratif. Celui de Poitou-Charentes le sera aussi, peut-être en référé.

Moins de carburant

La senne danoise a été un bouleversement aux Sables. Après des voyages en Islande, des pêcheurs se sont lancés, ont investi et immobilisé leurs bateaux plusieurs mois pour les transformer. L’avantage ? Plus douce, la technique est moins gourmande en carburant. Le poisson est de meilleure qualité, les espèces sont différentes. Cela a contribué à dynamiser la criée des Sables, désormais la quatrième de France. Devant ce succès, les voisins s’inquiètent. Le comité national des pêches a tenté un accord entre régions. En vain : la dernière réunion, fin septembre, s’est finie sur un échec. « On a demandé une médiation de l’État, indique José Jouneau, vice-président. Que chacun prenne conscience de la portée de ces décisions. »

Car le contexte, en pleine réforme de la politique européenne, reste compliqué. « Les quotas sont toujours en baisse. On nous annonce encore moins 40 %. Certes, on devrait réussir à négocier. Mais au final, chaque année l’impact est plus important. »; Les senneurs, qui pêchent normalement d’autres poissons, vont se reporter, en partie, sur des espèces à quotas. « Il y aura plus de monde pour une quantité moindre. La forte limitation du bar en Manche aura aussi les mêmes conséquences. »

José Jouneau milite pour une approche « multi-espèces et pluriannuelle » : des négociations larges et à long terme. « Sans visibilité à plus d’un an, comment une entreprise peut-elle s’en sortir ? »

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