Publié par : Sibylline | août 21, 2014

L’océan à l’assaut des plages (Aquitaine)

Après la série de tempêtes de cet hiver, la Ville de Biscarrosse a dû reconstituer les pieds des dunes sur un kilomètre et les accès à la plage. © PHOTO ARCHIVES VILLE DE BISCARROSSE

Après la série de tempêtes de cet hiver, la Ville de Biscarrosse a dû reconstituer les pieds des dunes sur un kilomètre et les accès à la plage. © PHOTO ARCHIVES VILLE DE BISCARROSSE

21 Août 2014 (Axel Frank). Après les tempêtes d’hiver, les plages étaient méconnaissables. Les communes côtières ont réalisé d’importants travaux avant la saison estivale. À cela s’ajoute l’érosion, phénomène inéluctable qu’il faut gérer sur le long terme si l’on veut préserver les stations balnéaires.

Elle a été baptisée « Christine » et fut la dernière d’une longue série de tempêtes hivernales qui se sont succédé sur les rivages du golfe de Gascogne. Elle a porté l’estocade dans la nuit du 3 au 4 mars et achevé un long travail de sape de l’océan : des vents violents, de fortes houles conjuguées à de grandes marées ont grignoté plusieurs mètres de dunes, emporté les escaliers d’accès aux plages et menacé d’effondrement des constructions en front de mer. Une succession de tempêtes qualifiée « d’exceptionnelle » et qui a accentué l’érosion du trait de côte, un phénomène naturel et inexorable que l’on retrouve partout à l’échelle du globe.

Les 240 km de dunes littorales d’Aquitaine sont mobiles sous l’influence de l’océan et du vent. Les populations de la côte se sont toujours efforcées d’y faire face.

La végétation des lettes, la vieille sylve, la forêt de protection plantée de pins maritimes, ont toujours eu pour vocation de fixer des dunes mouvantes et menaçantes.

Bien avant les travaux de Brémontier et les décrets de 1801 et 1810, les lignes du rivage suivaient les caprices des éléments : la disparition du vieux Soulac, l’ancien bourg de Bias abandonné par ses habitants en 1772.

Le folklore local évoque la dune d’Udos, à Mimizan, qui, disait-on, recouvrait une ville maritime célèbre au Moyen Âge. Les semis de pins permettaient aux Capbretonnais de garantir leurs vignobles contre les sables.

Des travaux d’urgence

Rien de neuf… Mais depuis la mode des bains de mer au siècle dernier, l’essor de la Côte d’Argent, des stations balnéaires et celui du tourisme de masse, l’érosion ne fait pas que remuer du sable. À Biscarrosse, après le passage de « Christine », la dune a reculé de 5 mètres et son pied s’est enfoncé de 3,2 m, engendrant un phénomène de falaise et laissant ce qui restait des escaliers dans le vide.

Le géotextile, qui assure la stabilité de la dune centrale, fut mis à nu. Début mars, les services de la voirie de la commune étaient mobilisés pour restaurer le pied de dune et les accès à la plage. « Nous avons travaillé la nuit et les week-ends pour relever ce défi jusqu’à mi-mai. Les agents y ont tous adhéré avec un bel esprit de service public », souligne Jean-Philippe Broussal, responsable du service voirie de la Ville de Biscarrosse. Pour « rendre » leurs plages aux Biscarrossais et qu’elles soient prêtes pour la saison estivale. La commune est l’une des principales stations balnéaire des Landes.

Sur le terrain, cinq tombereaux et trois tractopelles ont permis de ramener du sable en pied de dune, un travail délicat qui demandait à tenir compte des horaires des marées et des coefficients. « On n’intervient pas n’importe comment. Il faut des autorisations des services de l’État et nous devons respecter les écosystèmes des zones dunaires », poursuit-il.

Afin d’obtenir un relevé très précis, les services de la voirie ont travaillé à partir de photos prises depuis des drones. Avec une perte d’altimétrie de plus de 3 mètres, il n’a pas été possible de tout réaménager à l’identique. Une priorité fut donnée à l’accès depuis le poste principal de secours et des rampes souples privilégiées. Une solution simple, déjà utilisée pour faciliter l’accès aux plages aux personnes handicapées. Durant l’été, certains secteurs sont traités avec de petits moyens. La semaine dernière, à la faveur de grandes marées, les vagues avaient repris d’assaut les dunes.

Des aides pour le littoral

Le coût global de ces travaux a été estimé à 500 000 euros à Biscarrosse et 7,2 millions en Aquitaine. Fin mai, l’État annonçait avoir débloqué une aide de 3 millions d’euros pour les travaux de réparation d’urgence et la Région proposait un million pour aider les communes côtières. Dans les Landes, 620 000 euros seront versés sur deux dispositifs de l’État – ministère de l’Écologie et FNADT (1) – et d’autres demandes sont attendues.

L’aménagement des zones côtières, que l’on sait très attractives, doit intégrer les risques d’érosion. Le GIP Littoral aquitain (2) avec l’Observatoire de la côte aquitaine (3) se sont emparés de ces problématiques. Une étude sur une stratégie régionale de gestion du trait de côte, qui tient compte de tous les enjeux, a été livrée en juin 2012. Sous leur égide, des études complémentaires sont en cours pour une déclinaison locale : Biscarrosse partage la sienne avec le Cap Ferret, Arcachon, La Teste et le Siba (4). La Communauté de communes de Mimizan achève la sienne. À Contis, qui fut site pilote de l’étude régionale, le renforcement des digues du courant a été retenu, comme à Port-d’Albret et Vieux-Boucau avant les tempêtes, tandis qu’à Capbreton une étude vient de démarrer.

(1) Le Fonds national d’aménagement et de développement du territoire est un outil spécifique permettant la mise en œuvre et la coordination de la politique d’aménagement du territoire.

(2) Le Groupement d’intérêt public (GIP) Littoral aquitain permet aux collectivités locales et à l’État de travailler ensemble, dans un cadre simple, pour la mise en œuvre d’une politique commune d’aménagement durable du littoral sur les trois départements de la Gironde, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques.

(3) L’Observatoire de la côte aquitaine est un partenariat régional qui a pour objectif principal de mettre à disposition des acteurs du littoral un outil d’aide à la décision et à la gestion de ce milieu en constante évolution. Le littoral aquitain est une lisière maritime naturelle occupée de manière moins dense que les autres façades littorales françaises, avec 240 km de côtes sableuses adossées au plus grand massif forestier européen, et 30 km de côtes rocheuses découpées, un milieu naturel riche mais fragile, sensible aux phénomènes d’érosion. Un espace de vie et d’activité pour 450 000 habitants, très attractif, où la population croît de plus de 1 % par an, un espace de loisir pour plus 2 millions de touristes chaque été.

(4) Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon.

Source

Publicités

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :