Publié par : Sibylline | juillet 30, 2014

Les fous de Bassan sont en péril (Canada)

Fous-de-BassanLes scientifiques craignent le déclin de la colonie de l’île Bonaventure

30 Juillet 2014 (Alexandre Shields). La colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure, en Gaspésie, préoccupe plus que jamais les scientifiques qui étudient ces grands oiseaux de mer. Peinant à se reproduire et fort probablement victimes des ravages de la marée noire survenue dans le golfe du Mexique, ils pourraient bien être condamnés à un déclin inexorable.

Les données sur la reproduction de la population qui ont été transmises au Devoir indiquent clairement que les fous de Bassan connaissent de très mauvaises années depuis cinq ans. Pour l’ensemble de la plus grande colonie en Amérique du Nord, le taux de reproduction avoisinait les 70 % entre 1970 et 2009. Mais cette année-là, il est descendu à 50 %, avant de chuter à 22 % en 2011.

« La pire année de toute l’histoire de la colonie a toutefois été 2012, avec un succès d’à peine 8 % », souligne Jean-François Rail, biologiste aux populations d’oiseaux de mer au Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

Les quelque 58 000 couples nicheurs ont certes fait mieux l’an dernier, mais la situation demeure pour le moins préoccupante. « Pour espérer maintenir le nombre d’oiseaux, il faudrait atteindre un taux de reproduction de près de 70 % », précise M. Rail, qui étudie depuis plusieurs années la deuxième colonie en importance dans le monde. Son verdict est donc on ne peut plus clair : « À long terme, si le succès de reproduction ne remonte pas, la colonie ne pourra pas se maintenir. »

Les raisons d’un déclin

Si les chercheurs constatent statistiquement les difficultés des fous de Bassan à renouveler leur population, il leur est autrement plus complexe de déterminer quelles sont les causes de ce récent déclin.

Le facteur qui semble pour le moment le plus déterminant se trouve du côté de l’alimentation de ces oiseaux, qui peuvent peser près de trois kilos. « Il s’est passé quelque chose avec la répartition et les aires d’alimentation des fous de Bassan, explique Magella Guillemette, spécialiste de l’écologie des oiseaux côtiers. Ils vont beaucoup plus loin qu’auparavant. Encore cette année, nous avons des informations qui nous indiquent qu’il y a des fous de Bassan jusqu’en Minganie et dans la région de la Basse-Côte-Nord. » Un oiseau a par exemple parcouru plus de 2000 kilomètres pour se nourrir.

Les chercheurs installent des balises GPS sur certains individus de la colonie. Ils peuvent ainsi suivre les déplacements des adultes à la recherche de leur proie favorite, le maquereau. Or, les travaux scientifiques sur le golfe du Saint-Laurent ont constaté un déplacement de cette espèce de poissons vers la portion nord du golfe, possiblement en raison du réchauffement des eaux.

Les grands trajets désormais nécessaires pour retrouver des maquereaux sont épuisants pour les oiseaux, qui doivent nourrir leur progéniture. « Ils font ces longs trajets aux dépens de leur condition physique », explique M. Guillemette. Avec son équipe travaillant sur l’île Bonaventure, il a d’ailleurs mesuré que les individus perdaient du poids de façon importante.

En plus d’affecter les adultes, le phénomène nuit aux poussins, laissés souvent trop longtemps seuls dans le nid. Jean-François Rail se souvient qu’en 2012, par exemple, beaucoup de jeunes « ont été laissés seuls et sont morts ». Dans d’autres cas, ces petits oiseaux âgés d’à peine quelques jours à quelques semaines peuvent être tués par leurs congénères à la recherche d’un nid à occuper, fait valoir Magella Guillemette.

Lors de pluies importantes, les poussins encore fragiles peuvent aussi succomber en l’absence de leurs parents partis pêcher. « Lors de ce genre d’événements, on observe des mortalités importantes », affirme M. Rail. En ce sens, les changements climatiques et les « événements climatiques extrêmes » qui devraient en découler pourraient ajouter aux difficultés rencontrées par les jeunes.

L’impact de BP

Par ailleurs, les 60 000 touristes qui vont chaque année observer de près cette colonie l’ignorent probablement, mais au moins 25 % des fous de Bassan passent l’hiver dans le golfe du Mexique. Cette migration propre à la colonie de l’île Bonaventure fait en sorte qu’elle a été, parmi les six du Canada, la plus exposée à la tragédie pétrolière survenue en 2010.

Les jeunes nés cette année-là se sont notamment posés dans les eaux du golfe à peine cinq mois après l’explosion et le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon. Les juvéniles passent aussi toute leur première année dans ces eaux chaudes, avant de revenir vers le nord. Les fous de Bassan ont d’ailleurs été l’une des espèces les plus frappées par les immenses nappes de pétrole provenant des quelque cinq millions de barils de brut déversés.

Si, comme l’indique M. Rail, il est complexe d’en mesurer les impacts, les chercheurs s’inquiètent néanmoins des effets à long terme du pire déversement de pétrole brut de l’histoire américaine. Les travaux de recherche de Magella Guillemette et de son équipe ont d’ailleurs de quoi soulever des préoccupations. Ils ont identifié et suivi des individus qui passent l’hiver dans le golfe du Mexique. Et le résultat est clair : « Les oiseaux du golfe du Mexique n’ont pas réussi à se reproduire adéquatement depuis les événements de 2010 », constate le spécialiste des oiseaux côtiers.

Qui plus est, « cette année, seuls cinq oiseaux de la dizaine suivis sont de retour. Il y a anguille sous roche. Normalement, il devrait y en avoir davantage. Il faudra mieux mesurer les taux de survie, mais il est certain que ça va mal pour ces individus. Et les conséquences de cette marée noire viennent s’ajouter aux mauvais taux de reproduction de la colonie ».

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