Publié par : Sibylline | juin 26, 2014

Des baleines et des hommes (Nouvelle Calédonie)

Les baleines se reproduisent entre le sud de la Grande Terre, l’île des Pins et les hauts fonds océaniques au sud de l’archipel.

Les baleines se reproduisent entre le sud de la Grande Terre, l’île des Pins et les hauts fonds océaniques au sud de l’archipel.

26 Juin 2014. Avec l’arrivée de l’hiver, les premières baleines à bosse sont de retour dans nos eaux. Si l’activité d’observation des cétacés est réglementée depuis 2009, l’affluence de bateaux et l’absence d’un système de licence en Calédonie importunent l’espèce protégée.

Elles sont là. Portées par le souffle de l’hiver austral, les baleines à bosse reviennent s’accoupler dans le sanctuaire calédonien. Les premiers individus ont été aperçus à l’île des Pins, et à l’îlot Signal il y a déjà plus de trois semaines. De juillet à octobre, elles vont ainsi se réfugier dans le lagon du sud, zone principale de reproduction. Avec les baleines, vient aussi la saison des « whale-whatchers », ces observateurs curieux. Un marché prometteur. Depuis ses débuts en 1998, cette activité économique a augmenté de 15 %, selon une étude du fonds international pour la protection des animaux (IFAW). La Calédonie figure ainsi en tête de la liste des pays observateurs de la région. Un business juteux, qui alimente vingt-quatre entreprises de charters. « La saison des baleines représente un tiers de notre chiffre d’affaires annuel, » indique Gilles Garnier, président de Calédonie charter. L’association regroupe une quinzaine d’entreprises et enthousiasme environ 4 200 clients par an.

 Si l’activité est réglementée depuis 2009, l’affluence de bateaux en Calédonie a un impact sur l’espèce protégée. Autre élément aggravant : le permis bateau n’est pas obligatoire. « L’absence d’un système de licences complique les choses », reconnaît Aline Schaffar, chercheuse en biologie marine. Du coup, le brouhaha sous-marin exerce une certaine pression sur la « lady » des océans. « Toute activité qui fait du bruit dérange les baleines, résume Claire Carrigue, scientifique d’Opération Cétacés. Mais on ne peut pas empêcher les gens de profiter du spectacle. » (Ndlr Sibylline : on peut n’autoriser que des embarcations silencieuses, voile ou éventuellement moteur électrique et on peut également faire participer les entreprises, qui profitent de la manne gratuite, à rémunérer davantage de gardes pour faire respecter les règles de bonne conduite ; on peut également considérer que l’humain n’est pas au-dessus de la nature et que ce qu’il n’accepterait pour lui, il ne l’impose aux autres (pas dit qu’une femme prête à mettre bas soit ravie que des milliers d’étrangers viennent lui faire un petit coucou !)). Pour pérenniser l’activité et, surtout, la rendre plus responsable, la province Sud organise, depuis 2008, une demi-journée de formation pour les opérateurs de whale-watching (lire hors texte). « Les efforts mis en place depuis quelques années pour la gestion de l’activité sont considérables, constate Aline Schaffar. On sait que cette activité a généré bien souvent une modification comportementale, mais nous ne connaissons pas les effets à long terme de cette perturbation. » Une étude réalisée par la scientifique a établi à plus de 300 mètres le seuil de réponse des baleines. « On a observé qu’à l’approche des bateaux, 80 % des baleines prolongent leur temps en apnée de manière significative », rapporte Claire Carrigue. Dans sa stratégie d’évitement, l’animal change aussi de trajectoire. « S’il n’y a pas de bateau elles se déplacent en ligne droite. Sinon, elles zigzaguent. »

 Malgré la gêne occasionnée, la population de baleines serait en légère hausse (Ndlr Sibylline : parle-ton d’une hausse du nombre d’individus ou d’une hausse de la fréquentation ?). Avec ses 470 individus, la Calédonie abrite l’une des plus petites populations de l’Océanie. L’observation régulière témoigne, néanmoins, d’une fidélité pour nos eaux. Une quarantaine d’individus ont été balisés en 2010 par Opération cétacés. Fixé sur le dos de l’animal, le traceur a ses limites. Au même titre qu’une écharde, le corps étranger est vite expulsé. « Un à deux mois », affirme Claire Carrigues. L’un d’entre eux est toutefois resté fixé 90 jours, permettant d’établir le parcours d’une baleine jusqu’en Antarctique. Trait de personnalité spécifique à nos baleines : elles se déplacent sans se presser. « Contrairement à celles du Brésil, qui allaitent en se déplaçant en ligne droite, les nôtres font des pauses, elles prennent leur temps », note Claire Carrigues. Des baleines plutôt sereines, malgré la curiosité importune des humains.

5 000

C’est le nombre de baleines à bosse qui fréquentent actuellement le Pacifique Sud, contre 14 000 avant la chasse illégale soviétique du début des années 1960, selon le consortium de recherche sur les mammifères marins du Pacifique Sud.

Un lagon de plus en plus surveillé

Les gardes nature n’hésiteront plus à verbaliser les observateurs de baleines peu scrupuleux. La province Sud entend mettre davantage en application les sanctions prévues par le code de l’environnement.

Voilà une décision de justice symbolique à l’amorce de la saison d’observation des baleines. Début juin, le tribunal a condamné un particulier à 30 000 francs d’amende, pour avoir mené son embarcation à travers la réserve intégrale Yves-Merlet, dans le lagon sud. Il ne s’agit pas d’une infraction majeure au code de l’environnement de la province Sud. Mais « c’est la première fois qu’une amende est prononcée juste parce que quelqu’un est entré dans une réserve, se réjouit Sylvine Aupetit, de la direction de l’Environnement. Cette personne n’était pas en train de pêcher. Les sanctions pour des atteintes environnementales ne sont plus exceptionnelles. » Les observateurs de baleines sont donc prévenus. Ils devront scrupuleusement respecter les règles d’approche (lire ci-contre), mais aussi être attentifs aux balises qui délimitent la réserve intégrale. Les gardes nature de la province organisent un suivi continu à cette période. Un prestataire d’activités avait déjà dû verser 50 000 francs en 2012, pour avoir suivi de trop près une baleine et son baleineau.

Attention au site de ponte des tortues

Pour améliorer le traitement des infractions environnementales, la province a signé une convention avec le parquet de Nouméa l’an dernier. Autre nouveauté : la documentation produite par la direction de l’Environnement présente désormais les peines encourues pour les atteintes au milieu naturel. Et pour les mettre en application, les gardes nature et les gardes-chasse ont reçu une formation d’un an, afin d’être plus efficaces dans l’établissement de procès-verbaux. Au-delà des baleines, ils seront attendus sur des points sensibles, comme le site de ponte des tortues grosses têtes de la Roche-Percée, à Bourail, situé dans une zone résidentielle. Selon l’association Bwära, chargée de leur protection, 21 nids ont été détruits par des chiens lors de la dernière saison de pontes, et ce malgré une forte action de sensibilisation. Le code de l’environnement prévoit jusqu’à un million de francs d’amende par individu touché et six mois de prison, pour ce type d’infraction. Une réglementation qui pourrait d’ailleurs s’appliquer à la récente fuite de l’usine du Sud, s’il s’avère qu’elle a porté atteinte à une espèce ou à un milieu protégé.
Théo Rouby

Repères

90 000 francs d’amende
Pour observer les baleines, il ne faut pas les approcher à moins de 300 mètres par l’arrière ou par l’avant. Seulement quatre embarcations sont autorisées à s’approcher à 100 mètres sur les côtés, à faible allure, et ne doivent pas couper leurs moteurs. Le non-respect de ces règles peut entraîner une amende de 90 000 francs. Le double dans une aire marine protégée.

Le mystère des chants
Le chant des baleines est le plus long et le plus complexe du règne animal. Etablir une dominance ? Déclencher l’ovulation ? Si on sait que le chant est lié à la reproduction et que ce sont les mâles qui chantent, on ne sait pas exactement pourquoi. Ce dont on est sûr en revanche, c’est que le chant est caractéristique d’une population et se transmet d’un groupe à l’autre, selon une thèse du Groupement de recherche de mammifères marins du Pacifique. Une nouvelle étude débute cette année et devrait permettre de comprendre comment les chants se transmettent de l’Australie à la Calédonie. Une équipe de scientifiques va ainsi poser une balise acoustique pour enregistrer les chants en continu.

Sur liste rouge
La baleine à bosse (megaptera novaeangliae) est officiellement une espèce protégée depuis 1966. A l’époque, les stocks sont considérablement réduits et il n’en reste que quelques centaines sur le Pacifique Ouest à cause de la pêche commerciale. En 1996, l’animal est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN. Elle a ensuite été déclassée, sauf pour l’Océanie et la mer d’Arabie.

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