Publié par : Sibylline | juin 18, 2014

L’Antarctique menacée par le tourisme

Touristes en Antarctique. SARAH DAWALIBI/AFP Évolution du nombre de touristes en Antarctique entre 1993 et 2008

Touristes en Antarctique. SARAH DAWALIBI/AFP
Évolution du nombre de touristes en Antarctique entre 1993 et 2008

18 Juin 2014 (Charlotte Durand, Sasha Mitchell). Le nombre de touristes en Antarctique a été multiplié par 8 en moins de 15 ans.

Les chercheurs s’accordent sur la menace que cela représente pour la biodiversité très fragile de ce milieu.

Des scientifiques australiens ont mis en garde mercredi 18 juin le nombre croissant de touristes en Antarctique, qui menace l’écosystème de la région, particulièrement sensible. Ils réclament une meilleure protection du continent de glace.

UNE ZONE QUI ATTIRE DE PLUS EN PLUS DE TOURISTES

Selon les chiffres communiqués par le secteur du tourisme, le nombre de touristes a été multiplié par 8 en moins de 15 ans : moins de 5 000 en 1990, ils sont désormais 40 000 par an.

Les croisières de longue durée dans ce cercle polaire, de plus en plus populaires, sont à 95 % gérées par l’Association internationale des tour-opérateurs antarctiques (IAATO). Cette association internationale, créée en 1991, regroupe sept tour-opérateurs et compte 93 membres.

Les chercheurs australiens s’appuient sur les chiffres fournis par cette association pour réaliser leur étude. Toujours selon les mêmes données, on peut apprendre que les plus friands de voyages polaires sont tout d’abord les Américains, qui représentent 32,4 % des touristes, suivis par l’Allemagne (14,1 %) et le Royaume-Uni (10,3 %).

Ces 40 000 touristes sont accompagnés de 20 086 personnels navigants et 2 455 officiers de la marine, nécessaires à l’encadrement et au bon déroulement de ces voyages.

Évolution du nombre de touristes en Antarctique entre 1993 et 2008

Évolution du nombre de touristes en Antarctique entre 1993 et 2008

Évolution du nombre de touristes en Antarctique entre 1993 et 2008

L’ANTARCTIQUE, UNE ZONE PLUS SENSIBLE QUE LES AUTRES

Les visiteurs se rendent principalement dans les zones non recouvertes de glace de façon permanente, qui représentent moins de 1 % de la surface de l’Antarctique. Ces zones abritent la plupart de la faune et la flore répertoriées sur le continent. Mais elles sont aussi parmi les moins protégées de la planète, assure une étude du Programme de recherche environnemental national (Nerp) et la Division australienne de l’Antarctique.

Beaucoup pensent que l’Antarctique est protégée car la région « est isolée et personne n’y habite. Mais nous montrons qu’il existe de réelles menaces contre la biodiversité de l’Antarctique », note Justine Shaw, chercheuse au Nerp, car « seulement 1,5 % des zones dépourvues de glace appartiennent aux aires bénéficiant d’une protection spéciale selon le Traité de l’Antarctique ».

Or, son écosystème est particulièrement vulnérable à l’invasion d’espèces étrangères, qui peuvent être apportées par l’activité humaine, à cause de la très faible diversité d’espèces vivant sur le continent de glace. « Des plantes et des animaux, notamment des herbes et des insectes, ont été apportés en Antarctique » de manière involontaire, précise le scientifique Steven Chown, de l’université Monash (Melbourne), qui a lui aussi participé à l’étude.

UNE RÉGLEMENTATION BALBUTIANTE

Les réglementations concernant l’Antarctique en sont encore à leurs débuts. La zone, encore objet de conflits d’appropriation entre diverses puissances, est principalement réglementée par le Traité de l’Antarctique, mentionné par la chercheuse au Nerp.

Signé en 1959 et entré en vigueur en 1961, celui-ci réglemente les relations entre les États signataires en ce qui a trait à l’Antarctique, défini par le Traité comme « les territoires, incluant les plates-formes glaciaires, situés au sud du 60 ° parallèle Sud ».

Cependant, le phénomène touristique est récent, et aucune réglementation n’en fait mention dans le Traité de l’Antarctique. Depuis, deux textes contraignants sur le sujet ont été votés par le comité consultatif.

Le premier, voté en 2004, impose aux opérateurs touristiques de couvrir les frais des opérations de sauvetage. Le second, de 2009, interdit aux bateaux transportant plus de 500 passagers, de les débarquer. Les débarquements de passagers sont ainsi limités à 100 personnes pour une durée de trois heures maximum.

Mais aujourd’hui, faute de ratification par la majorité des pays signataires, aucun n’est encore entré en vigueur.

LES CERCLES POLAIRES, DES ZONES DANGEREUSES

L’absence claire de réglementation touristique, en plus de son impact sur l’écosystème, est un problème car la zone reste dangereuse pour le tourisme. Qu’on se souvienne du bateau russe Akademik Shokalskyi  lui et ses 52 touristes avaient été surpris et étaient restés bloqués dans la glace du 24 décembre 2013 au 2 janvier de cette année.

L’opération de sauvetage n’avait pas été aisée, à cause des conditions météorologiques : le bateau français l’Astrolabe et deux brise-glaces, un australien et un chinois, s’étaient alors déroutés pour venir en aide au navire russe, et le brise-glace chinois, le Dragon des Neiges, était resté bloqué à son tour dans la glace jusqu’au 8 janvier.

Les 52 touristes avaient finalement été évacués par hélicoptère le 2 janvier. Une opération de sauvetage qui, avec tous ses aléas et accidents, avait coûté cher : on ne sait d’ailleurs toujours pas qui assumera les coûts, puisque les textes relatifs au tourisme n’ont pour la plupart pas été ratifiés par les pays en cause.

UN CODE POLAIRE EN PRÉPARATION ?

La région du pôle sud devient de plus en plus fréquentée : outre les touristes, elle accueille un nombre croissant de centres de recherche, qui s’accompagnent de routes, dépôts de carburant et autres voies de passage. Ces centres aussi ont un impact sur l’écosystème, il faut donc les prendre en compte dans une nouvelle réglementation.

De plus, l’arrivée « massive » de touristes et les recherches scientifiques ne font pas bon ménage : l’accident de l’Akademik Shokalskyi, et l’intervention des trois autres navires, a faussé la plupart des données collectées par les programmes de recherche. Il y a donc une extrême nécessité à réglementer les allers et venues des bateaux.

L’Organisation maritime internationale essaye de remédier à cela. Elle travaille sur un Code polaire qui définit les normes de sécurité des navires naviguant dans ces régions et qui devrait être adopté cette année.

Source


Catégories

%d blogueurs aiment cette page :