Publié par : Sibylline | juin 17, 2014

Bataille de chiffres autour de la taille de la population du grand requin blanc des côtes californiennes (Etats-Unis)

Un grand requin blanc dans l'EPN. Photo Kevin Weng

Un grand requin blanc dans l’EPN. Photo Kevin Weng

18 Juin 2014. Une étude publiée en 2011 dans la revue Biology letters, par les Universités de Davis et de Stanford (excusez du peu) estimait la population de grands requins blancs de l’ENP (Pacifique Nord Est) à 219 individus. La méthode d’obtention de ces chiffres reposait sur des marquages recaptures d’animaux sur deux sites de fréquentation importante de cette espèce (Iles Farallon, archipel californien et Tomales Point, sur la côte californienne). Suite à ces résultats, un mouvement citoyen se créa, pétitions à l’appui, demandant l’inscription de cette espèce sur le registre des espèces en voie d’extinction.

Le 16 Juin 2014 est parue une nouvelle étude sur le même sujet dans la revue PLoS ONE, mettant en doute les chiffres précédemment obtenus et déplorant le manque de fiabilité de la dite étude car ne tenant pas compte du biais liée aux nombreux mouvements migratoires du grand requin blanc, des différentes classes d’âge, etc…

Cette espèce se déplaçant sur des aires très larges, elle est difficile à étudier. Plusieurs méthodes, tant dans l’estimation d’une population (modèles mathématiques à partir de données concrètes et des trajectoires des animaux) que dans son suivi (marquage des individus : les « données concrètes ») existent.

Ainsi, l’estimation de la deuxième étude a incorporé les requins « de passage » (transient sharks), les différentes classes d’âge, etc… et démonté le modèle « fermé » qu’avait utilisé les premiers auteurs.

Barbara Block, l’un des chercheurs qui a conduit la première étude, a indiqué que les données des deux études n’étaient pas incompatibles entre elles.

A la lecture de la deuxième publication, ce qui nous a particulièrement gêné est l’insistance avec laquelle leurs auteurs déplorent les conséquences que peut avoir l’inscription d’une espèce comme étant en voie d’exctinction alors qu’elle serait, en réalité, stable. Cela nous a donné l’impression qu’il fallait impérativement démentir la première étude pour que le mouvement citoyen qui en avait découlé n’aboutisse pas ; outre le fait que les auteurs de la première étude sont ainsi indirectement décridibilisés, ce qui est loin d’être fairplay… mais ainsi va la science (la vraie, malheureusement, pas la pseudo des experts autoproclamés que l’on peut voir en France).

Dans les deux cas, il s’agit d’estimations utilisant des modèles mathématiques différents. 2000 individus n’est pas un nombre particulièrement important et ne dispense pas de protéger les super prédateurs que sont les requins. Il est probable que le nombre réel des individus soit intermédiaire entre ceux donnés par les estimations. Mais cela, nous le saurons lorsque les deux équipes travailleront ensemble, ce qu’elles auraient dû faire dès le départ afin d’éviter une manipulation de l’opinion publique via des médias qui se font l’écho d’une information pour laquelle ils n’ont aucun regard critique.

Réf  première étude : Anderson SD, Chapple TK, Jorgensen SJ, Klimley AP, Block BA (2011) Long-term individual identification and site fidelity of white sharks, Carcharodon carcharias, off California using dorsal fins. Mar Biol 158: 1233–1237. doi: 10.1007/s00227-011-1643-5

Deuxième étude : A Re-Evaluation of the Size of the White Shark (Carcharodon carcharias) Population off California, USA. Burgess et al. Published : June 16, 2014. DOI : 10.1371/journal.pone.0098078

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