Publié par : Sibylline | mai 31, 2014

Les glaces de la banquise arctique polluées par du plastique

Une vue de la banquise arctique au large du Spitzberg. Les mesures satellitaires montrent une tendance à une baisse de l'extension de ces glaces de mer. Des particules liées à l'activité humaine, piégées dans les glaces, pourraient donc bien être libérées dans les océans avec le réchauffement climatique. © Esa, M. Drusch

Une vue de la banquise arctique au large du Spitzberg. Les mesures satellitaires montrent une tendance à une baisse de l’extension de ces glaces de mer. Des particules liées à l’activité humaine, piégées dans les glaces, pourraient donc bien être libérées dans les océans avec le réchauffement climatique. © Esa, M. Drusch

Les océanographes connaissent l’accumulation de matières plastiques dans l’océan Pacifique et dans le nord de l’océan Atlantique, tandis que Tara part étudier cette pollution en Méditerranée. Une autre expédition scientifique vient de découvrir ces déchets dans les glaces de l’Arctique, sous forme de microfragments, dont plus de la moitié proviennent… de nos vêtements. De quoi rendre un peu plus préoccupante la réduction de la banquise autour du pôle Nord.

31 Mai 2014 (Laurent Sacco). Rachel W. Obbard est une physicienne mais son domaine de recherche favori en physique du solide, c’est celui de la glace des régions polaires. On peut donc aussi la considérer comme une glaciologue. Avec des collègues, dont certains s’occupent de biologie et d’écologie marine, elle vient de publier un article dans Earth’s Future qui concerne une étonnante découverte que les chercheurs ont faite en analysant la composition de glaces ramenées d’expéditions en Arctique en 2005 et 2010.

L’humanité a produit environ 300 millions de tonnes de matière plastique en 2012 et une partie de va rejoindre la « Grande zone d’ordures du Pacifique » (ou GPGP, pour Great Pacific Garbage Patch) une zone du gyre subtropical du Pacifique nord. On connaît aussi une région d’accumulation en Atlantique et l’expédition Tara Méditerranée est essentiellement consacrée à cette pollution.

Pour l’essentiel, ces déchets se présentent sous forme de microfragments ne dépassant pas 5 mm de long et ne disparaissent pas facilement. L’inquiétant est surtout qu’ils concentrent des polluants organiques dangereux. Comme ces microfragments peuvent être ingérés par des êtres vivants dans lesquels ils libèrent les substances qu’ils ont accumulées, ils peuvent contribuer à l’entrée dans la chaîne alimentaire de ces produits nocifs.

Des traces de nos vêtements dans la banquise

Les travaux des chercheurs révèlent que les glaces arctiques semblent contenir une centaine de microfragments de matières plastiques par mètre cube, ce qui représente une concentration mille fois supérieure à celle du GPGP. Pour établir ce résultat, les scientifiques ont fait fondre les quatre carottes de glace ramenées par des expéditions polaires. Après filtration, les résidus ont été observés au microscope et les microfragments qui ont été repérés ont été analysés chimiquement.

Ils contiennent 54 % d’une fibre cellulosique recomposée chimiquement et bien connue de l’industrie textile : la rayonne. Dans l’ordre d’importance décroissante, l’analyse a montré la présence de polyester (21 %), de nylon (16 %), de polypropylène (3 %) ainsi que de polystyrène, de l’acrylique et du polyéthylène à hauteur de 2 % chacun.

Il ne s’agit que d’une première estimation. Mais si elle devait se confirmer, la diminution de labanquise constatée d’année en année sous l’effet du réchauffement climatique devrait donc libérer les microfragments stockés temporairement dans les glaces. Nul ne peut encore prédire quels impacts ils auront sur l’écosystème et la chaîne alimentaire mais il s’agit indiscutablement d’une question à examiner de plus près.

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