Publié par : Sibylline | février 27, 2014

Le démantèlement offshore des armes chimiques syriennes se prépare à l’abri des regards (mer Méditerranée)

Le navire américain Cape Ray chargé de démanteler les armes chimiques syriennes en mer. @BBC

Le navire américain Cape Ray chargé de démanteler les armes chimiques syriennes en mer. @BBC

27 Février 2014. Pour la première fois, des armes chimiques vont être traitées à bord d’un navire, dans les eaux internationales du bassin méditerranéen, révèle l’association Robin des Bois. Hors de portée du droit international et au risque de banaliser une procédure périlleuse.

Que faire des stocks d’armes chimiques en provenance de Syrie ? Les détruire offshore, selon les propos du sous-secrétaire d’Etat à la Défense des Etats-Unis, Frank Kendall, rapportés par l’association Robin des Bois : « Pour éviter d’avoir à déposer les substances chimiques sur un territoire quelconque où nous aurions eu à composer avec le contexte politique et environnemental et à nous conformer à des lois nationales« .

Le précédent du Probo Koala a marqué les esprits. En 2006, des activités de raffinage de produits pétroliers à bord du tanker Probo Koala s’étaient déroulées dans les eaux internationales, à quelques kilomètres de Gibraltar. Le Probo Koala a par la suite déversé environ 500 tonnes de boues toxiques en Côte d’Ivoire. Entre temps, le stock de déchets avait transité par le port d’Amsterdam (Pays-Bas), qui avait refusé d’en assurer le traitement. Depuis, la société gestionnaire du centre portuaire de traitement des déchets a été condamnée pour violation des règlementations relatives à la protection de l’environnement, ainsi que la ville d’Amsterdam, responsable de la gestion portuaire et la compagnie productrice des déchets, Trafigura.

700 tonnes de substances toxiques traitées en temps record

La mission du navire américain Cape Ray, actuellement stationné dans la base militaire de Rota au sud de l’Espagne après avoir quitté Portsmouth (Etats-Unis), est de détruire les substances composant les munitions chimiques syriennes. L’Espagne contribue ainsi à l’effort international pour débarrasser la Syrie de ses munitions chimiques, à l’issue de la sanction des Nations Unies. Deux autres navires, dont le roulier Ark Futura, font la navette depuis la Syrie afin d’acheminer ces produits dangereux qui seront in finetransférés à bord du Cape Ray dans un port italien. Selon les informations communiquées par Robin des Bois, l’Ark Futura totalise 38 déficiences dans les ports européens depuis l’an 2000.

Environ 700 tonnes de composants de gaz moutarde et de gaz sarin doivent être à une vitesse record rassemblés et traités à bord du roulier Cape Ray, dont les équipes techniques se préparent depuis des mois, sous la houlette du ministère de la Défense des Etats-Unis. Quelque 35 marins, environ 64 spécialistes de la chimie du laboratoire de chimie Edgewood de l’armée américaine, une équipe de sécurité et un contingent de militaires sont à bord du Cape Ray. La phase opérationnelle de la mission prendra 90 jours, selon les informations communiquées par le ministère de la Défense des Etats-Unis. Le secrétaire d’Etat à la Défense, Chuck Hagel, a adressé un message à l’équipage du Cape Ray : « Comme vous le savez tous, votre tâche ne sera pas aisée. Vos journées seront longues et rigoureuses. Mais votre sérieux et votre engagement fera la différence ».

Robin des Bois s’interroge sur de tels délais : « L’Organisation d’interdiction des armes chimiques et les Etats-Unis disent que 500 tonnes de munitions chimiques syriennes seront traitées en mer en quelques semaines alors que la fin du programme de destruction des munitions chimiques américaines est prévue pour 2023. Sur terre, les Etats-Unis espèrent traiter 3.100 tonnes en 10 ans. En mer, ils sont sûrs d’en traiter 500 tonnes en quatre semaines ».

Les risques d’une industrialisation des océans

Les Etats-Unis projettent de traiter les armes chimiques en mer, dans les eaux internationales, par hydrolyse. Pour neutraliser environ 700 tonnes de substances chimiques à usage militaire, les deux modules embarqués sur le Cape Ray produiraient environ 7.700 tonnes de déchets. L’ingénieur environnement associé à cette opération, Rob Malone, explique que l’hydrolyse sera pratiquée avec de l’eau de javel, de la soude et de l’eau. Nous voici rassurés. « Ces sous-produits seront pour l’essentiel une solution caustique ressemblant au Destop utilisé pour déboucher les éviers« , ironise Robin des Bois. Les officiels américains précisent qu’aucun sous-produit ne sera répandu dans l’atmosphère ou dans la mer. Selon l’ambassade des Etats-Unis en Espagne, les produits chimiques, une fois traités, seront stockés à bord jusqu’à leur livraison à des opérateurs privés spécialisés dans le traitement des déchets qui sont sélectionnés par l’Organisation d’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Pour Robin des Bois, les opérations à bord du Cape Ray ne sont pas conformes aux textes de la Convention sur la destruction des armes chimiques. La Convention déclare qu’une priorité absolue doit être accordée par chaque Etat membre au stockage et à l’installation de destruction de manière à assurer la sécurité des personnes et la protection de l’environnement. « Considérant que l’opération à bord du Cape Ray est une première mondiale soumise aux aléas du roulis et du tangage, nul ne peut dire que des précautions maximales sont prises à l’égard de la centaine de personnes embarquées et de l’environnement marin « , alerte l’association.

« Les opérations à bord du Cape Ray se dérouleront au large des règlements internationaux », s’inquiète Robin des Bois. Ces opérations seront soustraites à la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers des déchets dangereux. « Cela ouvre la porte à des traitements de déchets dangereux en haute mer« , souligne Jacky Bonnemains, président de l’association. « C’est une première mondiale de démanteler des armes chimiques en mer. Ce qui est inquiétant, c’est que cela ouvre la porte à des traitements de déchets dangereux en haute mer, à la faveur d’un no man’s land juridique« , observe-t-il.« Cette opération consacrerait l’industrialisation de l’océan mondial ».

Revenir sur terre

Les fonds marins de la Méditerranée hébergent plusieurs décharges sous-marines de munitions chimiques, au large de Bari et de Naples en Italie et au large de Saint-Raphaël en France, qui proviennent de l’immersion à partir de 1950 des stocks que les forces alliées avaient accumulés pour répondre si nécessaire à une attaque chimique allemande pendant la dernière guerre mondiale. « 63 ans plus tard, la Méditerranée n’est pas à l’abri d’une immersion accidentelle ou même en dernier recours volontaire. L’OIAC et l’Italie, au large de laquelle la performance américaine devrait avoir lieu, n’ont pas désigné de port refuge au cas où ça tournerait mal à bord du Cape Ray. Le dernier refuge du Cape Ray et de sa cargaison en cas d’accident majeur serait-il le fond de la Méditerranée ? « , s’interroge Robin des Bois.

L’association souhaite que le schéma actuel de destruction des munitions chimiques syriennes soit abandonné. Selon elle, les substances prioritaires et les autres agents composant les munitions chimiques syriennes peuvent, sous le contrôle de l’OIAC, être traités à terre en Europe, aux États-Unis ou dans tout autre pays ou région qui dispose des meilleures capacités techniques disponibles. « Le rythme de destruction doit être compatible avec la sécurité des travailleurs, des populations riveraines et de l’environnement ».

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