Publié par : Sibylline | février 10, 2014

Le centre de sauvegarde Hegalaldia lance un appel à tous les bénévoles (Pays Basque)

Arrivés au centre de sauvegarde Hegalaldia, à Ustaritz (64), les oiseaux échoués sont examinés pour évaluer leur degré de fatigue. Tous ne survivront pas.© PHOTO JEAN-DANIEL CHOPIN
Arrivés au centre de sauvegarde Hegalaldia, à Ustaritz (64), les oiseaux échoués sont examinés pour évaluer leur degré de fatigue. Tous ne survivront pas.© PHOTO JEAN-DANIEL CHOPIN

Lundi 10 Février 2014. Le centre de soins Hegalaldia à Ustaritz connaît un afflux massif d’oiseaux très affaiblis, épuisés par les tempêtes qui balaient l’Europe depuis quinze jours

« Alerte à tous nos bénévoles. » Ce dimanche matin, l’association pour la sauvegarde de la faune sauvage Hegalaldia lançait un appel via sa page sur le réseau social Facebook. « Nous cherchons du monde de toute urgence pour ramasser les dizaines d’oiseaux échoués sur les plages de toute la Côte basque, jusqu’à Mimizan. »

Ndlr Sibylline : cf. notre article : Si les pêcheurs ne peuvent sortir en mer, les oiseaux marins non plus… (façade Atlantique)

Dans les locaux du centre de soins, à Ustaritz, c’est l’état d’urgence. Des oiseaux marins s’échouent en masse sur la côte atlantique. D’abord dénombrés en centaines. Bientôt en milliers. Morts pour la plupart. Hegalaldia recueille les autres.

« On n’avait jamais autant vu de macareux s’échouer chez nous que lors des quinze derniers jours. Même lors de marées noires », indique la coresponsable du centre, Laurence Goyeneche. « Désormais, ce sont surtout des guillemots de Troï qui nous arrivent. » Épuisés par les tempêtes des derniers jours.

Amaigris

Les vents d’ouest, puissants et incessants, poussent les volatiles vers les côtes. « Ils arrivent en bout de course. Beaucoup ont perdu un tiers de leur poids. Voire la moitié pour certains. C’est énorme. » Les intempéries enchaînées ne suffisent pas à expliquer cet état de faiblesse. « Le poisson a manqué l’année dernière, au printemps. On peut soupçonner la surpêche, la pollution. En tout cas, cette malnutrition plus les tempêtes ont amaigri les oiseaux. »

Sans graisse protectrice, leur température chute dangereusement. « Normalement, leur température corporelle est de 40 degrés. On la mesure régulièrement à 35 ou 36. On sait qu’en dessous de 36 ou 35, ça devient critique. » Pour ne pas dire désespéré. Nombre d’oiseaux pris en charge ne survivront pas, malgré les soins prodigués.

Hegalaldia fourmille. Le téléphone sonne, sonne, sonne. « C’est la folie », souffle Stephan Maury, l’autre coresponsable du centre de soins. Toute la façade atlantique connaît un afflux massif d’oiseaux en perdition. Morts, pour beaucoup. Par le réseau de protection de la faune sauvage, Stephan Maury évalue à environ 10 000 le nombre des cadavres retrouvés sur le sable, « de chez nous aux côtes de la Manche ». « On connaît un gros pic ce week-end. »

Solidarité

Les bureaux de l’association ont des airs de PC de crise. Dans une pièce voisine, le silence tranche. Un soigneur manipule avec d’infinies précautions un guillemot fraîchement arrivé. Vice-présidente de l’association, Charlotte Mulet,accompagne ses gestes : « Vous voyez, Cyril est en train d’évaluer l’état de maigreur de l’oiseau. En général, ils n’ont que la peau sur les os. Il va lui prendre la température, le baguer… »

Stephan Maury est au téléphone avec des confrères bretons (Ndlr Sibylline : l’association Volée de piafs dont nous avons relayé l’appel sur Facebook, atteignant ainsi plus de 60 000 lecteurs potentiels) « Comment on est ici ? Comme chez vous : dans la merde. À fond. Il faudrait que l’UFCS (1) envoie un message d’alerte pour tout le littoral français. Sinon on le fait, on balance un communiqué de presse. »

Voici Sandrine, qui déboule avec une caisse couverte d’un linge. « J’ai un macareux et un guillemot. » Laurence Goyeneche s’en saisit, qui transmet à l’équipe des soins. Sandrine se dit « sympathisante » d’Hegalaldia. L’organisation, fragile du point de vue économique (2), est en revanche riche d’un « gros réseau de solidarité ». Il s’est mis en marche, hier, pour répondre à l’urgence. En soirée, 24 oiseaux très affaiblis étaient pris en charge à Ustaritz. Près de 60 étaient en attente de transfert, conservés au chaud chez des bénévoles. Les jours prochains devraient ressembler à ce dimanche fou.

Ndlr Sibylline : le transect de Mimizan-plage (association Sibylline), sur une portion linéaire de 10 km (2 bénévoles) a fait état, le 9 Février 2014, de 38 oiseaux marins morts et 16 oiseaux vivants (dont 3 ont péri pendant le transport) : 8 guillemots et 8 macareux moine sur la journée de dimanche. Les animaux vivants ont été rapatriés sur Hegalaldia, les deux autres centres (Gironde, Landes) répondant aux abonnés absents.

Certains d’entre eux étaient frais et venaient  de mourir. Ils auraient pu avoir une chance si des prospections quotidiennes des plages avaient lieu. Il est donc important que des bénévoles se manifestent, viennent nous aider et appellent ce numéro : 05 59 43 08 51 pour que les choses s’organisent ou s’ils découvrent un oiseau vivant.

La côte Aquitaine mesure plus de 300 km ; sans bénévoles, l’hécatombe va s’aggraver.

Selon le réseau de surveillance, ce serait déjà 10 000 oiseaux qui auraient  succombé aux tempêtes, au pétrole (beaucoup d’oiseaux sont mazoutés), à la diminution de la ressource halieutique…).

Plus d’informations sur la prise en charge d’un oiseau marin (lien)

(1) Union française des centres de sauvegarde de la faune sauvage.

(2) Hegalaldia se bat pour sa survie. Si l’association a un fort soutien du Conseil général, elle attend la confirmation des engagements de nombre de collectivités locales.

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