Publié par : Sibylline | novembre 6, 2013

Le capitaine nie les faits (Nouvelle Calédonie)

Les matelots du Hu Yu 911 sont consignés à bord jusqu’à nouvel ordre. Si l’armateur du navire ne se manifeste pas, ils devront compter sur les associations humanitaires. Photo Marine Nationale

Les matelots du Hu Yu 911 sont consignés à bord jusqu’à nouvel ordre. Si l’armateur du navire ne se manifeste pas, ils devront compter sur les associations humanitaires. Photo Marine Nationale

Mercredi 6 Novembre 2013. Après 30 heures à nier en garde à vue, le capitaine du palangrier chinois arraisonné dans les eaux françaises a été déféré au parquet. Il sera jugé le 20 novembre. Ses matelots sont consignés à bord. Les quarante tonnes de thon seront bientôt revendues.

L’avenir s’assombrit pour les treize membres d’équipage du palangrier chinois arraisonné samedi dernier alors qu’il pêchait en toute illégalité dans la zone économique exclusive (ZEE) française. Qu’y a-t-il de nouveau depuis que les Forces armées de la Nouvelle-Calédonie (Fanc) ont mis la main sur ce bateau pirate des temps modernes vendredi ? Le capitaine du Hu Yu 911, un Chinois qui possédait une licence de pêche délivrée gracieusement par les autorités vanuataises, a passé trente heures en garde à vue dans les locaux de la gendarmerie maritime. Selon une source proche du dossier, le capitaine aurait plaidé la « bonne foi » et aurait avancé qu’il « ne savait pas qu’il se trouvait dans des eaux interdites ». Autrement dit, il a nié ce que les gendarmes lui reprochaient. Au terme de sa garde à vue, il a été présenté au parquet de Nouméa. Le 20 novembre prochain, il sera jugé par le tribunal de première instance pour « avoir pêché sans licence dans la ZEE » environ quarante tonnes de thon albacore, « avoir pénétré illégalement la ZEE », et s’être livré à une « pêche interdite », en l’occurrence celle des requins, dont seuls les ailerons ont été retrouvés (quatre tonnes).

Passeport. Lundi après-midi, le capitaine n’a été placé ni en détention provisoire, ni sous contrôle judiciaire. Les gendarmes maritimes, qui sont mis au profit du chef d’état-major de la Marine nationale, ont reconduit le capitaine à bord de son navire. Son passeport lui a été confisqué jusqu’à nouvel ordre.

Abandonnés. Du côté des treize membres d’équipage, de plusieurs nationalités (Chinois, Vanuatais, etc.), aucune poursuite judiciaire n’a été engagée à leur encontre. Il n’en reste pas moins que leurs passeports ont aussi été retirés. De « pêcheurs payés au lance-pierre », ils sont devenus en quelques jours des « prisonniers abandonnés ». « Il faut juste espérer que l’armateur chinois s’occupe de ses marins, constate une source proche du dossier. Ce qui est loin d’être gagné… » Le navire, saisi administrativement par les affaires maritimes françaises, appartiendrait à la Shanghai Fisheries general corporation, forte d’une centaine de bateaux de pêche. « Les matelots vont vivre sur leurs réserves, commente un professionnel local de l’univers maritime. Leur groupe électrogène fonctionne encore. Mais jusqu’à quand ? » En Calédonie, il n’existe pas de foyer des marins, qui a pour rôle d’accueillir les gens de la mer en difficulté. « Si la situation ne se débloque pas au bout de plusieurs mois, comme on a pu le voir en Métropole, conclut cette même source, les associations humanitaires locales devront prendre le relais. » Autrement dit, la galère ne fait que commencer.

Cargaison. Enfin, côté marchandise, les affaires maritimes travaillent actuellement avec les services sanitaires pour évaluer la qualité des prises encore congelées. « Il faut distinguer les captures de requins (carcasses et ailerons), qui seront détruites, des autres captures commercialisables, qui seront vendues aux entreprises de produits de la mer. Le produit de cette vente sera consigné auprès du Trésor public et c’est la justice qui décidera de sa confiscation ou de sa restitution à l’armateur. » Réponse le 20 novembre prochain.

44 C’est le nombre de tonnes de poisson (quarante de thon, quatre de requin) pêchées par le palangrier chinois Hu Yu 911. La France estime qu’elle a été volée, le capitaine du navire répond qu’il ne savait pas qu’il se trouvait dans la ZEE.

Repères

1,4 million de km2 à protéger
Soixante-quinze fois les terres calédoniennes, quasiment trois fois la France métropolitaine. C’est la taille de la ZEE, zone économique exclusive française de Calédonie. L’objectif ? Protéger, explorer, exploiter « la ressource ». Faune, flore, surface, fonds marins : tout est privatisé.
Seuls dix-neuf navires calédoniens peuvent y pêcher. Un avion (Le Gardian) et un patrouilleur (La Glorieuse) de la marine surveillent.

Le mirage de la ZEE
Outre la préservation de la ressource pêche, la France et la Calédonie (depuis 1999), réaffirme sa souveraineté territoriale à grands renforts militaires pour protéger son éventuel futur « or noir ». Depuis quatorze ans, des chercheurs en géologie marine planchent en collaboration avec le BRGM, l’IRD, l’UNC, et l’Ifremer sur les potentiels pétroliers. Les structures géologiques de la ZEE de la Nouvelle-Calédonie sont continues avec les structures géologiques pétrolifères du bassin de Taranaki, en Nouvelle-Zélande, qui produit des hydrocarbures depuis plus… de trente ans

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