Publié par : Sibylline | octobre 29, 2013

Le littoral face à la pression foncière : « il y a le feu à la maison »

Entre 1999 et 2006, la population a augmenté de 5,7 % dans les communes bordant la mer. (photo thierry suire)

Entre 1999 et 2006, la population a augmenté de 5,7 % dans les communes bordant la mer. (photo thierry suire)

29 Octobre 2013 (Patrick Guilloton). Les quatre Conseils économiques, sociaux et environnementaux (Ceser) de la façade atlantique ont avancé quelques pistes pour éviter la foire d’empoigne….

Avouons-le sans rougir : nous avons tous envie d’une petite bicoque au bord de la mer, d’un pied-à-terre modeste mais bien réel. Le problème, c’est que le littoral n’est pas extensible, son espace loin d’être infini. Moralité, on le sait, ça se bouscule au portillon. Les terres littorales se font de plus en plus rares, de plus en plus désirées.

Juste quelques chiffres pour évaluer l’ampleur du phénomène. Entre 1999 et 2006, la population a augmenté de 5,7 % dans les communes bordant la mer. Et cela n’est pas le résultat d’une explosion des naissances chez les marins et les ostréiculteurs : 80 % de ce « boom » découle de flux migratoires. Souvent, d’ailleurs, de personnes désireuses de couler des jours paisibles, sous les embruns, à l’heure de la retraite…

Dans ces villes de bord de mer, la densité au kilomètre carré a augmenté de 56 % depuis 1958. Et l’affaire ne risque pas de s’arranger : des projections montrent que d’ici à 2042, il convient de prévoir entre 20 et 36 % de nouveaux résidents avides de contempler les vagues.

Mais dans le même temps, les espaces naturels se sont réduits comme peau de chagrin. Les surfaces agricoles ont littéralement fondu : un quart en moins entre 1970 et 2010 sur les zones maritimes. Conséquence, en Bretagne, les maraîchers ne peuvent plus acquérir de terres (évidemment que tout cela se résume, en fin de compte, à une histoire de gros sous), les gens dont l’activité professionnelle est liée à la mer ne peuvent plus résider à proximité de leur boulot.

Et au-delà de tous ces aspects, il s’agit également de prendre en compte l’évolution du changement climatique et des risques naturels : les catastrophes deviennent de plus en plus fréquentes et intenses.

Bref, la situation du littoral est, en termes d’aménagement du territoire, terriblement préoccupante. C’est bien pour cela que les quatre Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (Ceser) de la façade atlantique (Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes et Aquitaine) se sont penchés sur la question. Un chantier d’envergure qui a duré dix-huit mois. Les conclusions en ont été fournies, hier, lors d’un colloque qui s’est tenu aux Sables-d’Olonne.

On sait que le Ceser (assemblée regroupant les représentants du monde socio-économique, associatif, et des personnalités qualifiées) est un peu le partenaire sage – et a priori apolitique – adossé aux Conseils régionaux. Il donne son avis sur le budget et sur tous les éléments liés à la planification, mais il peut également s’autosaisir sur n’importe quel sujet d’intérêt général.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé sur ce problème du foncier littoral, tous les Ceser de la façade atlantique s’étant regroupés – c’est une exception française – pour disséquer la question, tout comme par le passé des travaux avaient été menés sur la filière nautique ou l’ostréiculture. L’étude porte sur le trait de côte et sur les zones d’emploi, avec une incursion dans les terres d’une dizaine de kilomètres.

En fait, c’est à la suite de la tempête Xynthia que la décision de lancer cette vaste enquête a été prise. Ce n’est probablement pas un hasard si la présidence du groupe de travail des Ceser a été confiée à un assureur de l’île de Ré, Dominique Chevillon. Lequel explique que sur les 22 submersions marines subies par Ré, la dernière remontait, avant Xynthia, à 1941. « Là, dit-il, nous avons franchi un vrai palier. À nous de faire en sorte que cette conscience ne s’affaiblisse pas… »

C’est dans un gros pavé de plus de 100 pages à l’écriture fine que sont contenus le constat lié à la pression foncière du littoral atlantique et les 21 préconisations pouvant non pas régler le problème, mais à tout le moins faire en sorte que les décideurs de tous poils comprennent qu’il y a le feu à la maison.

On y apprend plein de choses totalement inquiétantes pour l’avenir. Que, par exemple, demain, les conchyliculteurs peuvent voir leur accès à l’eau de mer très perturbé. Qu’un jour, demain encore, les assureurs, compte tenu de l’évolution climatique, refuseront purement et simplement d’assurer la sécurité des personnes et des biens.

On constate aussi qu’une foule d’acteurs interviennent sur le sujet, mais que, souvent, ils se marchent sur les pieds quand ils ne s’ignorent pas. On voit également que face à ces appétits fonciers, les élus – qui disposent des moyens – sont tiraillés de toutes parts, soumis à des pressions intenses leur rappelant qu’ils sont assis sur des sièges éjectables.

Les Ceser se sont attachés, dans leurs préconisations, à ce que le littoral puisse continuer à pouvoir accueillir toutes les populations dans leur diversité, toutes les activités aussi. Surtout, ne pas le transformer en zone d’exclusion.

Ils rêvent de stratégies foncières de long terme, espèrent que la notion de capacité d’accueil, pourtant prévue dans la loi littoral mais trop souvent oubliée, devienne le pivot de toute politique, et envisagent, au niveau de l’habitat, que les structures verticales prennent le pas sur l’horizontal, trop gourmand en espace. En clair, plutôt l’appartement que le pavillon avec le jardinet…

Ces « dangereux » révolutionnaires des Ceser vont même jusqu’à souhaiter qu’en bord de mer, on soit de plus en plus prescriptif et que la question du droit de propriété soit carrément remise en question lors d’un immense débat de société ! Voilà qui décoiffe. Comme le vent, hier, sur la plage des Sables…

Ndlr Sibylline : Mimizan-plage : le no man’s Landes !

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