Publié par : Sibylline | août 7, 2013

20 000 lieues sous l’Atlantique… depuis son bureau (Finistère)

C'est la première fois que la NOAA collabore avec des scientifiques français à une campagne océanographique réalisée via «téléprésence». Photo fournie par la NOAA

C’est la première fois que la NOAA collabore avec des scientifiques français à une campagne océanographique réalisée via «téléprésence». Photo fournie par la NOAA

7 Août 2013 (Sandra Ferrer, AFP). Confortablement installé dans son bureau, non loin de Brest, dans le nord-ouest de la France, le biologiste Lénaïck Menot observe une magnifique gorgone rose ancrée dans les profondeurs d’un canyon de l’Atlantique Nord : une expérience inédite pour ce chercheur, réalisée grâce à la «téléprésence».

«La qualité de l’image est exceptionnelle», se réjouit le scientifique qui participe, depuis son bureau de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), à une campagne d’exploration dirigée par l’Agence nationale océanographique et atmosphérique américaine (NOAA).

«On a accès à des détails d’une netteté assez incroyable», assure-t-il, révélant du doigt les dizaines de minuscules étoiles de mer enroulées autour des tentacules de la gorgone, un corail mou appartenant, comme les méduses, à la famille des cnidaires.

Baptisée Northeast US Canyons Expedition, la campagne, qui a débuté le 8 juillet et s’achève le 17 août, vise à explorer les principaux canyons sous-marins de la côte Nord-Est américaine.

C’est la première fois que la NOAA collabore avec des scientifiques français à une campagne océanographique réalisée via «téléprésence». C’est la première fois aussi que des chercheurs français vivent une telle expérience, assure M. Menot, spécialiste de la vie sous-marine dans les canyons du golfe de Gascogne.

«C’est particulièrement précieux d’avoir des scientifiques français de l’Ifremer au sein de cette campagne», se félicite Fred Gorell, porte-parole à la NOAA, soulignant que son organisme s’intéresse à la comparaison des écosystèmes et habitats sous-marins des canyons des deux côtés de l’Atlantique.

La NOAA, qui transporte un robot sous-marin sur le navire Okeanos Explorer, dispose sur le territoire américain de six centres de «téléprésence». Depuis ces derniers, ainsi que depuis l’Ifremer où le concept est en phase de test, les chercheurs reçoivent en temps réel, par satellite, des vidéos sous-marines haute définition et des données scientifiques (météo, profondeur, position…). Ils commentent en direct les images rapportées lors des plongées et dirigent ainsi l’exploration.

«Cela permet d’impliquer beaucoup plus de scientifiques», assure le Pr Menot, soulignant que plus d’une trentaine de chercheurs participent à l’exploration de la NOAA, contre une dizaine maximum habituellement.

Des espèces nouvelles pour la science ?

«C’est formidable de pouvoir travailler avec une trentaine de scientifiques d’horizons et disciplines différentes», se réjouit-il, partageant son enthousiasme avec sa collègue Inge van den Beld au Laboratoire Environnement Profond de l’Ifremer.

Ravis de l’expérience, les deux biologistes font cependant part de certaines difficultés. Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Pr Menot juge plus contraignant de participer à une campagne depuis son bureau que depuis un bateau.

«Sur le navire, on peut consacrer 100% de son temps aux plongées», assure-t-il, expliquant qu’à terre il faut gérer le quotidien, «le téléphone, les mails… on n’est plus dans ce vase clos et ce cocon qu’est le navire».

Inge van den Beld regrette pour sa part le côté «exotique» des expéditions en mer. «Là, on ne voit pas de baleines, pas de dauphins…»

Les deux chercheurs se disent également frustrés de ne pas pouvoir réaliser des prélèvements. «C’est gênant car il y a des espèces qui sont très probablement nouvelles pour la science et qu’on aimerait pouvoir ramener», explique M. Menot, indiquant que le robot américain, capable d’atteindre 6000 m de profondeur, n’est pas équipé pour de telles opérations.

Cependant, la campagne, en explorant des zones encore vierges, pourrait faire émerger, selon les deux scientifiques, de nouveaux programmes de recherches au sein de l’Ifremer.

En attendant, la NOAA diffuse sur son site (oceanexplorer.noaa.gov/okeanos) les fascinantes vidéos issues de sa campagne, montrant coraux –dont certains pourraient vivre jusqu’à 4000 ans– poissons rares, bébés poulpes, calamars, éponges, étoiles de mer, araignées…

«Le fait de diffuser nos vidéos en temps réel est une manière de partager nos connaissances et notre enthousiasme pour l’exploration des grands fonds marins», explique Fred Gorell.

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