Publié par : Sibylline | août 2, 2013

Île de Ré : réimplantation massive de homards (Charente Maritime)

Pour Fabienne Le Gall, les petits homards sont précieux. Elle les a confiés aux plongeurs qui les ont installés chez eux, au fond, en sécurité.

Pour Fabienne Le Gall, les petits homards sont précieux. Elle les a confiés aux plongeurs qui les ont installés chez eux, au fond, en sécurité.

2 Août 2013 (Jean-François BARRÉ). L’île de Ré pilote un programme de réimplantation du homard dans ses eaux protégées. Les plongeurs ont déposé des milliers de larves au large du phare des Baleines. Cinq ans d’expérience.

Par 8 mètres de fond, il a cassé les ciseaux, mais a brisé la lanière en plastique. Lionel Quillet, le président de la communauté de communes de l’île de Ré, est plongeur à ses heures. Hier matin, il lui est revenu la délicate tâche de libérer d’un coup de lame des centaines de petits homards de leur prison de plastique, de les installer douillettement sur un lit de gravier protecteur à proximité de trous qui, dès l’adolescence, leur procureront un habitat sécurisé.

« C’était sportif, mais on les a vus commencer à nager, se disperser dans le courant et s’enfouir dans le sable, les graviers et les coquillages concassés. » Le président est content. Sur le bateau de L’Aquarium de La Rochelle, Fabienne Le Gall est aux anges aussi. Elle est l’une des dix écogardes de l’île de Ré. Elle est à l’initiative du projet un peu fou de réintroduction du homard dans le sanctuaire interdit à la pêche au large du nord de l’île, un cantonnement dessiné dès 1966 sur 1,5 hectare entre les phares des Baleines et des Baleineaux.

9 heures. Dans la salle de la communauté de communes de l’île, à Saint-Martin, elle prend soin une dernière fois de ses protégés, des petites bestioles de quelques millimètres seulement, nés en écloserie britannique, à la carapace encore bien fragile.

Écosystème et équilibre

« On parle avec les pêcheurs à pied. Ils ont souvent dit qu’autrefois, ils pêchaient le homard le long des côtes. Aujourd’hui, il a presque disparu. Peut-être à cause du réchauffement des eaux, de la baisse du phytoplancton. Les causes sont diverses. Mais on sait qu’il y a eu des pêches miraculeuses sur l’île, juste après la guerre. » Un peu de pédagogie, d’écolo-volonté, « comme on le fait depuis 2008 sur la protection de l’estran », beaucoup de motivation. Et l’opportunité. Fabienne Le Gall aurait pu s’intéresser aux étrilles. Il se trouve qu’il existe des écloseries de homards en Angleterre, un suivi de l’espèce en Norvège, au Canada. Et il se trouve que la communauté de communes a un peu de sous depuis que le pont qui relie l’île au continent est payé et lui procure une confortable écotaxe.

« Et encore, tempère Lionel Quillet, l’ensemble de l’opération se chiffre à 15 000 euros. » C’est peu de choses en regard de l’engouement qu’elle a suscité. Le partenariat s’est imposé, évident, avec L’Aquarium de La Rochelle qui a prêté ses moyens de conservation. C’est son savoir-faire. « Notre boulot commence par la mer, explique Pascal Coutant, son directeur. On a intérêt à ce que l’écosystème soit le plus équilibré possible. Cela s’inscrit dans notre mission de centre de ressource, de gestion, d’acclimatation des espèces. » En un éclair, sur l’île, le petit homard, stylisé pour les besoins de la cause, a captivé 700 enfants des écoles de l’île.

Midi. Il fascine encore Thomas Porsain. Tout juste remonté du fond, il transpire l’enthousiasme. Le président du club de plongée était de ceux, avec L’Aquarium et la Direction des territoires et de la mer, qui ont observé les premiers mouvements des homards. « En plongée, parce que c’est le meilleur moyen d’assurer leur survie pendant la descente, d’éviter les pertes et les prédateurs », souligne encore Pascal Coutant.

En deux plongées, mardi et hier, 3 500 petits homards ont été réimplantés sur les fonds rétais.

« C’est une opération sur cinq ans, s’enthousiasme encore Fabienne Le Gall. Cinq années de suite pour pouvoir effectuer des comptages significatifs. » Les scientifiques vont être mis à contribution. « Pour l’instant, on ne sait pas encore bien combien il y a d’adultes dans le secteur. Alors, ce sera une étude statistique, entre ceux qui vont se déplacer, ceux qui vont être mangés… »

Combien survivront? « 10%, ce serait pas mal », espère Pascal Coutant. Pour l’espèce. Et aussi pour l’image de Ré qui cultive son particularisme, met en avant ses territoires naturels, inconstructibles sur 80% de l’île. Le homard pourrait devenir son emblème. Il vit jusqu’à 40 ans. « Si on ne le pêche pas. »

Marie, 11 ans, marraine

Marie, de La Rochelle, a 11 ans. Depuis hier, elle est marraine d’un bébé homard. C’est Roland et Michelle Blanchard, qui sont du pays, rétais d’Ars et grands-parents de la petite, qui ont tout déclenché. « Ils me l’ont proposé. J’ai tout de suite dit oui. J’en voulais un. » Marie veut être vétérinaire et ne sait pas encore trop ce qu’elle fera de son homard, mais elle en aura régulièrement des nouvelles.

En fait, c’est de famille. Roland Blanchard a de la mémoire. Lui, il est pêcheur à pied depuis toujours. « Avec mon grand-père, on partait à la côte d’Ars et on ramenait des homards. On avait une écluse à poissons. On pêchait à la fouille. Chaque pêcheur à pied avait son trou pour pêcher le homard ou le congre. » Alors, quand il a reçu la carte de voeux qui proposait d’adopter un crustacé… « On s’est dit que c’était aussi une manière de sensibiliser à la protection des espèces. Pourquoi pas adopter? C’est un peu une responsabilisation », explique aussi Anaïs Barbarin, chef des écogardes de l’île. « Certains voulaient leur mettre une bague, d’autres un coup de feutre pour les distinguer. Ce sera peut-être moins précis, mais on leur a expliqué que les marques ne résisteraient pas aux mues, mais qu’il y aura un suivi », rassure Lionel Quillet. Le président de la communauté de communes a réussi un beau coup de com. « On en est à 2 000 parrainages », annonce-t-il fièrement. Pour la moitié, ce sont des enfants, notamment des écoles rétaises. Et aussi quelques petits touristes qui se sont laissé séduire hier.

Les autres, ce sont des adultes. On a même des parrains russes, des Chinois qui ont suivi l’opération sur internet. » Désormais, il faudra faire attention à ce que l’on mettra au menu des repas de fêtes.

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