Publié par : Sibylline | juillet 28, 2013

Île de Ré : quand le goéland bat de l’aile (Charente Maritime)

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Le suivi des goélands argentés et leucophées passe par le baguage des jeunes. (photo pascal couillaud)

28 Juillet 2013 (Alain Babaud). La LPO est autorisée à tuer 480 oiseaux et à stériliser 2 500 nids. Mais, après l’invasion, l’espèce pourrait disparaître.

Les goélands argentés et leucophées ont intérêt à se faire discrets, cet été, sur l’île de Ré. La préfecture de Charente-Maritime vient en effet d’autoriser les responsables de la réserve naturelle de Lilleau-des-Niges, aux Portes-en-Ré, à « détruire » 300 volatiles de la première espèce, 180 de la seconde, et à stériliser 2 500 nids cette année ! Une vraie « Saint-Barthélemy » de l’oiseau de mer en perspective, qui n’aura pas lieu.

« On est plutôt sur 10 à 20 captures avec euthanasie par an », explique Jean-Christophe Lemesle, le conservateur de la réserve, administrée par la Ligue de protection des oiseaux. « Et, en mai, on a stérilisé à peu près 350 nids, c’est tout. Il faut prendre les chiffres de la préfecture comme un plafond. »

Un plafond qui témoigne du trouble que génère le goéland (particulièrement le goéland argenté, qui ressemble à une grosse mouette) sur l’île de Ré.

Fort Boyard et la télé

L’histoire remonte à 1989. Cette année-là, un producteur de télévision, Jacques Antoine, rachète fort Boyard (avant de le céder au Conseil général de la Charente-Maritime), pour tourner un nouveau jeu promis à un bel avenir : « Les Clés de fort Boyard ». Sur son site Internet, la production raconte que l’édifice était alors couvert de guano (fientes), sur 50 centimètres d’épaisseur par endroits !

Pas question de filmer les candidats dans pareil décor nauséabond… Un grand nettoyage s’impose. La colonie de goélands du site, qui, jusque-là, ne dérangeait personne, est chassée plus loin. Quelques spécimens avisés identifient alors la réserve naturelle de Lilleau-des-Niges comme une oasis de paix à la nourriture abondante.

« À l’époque, se souvient Jean-Christophe Lemesle, le conservateur avait vu cette arrivée d’un bon œil, en termes de biodiversité. » À côté des crapauds à couteaux, criquets des salines, mouettes mélanocéphales et autres huppes fasciées, l’animal venait enrichir le catalogue déjà consistant de la faune locale.

Mais voilà, les Rétais alimentent une décharge à ciel ouvert, pas très loin. Et, pour les volatiles, c’est table ouverte tous les jours. Par conséquent, la population décuple, au point d’atteindre 1 200 couples (nids) en 2002 ! C’est l’invasion. L’année suivante, la décharge est fermée. Les déchets de l’île sont exportés vers le continent. Mais l’effet bénéfique attendu n’est pas immédiat.

Le goéland argenté se révèle alors un prédateur vorace qui dévore les œufs et poussins de ses voisins de marais. Des espèces établies depuis plus longtemps en souffrent. Des oiseaux rares et protégés, comme l’échasse ou l’avocette dite élégante, perdent peu à peu leur habitat naturel et vont nicher ailleurs… Bref, il y a urgence à remettre de l’ordre dans la réserve, alors que, paradoxalement, un peu partout en France, la population de goélands argentés commence à décliner. Mais, vu la situation sur l’île, l’État pousse l’association à accélérer ce processus naturel. L’oiseau n’a guère de soutiens locaux. S’il fait partie de l’imagerie populaire du bord de mer, il n’est pas l’ami des professionnels, qui lui reprochent de salir les claires et les salines de ses fientes, et de croquer goulûment les jeunes moules de bouchot.

Le poison, le fusil ?

Des « quotas » de capture pour destruction sont donc fixés en 2011, qui ne sont pas atteints. Les solutions satisfaisantes manquent. L’empoisonnement ? Difficile d’imaginer introduire des produits toxiques en plein milieu d’une réserve… naturelle. Le tir au fusil ? Testé, il perturbe la tranquillité indispensable aux autres hôtes du site, animaux et humains. Reste la capture, via des cages. Mais concrètement, ça nécessite des moyens humains et matériels qui font défaut. Résultat : 10 ou 20 captures par an, seulement.

Ce dont se félicite presque Jean-Christophe Lemesle, aujourd’hui. « Sur le plan national, la population de goélands argentés a chuté de 17 à 30 % par an depuis 2010. Si ça continue, dans cinq ou dix ans, il aura presque disparu ! C’est ce qui se passe en Angleterre et ce qu’on voit arriver en Bretagne. »

La réserve naturelle ne compte plus, aujourd’hui, que 412 couples, et il y en aura sans doute moins de 300 l’an prochain. Par conséquent, l’« envahisseur » d’il y a dix ans est regardé d’un œil beaucoup plus clément à Lilleau-des-Niges, où se réfugient environ 90 % des goélands argentés de toute l’île. Le volatile pourrait devenir aussi rare, à l’avenir, que le chevalier gambette ou que la sterne pierregarin.

En tout cas, aux Portes-en-Ré, « nous sommes revenus à la population d’il y a vingt ans, assure Jean-Christophe Lemesle. C’est le moment de se demander s’il faut continuer le programme en cours ou non. » Une réunion du comité scientifique des réserves naturelles de Charente-Maritime est programmée pour septembre. La question est à l’ordre du jour.

Ndlr Sibylline : Merci la LPO ! Pour info, ce genre de « nuisances » est traité un peu plus humainement par la méthode de l’effarouchement déjà usité avec succès sur la côte Méditerranéenne et en Normandie. Le traitement des ordures est un préalable, cela va de soi.

Sûr que cela est plus respectueux de l’environnement que des gras fonds de cette ONG qui se dit protectrice de l’environnement !

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