Publié par : Sibylline | juillet 4, 2013

Les baleines fuient les sonars militaires et s’échouent sur les plages

En haut, la baleine à bec de Cuvier, Ziphius cavirostris, la plus commune des baleines à bec. En bas, la baleine à bec de Blainville, Mesoplodon densirostris, qui vit dans les eaux chaudes. © Bahamas Marine Mammal Research Organisation

En haut, la baleine à bec de Cuvier, Ziphius cavirostris, la plus commune des baleines à bec. En bas, la baleine à bec de Blainville, Mesoplodon densirostris, qui vit dans les eaux chaudes. © Bahamas Marine Mammal Research Organisation

La pollution sonore durant les essais militaires marins engendre souvent des échouages massifs de cétacés. Une nouvelle étude montre que les baleines de Cuvier et les baleines bleues sont si perturbées qu’elles ne se nourrissent plus et allongent leurs plongées en eau profonde.

4 Juillet 2013 (Delphine Bossy). Les échouages en masse de mammifères marins sont souvent liés à la pollution sonore. Le son se propage mieux dans l’océan que dans l’air, et les animaux marins s’en servent pour s’orienter et chasser. Fonctionnant à la manière de sonars, les cétacés écoutent l’écho de leurs signaux pour identifier leur environnement, il s’agit de l’écholocation. Les exercices navals utilisent des sonars de moyenne fréquence (comprise entre 2,6 et 3,3 kHz). Ils sont puissants, dépassant 230 dB, et influencent le comportement des mammifères marins.

Aux Bahamas en 2000, 17 cétacés – majoritairement des baleines à bec de Cuvier et de Blainville – avaient été retrouvés échoués sur 240 km, à la suite d’essais de 5 navires militaires. En 2002, dans le golfe de Californie, deux baleines de Cuvier sont retrouvées échouées après une campagne scientifique de géophysique qui utilisait des canons à air et haute intensité. Depuis les années 1990, une dizaine d’événements massifs similaires ont été corrélés aux essais militaires. Les baleines à bec semblent être les plus sensibles, peut-être en raison de leur nature timide et leur capacité à plonger jusqu’à 1.000 m de fond durant plus d’une heure. Ainsi, une légère modification des conditions sonores dans l’océan peut grandement les perturber.

Le lien entre l’utilisation des sonars et les échouages est avéré, mais la question de la façon dont réagissent ces animaux aux ondes n’est pas encore complètement élucidée. Les baleines à bec de Cuvier s’observent rarement, et on en sait peu sur leur comportement. Dans ce contexte, une équipe mixte de recherche a réalisé une étude de grande ampleur, en posant des balises de localisation et des micros sur 17 baleines bleues et 2 baleines de Cuvier. Dans un premier temps, ils ont simplement enregistré leurs positions et leurs émissions sonores.

Les baleines de Cuvier sont tétanisées par les sonars

Par la suite, les chercheurs ont émis, à l’aide de hauts-parleurs sous l’eau, des bruits de fréquence et d’intensité similaires aux sonars militaires. Grâce aux dispositifs placés sur les cétacés, ils ont pu étudier la réponse de chaque individu. Aussitôt que les baleines de Cuvier entendaient les sonars, elles s’arrêtaient systématiquement de nager et manger, comme tétanisées. Puis, elles se mettaient à nager rapidement, fuyant le bruit. Certaines effectuaient des plongées dans les grandes profondeurs de façon anormalement longue.

« La pièce manquante du puzzle était de savoir comment les baleines changeaient de comportement et comment cela a conduit à des échouages massifs, explique Stacy DeRuiter, impliquée dans l’étude. Les individus ont cessé de s’alimenter durant six à sept heures, ce qui est inhabituel. » Les résultats d’analyse de deux baleines de Cuvier ont fait l’objet d’un article paru dans les Biology Letters.

Les baleines bleues changent de fréquence

Comme elles sont gigantesques, les baleines bleues sont plus faciles à marquer. C’est pourquoi l’équipe a pu en suivre 17. Cet animal, le plus grand du monde, communique à très basse fréquence, bien inférieure à celle des baleines de Cuvier. Par ailleurs, elles n’utilisent pas l’écholocation pour chasser (Ndlr Sibylline : disons que cela n’a pas encore été mis en évidence). Pourtant, elles ont répondu à l’émission de signaux de sonars. La description de leur comportement est publiée dans un article des Proceedings of the Royal Society B.

Les baleines bleues sont particulièrement sensibles aux signaux lorsqu’elles se nourrissent en océan profond. L’interruption de leur alimentation et le déplacement de bancs de proies de grande qualité pourraient avoir des répercussions importantes sur l’écologie des fanons des baleines, leur condition physique et donc la santé de leur population.

Les études montrent que les cétacés réagissent à des intensités sonores même inférieures à celles autorisées pour les sonars militaires, ce qui ne laisse rien présager de bon pour l’évolution des espèces.

Ndlr Sibylline : les échouages en masse, conséquences des activités militaires (sonars) ou de prospection pétrolière (canons à air et à haute fréquence), sont probablement sous évalués de par l’absence de conduite systématique d’autopsies. Ainsi en est-il de la France, par exemple, où tous les échouages sont attribués aux dommages collatéraux de la pêche industrielle. Cette situation arrange car mettre en cause des activités militaires dans la destruction de la biodiversité n’est jamais bien vu, quel que soit le pays. Par ailleurs, dans l’épisode des Bahamas, ce sont des fractures d’organes qui ont été mises en évidence, avec hémorragies internes, ainsi que des lésions résultantes de celles observées lors d’accidents de plongée. On est donc bien loin d’une simple perturbation comportementale. Tout dépend probablement de la source de la pollution et de la position de l’animal.

Ref. : First direct measurements of behavioural responses by Cuvier’s beaked whales to mid-frequency active sonar.

Blue whales respond to simulated mid-frequency military sonar

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