Publié par : Sibylline | mai 15, 2013

La Réunion : 250 000 € pour décimer les requins !

15 Mai 2013 (Myriam Dupuis). La Vice-Présidente du Conseil Régional de la Réunion a expliqué lors d’une interview donnée ce jour que la Région (donc les contribuables) s’apprêtait à débloquer 250000 € afin de mettre en œuvre rapidement des mesures anti-requins. Elle base son argumentaire sur des avis scientifiques qui, selon ses propos, abondent dans le sens d’une population de requins en augmentation et dont l’agressivité croissante est confirmée. C’est UNE INEPTIE! On a l’impression que les propos des scientifiques sont tout simplement détournés et l’information manipulée. Ces déclarations n’ont AUCUNE CAUTION SCIENTIFIQUE. Soit la Vice-Présidente répète des informations telles qu’on les lui a présentées, de façon erronée donc, soit elle est au courant et dans ce cas, c’est une autre affaire…

L’interview visible en ligne reprend notamment les points suivants (non exhaustif…) :

1) tout le monde est d’accord, y compris les scientifiques, sur le fait que les requins sont plus nombreux et plus agressifs. Or, AUCUNE ETUDE SCIENTIFIQUE sur la population des requins et leur abondance n’est en cours à la Réunion. Qui plus est, une interview de Marc Soria, coordinateur du projet CHARC, datant d’une quinzaine de jours, explique précisément ce point : il s’agit d’une impression, non mesurée et par définition non mesurable. On parle plus de requins, du coup on y fait plus attention, il semble qu’il y en plus. Il y a à la Réunion des noms de sites qui prouvent bien que les Anciens connaissaient déjà cette menace puisqu’ils ont nommé des lieux-dits en fonction de la présence de requins. Partout dans le monde, les populations de requins décroissent (même la CITES est d’accord sur ce point), la Réunion serait donc l’exception mondiale ??

2) un budget de 250000 euros pour des « solutions rapides » dans le cadre d’un » développement durable ». N’y a-t-il rien d’antinomique là-dedans ?? D’ailleurs, la société belge Aquatek Technology est présente sur l’île avec ses pseudo-solutions (voir notre article) ; cet appel d’offres se serait-il déjà déroulé en huit-clos? Et les palangres (drum lines) s’inscrivent-elles dans le développement durable et favorables à l’environnement ?

3) tout cela ressemble plus à des mesures électoralistes et souligne un certain manque de courage et de cohérence dans la démarche. On se sert du travail des scientifiques qui n’ont encore rendu aucune réponse ; les seuls rapports existants concernent les mouvements des requins grâce aux balises acoustiques qui ont été posées, puisque c’est l’objectif du programme CHARC. Comment peut-on décider d’un programme scientifique sur 3 ans d’un montant de 750000 euros, et avant qu’il ne soit terminé, déformer les premières informations scientifiques et décider de prendre une autre voie en dépensant une fois de plus l’argent du contribuable ? A qui cela profite-t-il réellement ? Clairement pas aux requins, ni aux scientifiques ! A moins que ce ne soient les requins du business et de la politique ?

Pour finir, cette déclaration ressemble fort à une manipulation du public, volontaire ou pas, et à une utilisation du travail des scientifiques à des fins toutes autres que celles du projet initial.

Comme trop souvent, le travail scientifique n’est qu’un alibi. Les recommandations des scientifiques ne sont/seront pas suivies, au nom d’intérêts socio-économiques (comprendre : combien ça coûte ? combien ça rapporte ? quels résultats pour les prochaines élections ?) qui passent toujours en premier. On aurait aimé que les questions soient traitées avec une vraie vision pour l’avenir de la Réunion, dans le sens d’un développement réellement durable comme le serait une solution qui tienne compte de la présence des requins et permette à l’île de développer sur le long terme un éco-tourisme respectueux des richesses naturelles de son île, et non pas la satisfaction de quelques intérêts « socio-économiques » très court terme. Et qu’au moins, on respecte le travail des scientifiques en leur permettant de le mener à bien et au bout, en leur permettant de s’exprimer librement sans déformer leurs propos et sans censure.

Source

Pour agir, c’est ici :

©Atome Sag

©Atome Sag

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