Publié par : Sibylline | mai 10, 2013

Antonin Blaison, ingénieur spécialiste des requins (île de la Réunion)

requin bouledogue

requin bouledogue

10 Mai 2013 (Propos recueilli par W. G.). « La zone d’attaque peut correspondre pour eux à une zone de repos. Le surfeur passe par-dessus sans le savoir une, deux, trois, quatre fois… Pas cinq »

Antonin Blaison, vous êtes spécialiste des requins à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) de la Réunion. Pouvez-vous nous présenter votre travail ?

Dans le cadre d’un programme appelé « Charc », nous avons marqué 79 requins tigre et bouledogue et installé une cinquantaine de stations d’écoutes depuis 2011. Nous essayons d’étudier leurs déplacements, leurs comportements, pour améliorer la gestion du risque à La Réunion. On part ans pour revenir au niveau de rien. En deux ans, on doit rattraper 40 de la Californie, de l’Afrique du Sud ou de l’Australie.

Comment expliquez-vous ces attaques récurrentes ?

Ce n’est pas si simple à expliquer. En tout cas, il y a une anomalie remarquable au niveau des Roches Noires, proche de l’attaque de mercredi. Les requins viennent assez régulièrement. Il n’y a pas de raisons biologiques (Ndlr : connues) mais on peut penser à l’influence des conditions humaines, avec le port et la sortie d’une ravine… (Ndlr Sibylline : en clair, la pollution, n’ayons pas peur des mots qui fâchent !). Ici près des côtes, on a affaire à une population de bouledogue adulte (notre photo) de femelles, ce qui est le cas ailleurs, et de mâles, ce qui n’existe qu’à La Réunion. On est peut-être sur une zone de reproduction, ce qui explique un comportement plus actif.

On parle souvent, quand l’animal décide d’attaquer un surfeur, d’une possible confusion avec les tortues…

Ce sont des légendes urbaines qu’on ne pourra jamais démontrer. Il y a deux hypothèses. Ce sont des requins territoriaux et quand on entre en compétition avec eux, ils nous disent de partir. Pour eux, ce n’est pas forcément agressif. Pour nous, ça a des conséquences dramatiques. Sinon, la zone d’attaque peut correspondre pour eux à une zone de repos, souvent dans les vagues. Le surfeur passe par-dessus sans le savoir une, deux, trois, quatre fois… Pas cinq.

Que pensez-vous de la chasse punitive préconisée par certains ?

Au début, ça m’énervait profondément (soupir). En prélevant trois ou quatre requins, on peut se sentir mieux dans sa tête, mais on ne diminue pas du tout les risques.

Alors, où porter l’effort ?

C’est compliqué. Sur la communication. Mais ici, il y a 20 ans de pratique ultra-libre, et là tu leur dis non, tu ne surfes plus là. Pour les touristes, c’est pareil, il faut mieux communiquer sur le risque.

Vous étiez sur place hier…

Oui, sur la plage. Juste avant, je plongeais sur ce site. C’était très trouble, on ne voyait même pas sa propre main. J’étais déjà présent à la dernière attaque à Saint-Leu (N.D.L.R. en août 2012), c’est moi qui ai sorti le mec de l’eau et qui lui ai posé les garrots. Ça calme. Moi, c’est clair et net, je ne surfe plus tant que je n’en sais pas plus sur comment.

09/05/2013 (le Monde) : Le comité régional des pêches, sous l’égide de la préfecture, a ainsi entrepris de capturer, à l’aide de lignes piégées, dix requins-tigres et dix requins-bouledogues, probablement les deux espèces les plus présentes au large de l’île – neuf requins-tigres ont pour l’instant été pêchés. Motif officiel : analyser s’ils sont porteurs de ciguatera, une toxine très dangereuse qui interdit actuellement la commercialisation de leur viande (Ndlr Sibylline : que les réunionnais ne consomment jamais). « En réalité, il s’agit surtout d’en tuer quelques uns pour apaiser les esprits« , confie Marc Soria, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Voilà donc ce que le Conseil Supérieur de l’Ordre des Vétérinaires cautionne, comptant pourtant dans ses prérogatives la protection de la biodiversité (cdfd).

Source

La face cachée des morsures de requins (île de la Réunion)


Catégories

%d blogueurs aiment cette page :