Publié par : Sibylline | juillet 18, 2012

Pollution à la soude en zone Natura 2000 et dans le prochain parc marin (Bassin d’Arcachon)

Au centre, la cuve fissurée qui a laissé échapper ses 3000 m3 de liqueur noire en partie dans la Leyre, dans les zones humides et les égouts…de l’usine. Le bassin de stockage est saturé. Photo Stéphane Scotto.

Moyen d’action en fin d’article…

18 Juillet 2012. Le 5 juillet 2012, l’une des cuves de la papeterie Smurfit Kappa de Biganos explosait, déversant 300 000 litres de soude caustique (mélangée à d’autres composés) dans la Leyre, principal affluent du Bassin d’Arcachon et zone classée Natura 2000 (+ site Ramsar et ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique)).

A ce jour, plus de 350 kg de poissons en décomposition, des rats et ragondins ont déjà été ramassés. Nul n’est actuellement en mesure de connaître l’impact sur les loutres et autres animaux de cette zone protégée.

Non content de cette pollution, dont on craint que les cuves non étanches polluent les nappes phréatiques, la direction de l’usine a prévu de se débarrasser de 3 millions 500 000 litres directement dans l’océan, au niveau du Wharf de la Salie (canalisation profondément enfoncée dans l’océan qui limite l’impact visuel des déversements).

Des millions d’euros ont été dépensés pour la création d’un parc marin destiné à préserver la biodiversité et le tissu économique qui en dépend. Ce travail est aujourd’hui remis en cause par des intérêts privés via l’industrie papetière dont les installations de plus d’un siècle, non contentes de vomir leurs déchets dans une zone classée, mettent en péril l’activité conchylicole (ne serait-ce que par la séquestration de calcium qui découlera de la précipitation du magnésium au contact de la soude, aspect non exhaustif de toutes les réactions en chaîne qui se produiraient si la soude était déversée en plein océan) d’un bassin déjà fort en souffrance.

Afin d’entériner cette pollution, une réunion aura lieu le 20 Juillet 2012, réunissant sous l’égide du sous-préfet d’Arcachon, Mr Jean-Pierre Hamon, élus, associations, services de l’Etat et l’industriel.

Comment a-t-on pu stocker un produit aussi corrosif que la soude caustique dans une cuve aussi oxydée ? Les installations n’ont-elles pas fait l’objet de contrôles par des organismes agrées ? A noter le talus en terre ceinturant la cuve servant de bac de rétention… Photo Stéphane Scotto.

A gauche, le bassin de tampon « Saugnac ». Photo Stéphane Scotto

PS : Déclaration de M. Patrick Russac, directeur de la Dreal ( ex Drire)

« L’huile noire » est dangereuse pour l’homme uniquement si elle entre en contact avec  un milieu acide, « ce qui n’est pas le cas des milieux aqueux comme le Bassin d’Arcachon, explique Patrick Russac, directeur de la Dreal. Aucun blessé n’est à déplorer mais la direction de l’entreprise a fait évacuer le site, soit 150 personnes »

Conclusion : la soude ne peut être neutralisée…

Merci au Comité de Vigilance de Biscarosse qui tient bien son nom et notamment à son président !

Complément d’informations :

Pour une réponse rapide à la question de l’impact sur le milieu marin, il faut savoir quels sont les autres composés mélangés à la soude et quelle est la concentration de la soude dans le mélange.
La soude caustique seule a un effet corrosif : elle dissout complètement la matière organique à son contact (cf. centres anti-poisons) : concentration et durée d’exposition déterminent la gravité des lésions (« simples » brûlures à des séquelles irréversibles pouvant aller jusqu’au décès). Déversée dans l’eau, la soude se dissout et dégage de la chaleur. Le risque pour l’environnement est lié à la quantité des ions hydroxyles qui en résultent (effet pH). Sur les organismes aquatiques, la toxicité dépend de la capacité tampon de l’écosystème affecté. Aucune survie n’est possible pour un pH supérieur à 9, celui de la soude caustique est supérieur à 14.

Les valeurs de DL50 (dose létale médiane) des tests de toxicité aiguë chez les organismes aquatiques s’échelonnent entre 33 et 189 mg/l.

Cette réponse est valable pour la soude caustique seule. Il faudrait savoir quels sont les produits de mélange afin de savoir comment ils interagissent avec la soude.

Petite consolation : le largage de soude caustique dans l’océan sera repérable par la traînée blanche qu’il laissera dans son sillage (précipitation d’hydroxyde de magnésium) à moins qu’ils n’opèrent de nuit !

La teneur en magnésium de l’eau de mer est de 1,3 kg/m3, ce qui explique la réaction de précipitation avec les OH- de la soude caustique pour donner Mg(OH)2.

Il serait souhaitable de procéder à des mesures (ou calculs) de pH dès maintenant pour éventuellement anticiper et comparer s’il venait à l’idée  de Smurfit Kappa et consort de tout déverser dans l’océan.

Un point important qui ne devrait pas laisser de marbre les ostréiculteurs. Tout le magnésium séquestré sous forme de sels (par précipitation avec la soude) va rendre indisponible le calcium dissous (directement assimilable par les organismes (plantes et animaux) qui lui est associé (on parle toujours de l’importance du ratio Mg2+/Ca2+). Dans quelle mesure cette perte de calcium va-t-elle avoir un impact sur la calcification des huîtres et autres coquillages, par exemple ? Difficile de répondre vu la complexité du comportement océanique dans un endroit aussi particulier que le bassin.

19/07/2012 (Stéphane Scotto) : par un arrêté préfectoral du 9 juillet (visible sur le site FB sans nécessité de compte), communiqué seulement aujourd’hui, le sous préfet a autorisé Smurfit a rejeter au wharf 50 000 m3 de la liqueur noire (Ndlr : dont on ignore toujours la composition exacte et donc l’impact exact sur l’environnement) avec un rapport de dilution (Ndlr : dilué avec… de la vodka) de 9 pour 1. Cela fera donc au total 450 000 m3, soit 450 millions de litres de ce mélange de soude caustique et d’eau traité (???) par les propres moyens de Smurfit, qui vont s’écouler au Wharf !

Pour la surveillance du Wharf, c’est ici : émissaire de la Salie

Les préconisations du CEDRE (Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux) en cas de pollution accidentelle (déversement d’un cargo lors d’un avarie, etc…) : « En mer, il est important de stopper la fuite et l’écoulement vers le milieu aquatique si cela est possible et sans danger ». Une surveillance du milieu par des mesures régulières de pH est alors mise en place. Si l’on peut récupérer l’eau polluée, deux solutions :
– dilution dans une très grande masse d’eau (c’est probablement ce qu’ils veulent faire en jetant tout directement au Wharf) sans connaître les conséquences sur le milieu, d’autant plus irresponsable au vu de la quantité de soude à diluer (on parle de millions de litres dans le cas présent). Dans ce cas (petit volume, rien de comparable/Biganos), on évalue le comportement de la soude dans la colonne d’eau par modélisation (logiciel CHEMMAP qui permet d’avoir une évaluation). Cette modélisation a-t-elle eu lieu par les services de la Préfecture ?
– deuxième scénario (petites ou moyennes pollutions donc pour de petites quantités/Biganos, cette fois lié au volume x3 de l’agent neutralisant nécessaire) : addition d’agent neutralisant tel que le phosphate de mono sodium (NaH2PO4)

Conclusion (bis), si l’on préconise de pomper l’eau polluée par la soude en cas de déversement accidentel en pleine mer, comment peut-on autoriser  Smurfit Kappa à faire l’inverse et dans un milieu aussi fragile que le Bassin ?!!!

Vous êtes indignés par cette situation : faites-le savoir en envoyant ce formulaire de réclamation à la Préfecture de police de Paris (adresse mentionnée sur le document ou par mail). N’attendez pas des associations, petites ou grosses, qu’elles fassent tout le travail. A titre individuel, votre action compte autant (par l’expression de votre opinion, par la diffusion de l’information, etc…). Aux aaaarmes, citoyens…

Le Bassin d’Arcachon, un paradis menacé


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