Publié par : Sibylline | juin 2, 2012

Bassin d’Arcachon : les pêcheurs de moules, les oubliés de la crise (Gironde)

Les pêcheurs de moules, comme ici Jean-Michel Labrousse, ont déjà été lourdement touchés en 2008 et 2009 par de longues périodes d’interdiction de commercialisation. (Photo archives f. perrogon)

2 Juin 2012 (Sabine Menet). Depuis l’application le 6 avril du principe de précaution et de la présence de l’algue dinophysis, dans l’indifférence quasi générale, les pêcheurs de moules ne travaillent plus.

Ils s’estiment être les oubliés de la crise. Il est vrai qu’à chaque interdiction de commercialisation qui frappe les professionnels sur le bassin d’Arcachon, les ostréiculteurs occupent le devant de la scène. Une notoriété dont les conchyliculteurs se passeraient aisément et une médiatisation qui fait dans le même temps défaut à leurs homologues les pêcheurs de moules.

Car si depuis le 11 mai dernier, l’interdiction qui frappait les huîtres et les palourdes a été levée, celle qui concernait les moules et les coques a été maintenue. Et ce en raison du principe de précaution et de la présence de la micro-algue naturelle toxique, le dinophysis. « Nous sommes fermés depuis le 6 avril », résume Jean-Michel Labrousse, le président du comité régional des pêches basé à Arcachon.

Quinze pêcheurs sont titulaires de la licence permettant la pêche des moules à la drague. Il n’existe en effet pas d’élevage sur le bassin d’Arcachon. Et le fait que les professionnels concernés soient peu nombreux explique d’après lui que leurs cas ne soient pas véritablement pris en compte.

« Il n’existe aucun système d’indemnisation pour les pêcheurs de moules. Or la profession est durement touchée surtout après 2008 où la fermeture a duré du 30 avril au 4 septembre et en 2009 où elle a couru du 7 mai au 26 août. »

Jean-Marie Baudry fait partie de ces pêcheurs dont le dragage des moules représente la principale source de revenus. « C’est 80 % de mon chiffre d’affaires », explique celui qui avant de se tourner vers la pêche fut ostréiculteur. Et qui connaît donc les métiers et leurs différences.

Crainte d’une jurisprudence

« J’ai été à Paris avec Olivier Laban (le président du Comité régional conchylicole) voir à deux reprises le ministre de l’époque Bruno Le Maire. Si les ostréiculteurs ont eu des aides, nous qui n’étions que cinq et qui n’avons pas la même possibilité de lobbying, n’avons rien obtenu. »

Et d’expliquer que si l’État lâche sur ce dossier, c’est la porte ouverte à une jurisprudence qui pourrait s’appliquer à tous les types de pêche. « On ne peut rien attendre », conclut-il. « Pour ma part, j’ai mis deux ans à me remettre des fermetures de 2008 et 2009. Et voilà que cette année, cela recommence. Mes charges, elles, ne s’arrêtent pas. »

Pêche aux corps-morts

La pêche des moules s’est toujours pratiquée sur le bassin d’Arcachon mais reste, par rapport à l’ostréiculture, beaucoup plus modeste. Pourtant, ceux qui en vivent, entendent tout faire pour continuer à la pratiquer. Malgré les embûches. « Il y a quatre ans, un arrêté préfectoral nous a empêchés de pêcher les moules accrochées aux corps-morts (ancrages des bateaux dans la mer, NDLR) », rappelle Jean-Marie Baudry.

« Cette année, la commune de Lège-Cap-Ferret met en place une charte pour nous permettre de revenir pêcher au niveau des corps-morts, c’est un très bel effort. » L’interdiction reste en revanche effective à Arcachon et La Teste-de-Buch. Quand à l’interdiction de commercialisation, elle a été maintenue hier (lire par ailleurs).

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