Publié par : Sibylline | avril 20, 2011

Louisiane : le pétrole s’incruste dans le quotidien (Etats-Unis)

Archives AFP

Un an après la marée noire, la Louisiane en affronte les conséquences tant économiques qu’écologiques. Sans savoir ce que sera l’impact final sur son écosystème

20 avril 2011. Dans la famille Voisin, on est ostréiculteur de père en fils depuis l’arrivée en Louisiane des ancêtres venus de France, en 1770. Huit générations plus tard, le label d’huîtres des Voisin, « Gold Band », est considéré comme l’un des meilleurs des États-Unis. Mais la réputation de celui-ci est en péril depuis la marée noire qui s’est déversée dans le golfe du Mexique le 20 avril 2010, il y a tout juste un an.

La diversion de l’eau douce du fleuve Mississippi vers le large pour repousser les 800 millions de litres de pétrole a décimé les bancs d’huîtres. La surmortalité est montée en flèche et le cycle de reproduction a été stoppé net à l’embouchure du fleuve, la saison dernière.

En 2010, la Louisiane a perdu 50 % de sa production d’huîtres, la plus importante du pays.

Si le gros de la pollution a disparu de la surface après la fermeture du puits de pétrole Macondo fin août 2010, les conséquences se font toujours cuisamment sentir. « Nous allons avoir une production faible pendant deux ou trois ans, peut-être quatre, avant de revenir à la normale », explique Mike Voisin, le président de la société Motivatit Seafoods, basée à Houma, au cœur du delta du Mississippi.

Un problème d’image

Les terribles images d’une région souillée par le brut ont aussi affecté la demande. Le jour qui a précédé l’accident pétrolier, Mike Voisin avait livré 40 000 kilos d’huîtres à Las Vegas. Un an et une marée noire plus tard, la commande a été réduite à 10 000 kilos. « Et cela avec de lourdes réductions. Il y a un problème de confiance du consommateur et des chefs, et un problème de marque », précise-t-il.

Un problème d’image et de réputation qui touche tous les produits de la mer issus du golfe du Mexique, même si les autorités sanitaires, comme l’agence de sécurité alimentaire (FDA), affirment que la qualité est au rendez-vous.

Trop de dauphins morts

Anne Rolfe a fondé une association environnementale encourageant les citoyens à effectuer leurs propres tests, lesquels ont révélé la présence de pétrole et de métaux lourds. Elle s’inquiète des nouveaux standards de qualité fixés par l’agence de sécurité alimentaire. « Ce dont j’ai peur, c’est que l’on ne soit en train de créer une nouvelle « norme » où l’on a du pétrole dans nos fruits de mer mais où tout le monde ferme les yeux. »

L’impact définitif de la marée noire sur l’écosystème de la région est encore impossible à établir. « Il est prématuré de conclure que les choses vont bien. Il reste encore beaucoup de surprises », soulignait la semaine dernière la directrice de l’Organisation fédérale de surveillance des océans et de l’atmosphère (NOAA), Jane Lubchenco.

Plusieurs développements inquiètent les scientifiques. Depuis janvier, plus de 155 dauphins nouveau-nés ou à l’état de fœtus, ainsi que de petites baleines, ont été retrouvés morts sur les côtes du golfe – quatre fois plus qu’en temps normal. Il pourrait y en avoir cinquante fois plus qui ne seront jamais retrouvés. Des infections ont été constatées chez les vivaneaux. À l’université Tulane, à La Nouvelle-Orléans, la chercheuse Caroline Taylor se penche sur l’apparition anormale de gouttelettes orangées dans la larve des crabes.

Des aides au compte-gouttes

« Il y a tellement de questions qui demandent des réponses », explique Aaron Viles, directeur de campagne de l’association de défense de l’environnement Gulf Restoration Network. Dans les communautés affectées, la population survit grâce aux compensations octroyées au compte-gouttes par le fonds d’aide aux victimes, de 20 milliards de dollars, de British Petroleum, en attendant de repartir en mer.

Beaucoup se plaignent de la lenteur du système et de son administrateur, Kenneth Feinberg, nommé par le président Obama mais payé par BP, dont on ne sait plus très bien s’il est au service des populations lésées ou s’il défend les intérêts de la compagnie pétrolière. British Petroleum devra aussi s’acquitter d’une amende record pour la pollution engendrée, mais plusieurs années pourraient s’écouler avant que l’État louisianais en voie la couleur. Pendant ce temps, le delta du Mississippi ne panse toujours pas ses plaies : destruction écologique et chômage chronique.

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