Publié par : Sibylline | janvier 14, 2011

Le baguage à l’aileron nuit aux manchots royaux

Bague métallique sur l’aileron d’un manchot royal. ©Benoît Gineste

 14-01-2011 (Cécile Cassier). Prédateurs supérieurs de l’océan Austral, les manchots se situent au sommet de la chaîne alimentaire marine et constituent, dès lors, d’excellents indicateurs de l’état de santé des écosystèmes marins. Pour profiter de ce rôle clé de l’espèce, de nombreux individus ont été suivis via des bagues métalliques, lisibles à distance et épargnant le stress d’une recapture. Toutefois, contrairement aux autres oiseaux, les manchots ne peuvent être bagués à la patte pour des raisons anatomiques. Aussi, le dispositif est-il fixé aux ailerons. Mais, bien que des études à court terme (un an maximum) aient conclu à l’absence d’impact du baguage, les bagues alaires suscitent des doutes croissants. En effet, ce « brassard » s’avère nuisible à l’animal, pouvant occasionner des blessures à l’aileron. En outre, il génère un surcoût énergétique de la nage ou de la pêche, les manchots se propulsant grâce à leurs ailerons. Ces désagréments expliquent que certains chercheurs aient abandonné ce système, notamment les français qui ne baguent plus les manchots depuis les années 1990.

Mais, pour la première fois, une équipe franco-norvégienne a mené une étude à long terme sur cette question. Pendant dix ans, elle a suivi cent manchots royaux munis d’étiquettes électroniques implantées sous la peau, parmi lesquels la moitié portait également une bague alaire. Se concentrant sur deux paramètres essentiels que sont le taux de mortalité et le succès reproducteur, les chercheurs ont confirmé un impact important du baguage alaire à moyen et long termes. Ainsi, au cours de la décennie, les 50 manchots bagués ont engendré 39 % de poussins en moins. En outre, leur mortalité a été 16 % supérieure à celle de leurs congénères non bagués. Autre phénomène observé, les individus bagués arrivent plus tardivement sur leur lieu de reproduction. Ce retard persiste même dix ans après la pose de la bague, attestant de voyages alimentaires toujours plus longs, et contestant l’argument selon lequel les manchots s’accoutumeraient à la bague.

Enfin, les scientifiques ont établi que les manchots bagués ne réagissaient pas de la même manière que les manchots non bagués à la variabilité climatique, l’effet du baguage étant plus ou moins perceptible selon l’année et les conditions environnementales. En effet, lorsque la température de la mer est basse et les ressources alimentaires abondantes, il n’y a quasiment pas de différence entre les animaux bagués et non bagués. En revanche, en cas d’élévation de la température de la mer, les manchots sont contraints d’aller plus loin pour trouver leur nourriture, les oiseaux bagués restant alors plus longtemps en mer.

Si cette nouvelle étude a pour principal mérite de remettre en question d’un point de vue éthique les nombreuses campagnes de baguage de manchots qui ont encore cours aujourd’hui, elle discrédite également le bien fondé des études reposant sur ce système. En effet, dans la mesure où les manchots bagués et les manchots non bagués ne réagissent pas de la même manière aux changements de température de la mer, le baguage à l’aileron introduit une variable non négligeable dans l’étude de l’effet du climat sur la dynamique de population des manchots.

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